Rose-Marie Bourassa

La fée de l’ouvroir de Saint-Étienne-des-Grès

SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS — C’est mardi matin, la plus grosse journée à l’Ouvroir stéphanois, au presbytère de Saint-Étienne-des-Grès. Les gens peuvent venir choisir les vêtements qui leur conviennent et en remplir un très grand sac pour 2 $. Ces vêtements sont tous en bon état et lavés au préalable.

Pas moins de 100 à 150 poches partent chaque mardi. Juste avant l’ouverture, les bénévoles, habituellement au nombre d’une quinzaine, se réunissent et se donnent un câlin. C’est un rituel quotidien. Parmi eux, il y a leur coordonnatrice, Rose-Marie Bourassa, qui a démarré cette œuvre avec l’épouse de l’ancien maire et le prêtre de la paroisse... il y a 44 ans.

Mme Bourassa ne s’en lasse pas et consacre chaque semaine entre 25 et 30 heures de son temps à cette œuvre. Droite comme un chêne, notre Tête d’affiche cache admirablement bien ses 77 ans sous une cape d’énergie et de joie de vivre.

L’ouvroir n’est pas qu’une façon de faire du bien ou de côtoyer des gens formidables. C’est aussi une stratégie pour amoindrir l’impact écologique de l’industrie du textile, une des plus polluantes au monde.

On croirait que les gens de sa génération ne sont pas très sensibilisés à la question environnementale. Rose-Marie Bourassa prouve tout à fait le contraire. On peut même dire d’elle qu’elle s’inquiète pour l’avenir de notre planète, en particulier des dégâts provoqués par l’usage des pesticides qui s’attaquent aux insectes, aux oiseaux et à tout l’écosystème. «Je peux vous en parler, des pesticides», dit-elle. «Donnez-moi trois ou quatre heures.»

Mme Bourassa a toujours fait du jardinage écologique sans pesticides et a également occupé plusieurs emplois qui lui ont permis de recevoir des formations à ce sujet. Le jardin qu’elle a longtemps cultivé et qui a été repris par une de ses deux filles est assez grand pour faire travailler trois personnes à plein temps, dit-elle. Les surplus vont souvent aux personnes défavorisées.

Malgré ses emplois, sa famille et son grand jardin, Mme Bourassa a toujours consacré du temps à l’ouvroir. L’œuvre qu’elle coordonne est synchronisée comme une horloge suisse et rien n’est gaspillé. Comme dans les magasins, les vêtements d’hiver et les vêtements d’été sont soigneusement rangés dans des bacs, hors saison. Tout est lavé. À elle seule, Mme Bourassa se sert de sa laveuse à la maison pour nettoyer 3 à 4 brassées de linge par semaine.

L’ouvroir n’est plus destiné aux ‘’pauvres’’, comme dans le temps, mais à toutes les bourses. Rose-Marie Bourassa y voit en effet un moyen extraordinaire d’économiser les ressources. Les vêtements qui ne sont pas récupérables sont acheminés vers une entreprise de la région qui les déchiquette pour en faire du rembourrage. Les meubles apparemment irrécupérables sont envoyés dans une autre entreprise qui réussit à leur donner une seconde vie.

Certains morceaux sont très prisés parce qu’ils font de merveilleuses guenilles de garage. Ici, le «rien ne se perd, rien ne se crée» de Lavoisier prend un nouveau sens. «Aujourd’hui, l’ouvroir est vert», souligne-t-elle.

Les gens riches, de même que certains commerces, collaborent à cette œuvre qui reçoit souvent des articles neufs maintenant. C’est ainsi que Mme Bourassa et son équipe ont réservé un petit local du sous-sol du presbytère à la ‘Boutique O’ où les prix sont à peine plus élevés qu’ailleurs dans l’ouvroir: 1 $ pour une robe, 2 $ pour un manteau.

L’Ouvroir stéphanois réalise des bénéfices de 450 $ à 550 $ par semaine. Ces montants, indique Mme Bourassa, sont réservés au fonctionnement de l’ouvroir, mais principalement à l’entraide. Des coupons sont en effet judicieusement remis à des gens qui n’ont pas les moyens de payer pour s’acheter de la nourriture, encore moins des médicaments, illustre-t-elle. «On connaît les familles. Les pires ne sont pas les gens qui vivent de l’aide sociale, mais les gens qui travaillent au salaire minimum», fait-elle valoir.

L’Ouvroir stéphanois, finalement, c’est du pur bonheur qui rejaillit partout.