Caroline Gauthier

La comptable qui fait éclater le mythe

TROIS-RIVIÈRES — Les comptables, avouons-le, on les imagine un peu reclus, la tête enfouie dans la paperasse, en train d’analyser d’interminables colonnes de chiffres. Caroline Gauthier, cette indéfectible bénévole, fait totalement éclater ce mythe en utilisant constamment ses compétences professionnelles pour aider diverses causes et faire avancer le milieu.

Originaire de l’Abitibi, elle savait bien qu’en venant terminer ses études en comptabilité à l’Université du Québec à Trois-Rivières, elle se retrouverait bien loin de sa famille.

C’est en s’impliquant bénévolement dans la Jeune Chambre de commerce, de 1996 à 2004, puis dans l’organisation des Jeux du Québec, en 1998, qu’elle commencera à tisser des liens étroits avec la Mauricie. Ayant elle-même fait huit ans de compétition en natation, dont deux fois aux Jeux du Québec, «c’était une façon pour moi de redonner à l’organisation», fait-elle valoir.

Vers la même période, elle se sert de ses connaissances en comptabilité pour aller donner un coup de main à l’organisation Le Havre pour les itinérants. «J’ai toujours été intriguée par l’itinérance. C’est quelque chose que je ne comprenais pas. J’ai très vite compris que la santé mentale y jouait un rôle très important et que les gens n’étaient pas à la rue par choix», dit-elle. Sa façon bien à elle d’aider cette organisation fut de passer beaucoup de temps à faire des suivis budgétaires, à essayer de trouver du financement ainsi que des donateurs. Au terme de cinq ans d’implication, elle reviendra au Havre, en 2009 cette fois, pour s’impliquer à la Fondation et contribuer à une collecte de fonds majeure qui aura rapporté rien de moins que 1,4 million $. Elle quittera la Fondation en 2015 «pour laisser de la place à la relève», dit-elle.

Son travail et surtout ses amours l’ont amenée à déménager quelque temps à La Tuque, en 2004, où elle a dirigé la Banque Nationale. Tout est à recommencer au niveau de son réseau social et c’est par le biais d’une deuxième Chambre de commerce, celle de La Tuque cette fois, qu’elle s’impliquera au point d’en occuper la présidence.

C’est précisément à ce moment-là que la papetière, qui représentait alors le plus gros employeur de la ville, se place sous la loi C-36 pour se protéger de ses créanciers et demande à ces derniers de continuer à lui fournir quand même des services à défaut de quoi elle devrait chercher d’autres fournisseurs. Caroline Gauthier sentait bien le désarroi des membres de la Chambre qui étaient des fournisseurs de l’usine. «C’était des emplois qu’on risquait de perdre», dit-elle.

«Les petits entrepreneurs n’ont pas tous un vice-président finances ou un avocat pour leur expliquer ce genre de situation», fait-elle valoir. «Donc, on avait mobilisé des gens du milieu politique, du financement de même qu’un syndic pour les aider à y voir plus clair. Ça a fonctionné. Personne d’autre n’a fait faillite à la suite de cette faillite», se réjouit-elle.

De retour à Trois-Rivières, Caroline Gauthier siège également à la SDC où elle occupera la vice-présidence. En 2011, Jacques A. Chauvette, qui est alors directeur régional d’Hydro-Québec, lui demande de siéger au conseil d’administration du Cégep de Trois-Rivières. À peine trois ans plus tard, elle en devient la présidente.

«Ils cherchaient une femme du milieu économique, du milieu des affaires, pour occuper un siège au CA», dit-elle. «J’avais le goût d’aller découvrir comment fonctionne un établissement du réseau public. J’ai toujours travaillé dans le privé. Je voulais en apprendre sur la réglementation, la gouvernance, les lois», explique-t-elle.

Beaucoup de choses se passeront pendant ses sept ans de présidence. «On a connu la négociation de la dernière convention collective des professeurs. On a eu des boycotts. On a fait une sortie publique demandant au ministère de réduire la reddition de comptes, parce qu’on vivait de grosses coupes budgétaires et on a dû engager un nouveau directeur général», raconte-t-elle en parlant de tout cela comme d’un «défi extraordinaire».