Caroline Forest

Le merveilleux cadeau du baseball

Trois-Rivières — Son père était coach de baseball. Son frère y a joué. Son conjoint, Patrick Crépin, s’implique beaucoup dans ce sport. Caroline Forest baigne dans le monde du baseball depuis sa plus tendre enfance. «J’ai appris à marcher sur un terrain de baseball», raconte-t-elle.

Lorsque Baseball Québec a commencé à parler de la création d’un programme adapté pour la Mauricie au profit des enfants ayant un handicap physique ou intellectuel, Caroline Forest a tout de suite levé la main.

L’équipe des Challengers est née. Certes, il n’y avait que trois personnes, au début, mais cela n’allait pas l’arrêter. Elle voulait donner coûte que coûte la chance à des jeunes ayant des limitations de profiter de ce sport.

Caroline Forest est assez bien disposée pour ce genre de bénévolat. En plus d’aimer le baseball, elle travaille en tant qu’éducatrice à l’enfance dans un CPE. Aider les jeunes à apprendre pas à pas, c’est sa spécialité.

Il y a quelque chose, dans la vie de cette jeune femme, qui lui donne un atout de plus dans son jeu. «Mon oncle a une déficience intellectuelle», dit-elle. Elle sait comment s’y prendre avec lui. Il s’est d’ailleurs joint assez rapidement à la petite équipe qui compte aujourd’hui 9 personnes handicapées de tous les groupes d’âge. Caroline Forest a même appris un peu de la langue des signes pour pouvoir mieux communiquer avec un de ses joueurs qui est sourd.

Les joutes se font près de l’école Jacques-Buteux. Au départ, le groupe ne bénéficiait pas d’équipements adaptés «et je tenais à faire progresser les joueurs, même s’ils n’étaient que trois et qu’à trois, on ne peut même pas former une équipe», raconte-t-elle.

Baseball Québec, dit-elle, a encouragé la continuité des activités même si le groupe était trop petit, car par-dessus tout, on voulait éviter que ces jeunes vivent un échec, explique-t-elle. Il y avait quand même de quoi s’amuser, ne serait-ce qu’en frappant la balle, dit-elle.

Quel ne fut pas son bonheur de voir poindre parents, amis et même collègues à l’activité baseball du dimanche.

L’idée, au fond, c’est d’avoir du plaisir ensemble. «Il n’y a pas de règles, pas de points, pas d’arbitre», explique-t-elle. «Et puis, on s’adapte, car il y a des jours où c’est plus difficile pour certains. On va au rythme de chaque enfant», explique-t-elle.

Prendre le temps, c’est un concept qui est cher au cœur de notre Tête d’affiche. «Je suis née avec une malformation cardiaque et j’ai toujours été un peu à part des autres à cause de ça», raconte-t-elle. À 4 ans, la petite Caroline doit donc subir une chirurgie à cœur ouvert qui lui redonnera une vie normale.

Lorsqu’elle songe à ses petits joueurs de baseball, il n’y a aucun doute dans son esprit: «Eux aussi ont droit à leur chance», plaide-t-elle.

On sent les frissons dans sa voix lorsqu’elle raconte l’exploit d’un de ces enfants spéciaux qui marchait avec grande difficulté et ne pouvait pas courir comme les autres. Au cours d’un atelier de baseball où l’on montrait aux jeunes à courir, cet enfant s’est élancé et il a réussi à courir à sa façon bien à lui. «Ses parents avaient les yeux pleins d’eau», se souvient-elle.

Le petit club a fini par obtenir de l’aide. La Jays’ Care Foundation des Blue Jays de Toronto a fourni au groupe une formation pour permettre d’adapter le jeu aux enfants handicapés. Grâce à la Fondation, l’équipe est aujourd’hui bien pourvue de bâtons de baseball en mousse, de balles en mousse et de balles adaptées de toutes sortes, dont des balles sonores pour les enfants avec déficience visuelle.

Grâce à l’initiative de Caroline Forest et de son conjoint, la Mauricie fait partie des 15 régions du Québec à offrir du baseball adapté, ce qui a permis à notre Tête d’affiche de recevoir, en 2016, le trophée Coup de cœur du jury au gala Sport-hommage pour son oeuvre.