Martin Caouette

La révolution d’un éducateur spécialisé déguisé

TROIS-RIVIÈRES — «Je suis un éducateur spécialisé déguisé en professeur d’université», raconte en riant Martin Caouette. Le titulaire de la Chaire de recherche Autodétermination et Handicap et professeur au département de psychoéducation de l’UQTR n’a que 38 ans et déjà, il est en train de créer une véritable révolution, au Québec et en France, sur la façon de loger les personnes déficientes intellectuelles ou en situation de handicap et de les intégrer dans les milieux de travail.

Tout ça, c’est un peu à cause de sa tante qui avait un handicap intellectuel, raconte-t-il. Elle est décédée quand il était enfant, mais lui a laissé le souvenir d’une personne «vraiment cool», dit-il. Il a eu aussi un cousin trisomique. Bref, des personnes spéciales qu’il aimait bien ont fait partie de son quotidien. Martin Caouette avoue qu’il n’a donc pas été bien compliqué pour lui de choisir sa voie professionnelle, d’abord en éducation spécialisée.

En plus de son travail et de sa vie de famille, il plongera dans les études universitaires en 2002 pour n’en ressortir qu’en 2014 avec un doctorat dans les poches et presque immédiatement, un poste de professeur à l’UQTR. C’est la question de l’autodétermination qui l’a motivé à persévérer.

C’est que son titre de professeur lui ouvre des portes inespérées pour sensibiliser les décideurs face à la grande valeur des personnes en déficience intellectuelle, présentant des troubles du spectre de l’autisme ou la trisomie 21.

Très vite, ce jeune professeur développe des partenariats avec des personnes et des organismes qui s’intéressent de près à l’autodétermination. Il collabore étroitement avec des projets d’appartements supervisés comme J’ai mon appart’, à Shawinigan, Appartenance Drummond et Logis-vie à Trois-Rivières.

Le professeur Caouette attire du même coup d’importants investissements provenant de diverses fondations qui croient en ses projets.

Sa passion pour les causes du logement supervisé et de l’embauche de ces personnes est contagieuse. Le manque de main-d’œuvre étant devenu un problème dans presque tous les secteurs d’activités économiques, le moment est parfaitement bien choisi pour sensibiliser les employeurs à considérer ces travailleurs différents. Le chercheur saisit toutes les occasions de le rappeler et de mettre ces personnes en évidence, persuadé que pour chacune, il existe des tâches en entreprises taillées sur mesure pour leurs capacités.

Son approche est prise au sérieux. Il a été invité personnellement par le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, qui voulait en savoir plus sur ses projets d’innovation sociale. Et pour cause. Du point de vue strictement financier, confier une personne déficiente intellectuelle à une famille d’accueil coûte environ 40 000 $ par année. L’aider à évoluer dans un appartement supervisé n’en coûte que 10 000 $, illustre-t-il.

La France, où ces personnes sont institutionnalisées, s’intéresse elle aussi de très près aux changements profonds que le professeur Caouette est en train de générer au sein de la société québécoise. Des délégués français sont d’ailleurs venus à sa rencontre au moment où l’on annonçait le lancement de sa chaire de recherche et une collaboration s’est établie.

Notre Tête d’affiche avoue que dans ce domaine, il y a un côté militant chez lui «pour changer les choses et que ces personnes puissent prendre leur place dans la société», dit-il.

Martin Caouette caresse un rêve. Il appelle ça le sport unifié, c’est-à-dire l’organisation d’activités sportives, comme le soccer, avec des équipes composées à 50 % de personnes en déficience intellectuelle. Un premier test a été fait, en novembre dernier, avec une dizaine de politiciens. Olympiques spéciaux Québec s’intéresse de très près à ce projet qui permet la création de contacts avec ces personnes par l’entremise de l’activité physique. Martin Caouette raconte qu’il a l’ambition de créer des équipes avec les Patriotes de l’UQTR et le Rouge et Or de l’Université Laval. Le 21 mars, une douzaine d’équipes de la Ligue de soccer unifiée s’affronteront dans l’objectif d’écraser non pas l’adversaire, mais la différence.