Luc Bourassa

Les défis de la persévérance

Quand il raconte son parcours, Luc Bourassa résume en disant qu'il a été «mis dehors» du Cégep, et relate comment il a quitté le premier cours inscrit à son horaire à l'UQTR en adaptation scolaire, convaincu qu'il n'était pas à sa place. Aujourd'hui, il est bel et bien enseignant en adaptation scolaire, mais donne aussi des conférences sur la persévérance.
Passionné de musique, Luc Bourassa aurait spontanément choisi ce domaine, s'il n'avait pas cédé aux pressions l'en décourageant. Il a commencé des études au Collège Shawinigan en administration, avant d'en entreprendre d'autres en cinéma au Cégep Saint-Laurent à Montréal et de finalement s'inscrire en musique au Cégep de Trois-Rivières sans finir le cours. 
«Le Cégep m'a offert un diplôme sans mention. C'était pour ceux qui avaient accumulé assez de crédits dans plusieurs programmes; le but, c'était de sortir du Cégep les gars comme moi qui changeaient tout le temps de programme. Ils m'ont mis dehors du Cégep en me donnant un diplôme», illustre-t-il.
«Après, ça a été la période de ma vie la plus creuse», continue-t-il en évoquant le moment où il a déposé une demande d'aide sociale, sa conjointe étant encore aux études. Il attendait son premier chèque quand il s'est trouvé un emploi de vendeur de chaussures. 
Voyant son potentiel, son épouse l'a inscrit (à son insu!) en enseignement en adaptation scolaire à l'université. «Je m'étais dit que jamais je n'irais à l'université. Je n'aimais pas beaucoup l'école, je n'étais pas très motivé. J'ai eu des échecs au Cégep, et je n'avais pas vraiment trouvé ce que je voulais faire», énumère celui qui a ultimement été séduit par son programme d'études, particulièrement grâce aux stages réalisés dès la première session.
«Je me suis rendu compte que la musique, l'administration et le cinéma sont toutes des choses dont je pourrais me servir dans mes cours pour faire plein de projets. C'est là que j'ai eu le déclic.»
Luc Bourassa a travaillé dans plusieurs établissements avant d'intégrer l'équipe de l'école secondaire des Chutes à Shawinigan il y a 12 ans. Il s'est beaucoup impliqué dans les arts du cirque, notamment avec la troupe Crocus, et a développé son personnage du clown Bazou, entre autres pour favoriser le contact avec ses élèves. Il a enseigné à des adolescents limités par des troubles d'apprentissage et/ou de comportement, une déficience intellectuelle, la dysphasie ou la dyslexie, par exemple.
C'est de ces jeunes dont il s'est inspiré pour bâtir une conférence sur la persévérance scolaire. À son école, il enseigne dans le programme Parcours à l'emploi, privilégiant l'alternance entre les études et le travail pour des jeunes qui parfois peuvent atteindre l'âge de 16 ans sans avoir franchi le niveau de la sixième année du primaire.
En 2015, l'enseignant s'est proposé pour donner une conférence dans le cadre de la semaine de la persévérance. C'est là qu'il a monté sa présentation, basée sur son expérience, mais aussi sur les réalisations de cinq anciens élèves du Parcours à l'emploi.
Il parle entre autres de ce jeune qui a quitté l'école à 17 ans avec une sixième année du primaire, et qui a complété ses cinq années de secondaire en 26 mois à l'éducation aux adultes. Il est en deuxième année de cégep et souhaite s'inscrire à l'université en... adaptation scolaire!
L'an dernier, M. Bourassa a présenté sa conférence aux adolescents des autres écoles de sa commission scolaire et à des groupes comme l'Association québécoise de l'alternance études-travail. Il veut continuer à livrer son message de persévérance partout où on voudra l'entendre.
Ce qu'il souhaite que les gens en retiennent? «Premièrement, se trouver un but. Le point commun de mes cinq jeunes: ils avaient un but. Juste étudier pour étudier, c'est plus difficile. Ensuite, se trouver un modèle est une excellente motivation. Finalement, il faut se mettre en action!»