Lise Grenier

«Je reçois plus que ce que je donne»

Un des biens les plus précieux que Lise Grenier possède loge dans un écrin de velours bleu. Il s’agit de la Médaille du Lieutenant Gouverneur qui lui a été décernée en avril 2017 pour son action citoyenne et son engagement auprès des jeunes.

Cette retraitée de l’enseignement contemple cet hommage en se demandant encore pourquoi il lui a été remis. C’est que ses bons coups, ceux qui ont fait d’elle une bénévole exemplaire, ont été accomplis avec l’élan du cœur, par pur amour pour la relève de notre société. «Je reçois plus que je donne», assure-t-elle. «Cet hommage m’incite à ne pas lâcher.»

Le temps libre dont elle dispose depuis sa retraite de l’enseignement, elle le consacre certes à de bonnes œuvres comme le Centre d’action bénévole de Nicolet, la Table de concertation des aînés de Nicolet-Yamaska, l’Association des retraités de l’enseignement du Québec, le projet de Municipalité amie des aînés (MADA) de Nicolet et la Société Saint-Jean-Baptiste. C’est toutefois la jeunesse qui la motive le plus à donner temps et énergie.

Après avoir enseigné au primaire, au secondaire puis aux adultes, à Shawinigan et dans la région de Nicolet, Lise Grenier est devenue enseignante auprès des décrocheurs jusqu’en 2009. C’est la portion de sa vie d’enseignante qui est venue la chercher le plus de toute sa carrière car c’est là qu’elle s’est sentie la plus utile.

«Ces jeunes n’avaient pas confiance en eux. Il y avait des cas d’inceste. Certains étaient battus», se souvient-elle. «J’avais l’impression de les sauver» dit-elle. La classe des décrocheurs permettait de faire cheminer ces jeunes jusqu’en 4e secondaire. «Donc ils pouvaient faire un DEP» (diplôme d’études professionnelles), dit-elle.

Elle y mettait beaucoup plus d’heures que sa tâche en prévoyait, tant et si bien que son mari lui avait proposé d’aménager un petit lit à l’école, raconte-t-elle en riant.

Lise Grenier n’était pas qu’une simple prof. Il lui est arrivé d’aller plus loin, juste parce que c’était le bon geste à poser. Ainsi, elle a recueilli chez elle un jeune pendant un week-end alors que la vie de ce dernier était menacée par un conflit avec son père. Il lui est aussi arrivé de garder auprès d’elle à longueur de journée un jeune sérieusement intimidé par les autres élèves afin d’éviter des drames. «Je ne peux pas rester sans rien faire. S’il arrive quelque chose de déplaisant, il faut que je fasse quelque chose», explique-t-elle.

La vie lui a souvent donné raison d’être aussi sensible au sort des jeunes car beaucoup de décrocheurs à qui elle a enseigné ont amélioré leur estime personnelle, ont appris un métier et mènent aujourd’hui une vie normale.

«Autour des années 2000, la Commission scolaire a commencé à parler de fermer ces classes», raconte-t-elle. «Ça coûtait cher.» Or, Lise Grenier a pour son dire qu’il en coûte bien plus cher à la société, à long terme, de ne pas s’occuper de ces jeunes. «Ce n’est pas tout le monde qui a de la chance, dans la vie», fait-elle valoir. «Alors, je suis montée aux barricades», raconte-t-elle. Des lettres aux autorités ont suivi tandis que Mme Grenier, ses jeunes élèves et leurs parents se sont mis à assister aux rencontres des commissaires afin de faire valoir l’importance du programme.

Même à la retraite, Lise Grenier continue de s’intéresser aux jeunes et siège au conseil d’établissement en tant que représentante de la communauté.

À titre de membre du comité sociopolitique de l’AREQ, Mme Grenier a amené à la table des discussions la question des fameuses fausses nouvelles, un sujet qui, espère-t-elle, sera un jour enseigné dans les écoles québécoises comme le fait l’éducatrice française Rose-Marie Farinella qui apprend à ses élèves comment vérifier la source des informations et comment voir clair dans la manipulation, une démarche qui lui a valu, en 2017, le troisième prix mondial d’éducation aux médias de l’Unesco.

«Le côté enseignement ne m’a jamais quittée», fait valoir notre Tête d’affiche.