Éliette Lambert

Éliminer les barrières

Certaines personnes tracent leur chemin à travers les épreuves et continuent de privilégier l’aide à autrui comme si c’était tout naturel. Éliette Lambert, de Sainte-Thècle, est une de ces femmes courageuses qui s’est toujours dévouée pour ses proches. Elle vient d’ailleurs de recevoir un prix reconnaissance du Regroupement des aidants naturels du Québec.

Mme Lambert reste discrète sur ce qu’elle accomplit concrètement pour aider sa mère, son père et la conjointe de celui-ci. Mais c’est en entendant l’histoire de sa vie que l’on comprend qu’elle a commencé à aider ses parents très jeune, et n’a jamais cessé, en dépit de l’accident de travail qui l’a rendue presque aveugle.

Issue d’une famille de six enfants, Éliette Lambert a laissé l’école à 14 ans pour aider sa famille. «Ma soeur a eu une tumeur ulcérée des vaisseaux. Mon père a dit: «Aimes-tu mieux aller à l’école, ou avoir soin de ta soeur et aller travailler?» Mes cousines travaillaient dans les manufactures, et moi j’ai commencé à 16 ans», raconte la dame qui a oeuvré dans sept entreprises de Saint-Tite, dont six ont successivement fermé.

Le dernier emploi qu’elle a perdu dans le secteur manufacturier l’a incitée à renouer avec l’école. «À 40 ans, je suis retournée à la Polyvalente des Chutes à Shawinigan, et j’ai fait mon secondaire en un an et demi. Je n’étais jamais allée dans une polyvalente!», raconte-t-elle.

Ayant toujours apprécié le contact avec les aînés, Mme Lambert est devenue préposée aux bénéficiaires et a été engagée au centre d’hébergement de Sainte-Thècle.

À 49 ans, un accident de travail lui a fait perdre la vue d’un oeil et de la moitié de l’autre. Elle fut contrainte d’arrêter de travailler et a aussi dû renoncer à son permis de conduire.

«Je suis entrée dans l’APHA (Association des personnes handicapées actives) de Mékinac. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose! Je suis entrée dans toutes les associations! Moi, pourvu que je sois utile!», lance celle qui aide d’autres personnes vivant avec un handicap lors des activités de l’APHA. «Tu vas là, et tu en sors grandie. Il y a des gens qui ne marchent pas, ou qui sont aveugles. Je ne vois qu’à moitié d’un oeil, mais je guide des aveugles!», dit-elle.

Elle a aussi intégré l’Association des personnes aidantes de la Vallée-de-la-Batiscan pour y chercher du soutien, de l’information et des trucs pour aider le plus efficacement possible ses parents — séparés — et la conjointe de son père, tous trois en perte d’autonomie. C’est notamment lors d’une conférence de l’association qu’elle a pu identifier la maladie dont souffrait son père.

Avec le recul, Mme Lambert réalise qu’elle a aidé sa mère à la santé fragile depuis son adolescence. Après avoir énuméré la série d’opérations et d’ennuis de santé de sa mère, elle confirme sans amertume: «C’est moi qui lavais le plancher, qui faisais à manger; c’était moi la fille!»

«Si je suis aidante, c’est parce que je suis aidée», soutient-elle en parlant de l’Association des personnes aidantes de la Vallée-de-la-Batiscan.

«Josée ou Chantal (de l’association) m’appelle une fois par mois pour voir comment ça va. Des fois, je leur pleure au nez. À un moment donné, tu as un trop-plein», confie-t-elle, prise par l’émotion.

Non seulement Mme Lambert trouve du réconfort auprès de l’association, elle découvre aussi des moyens pour faciliter la vie des gens dont elle s’occupe. Souvent, les proches aidants ne se perçoivent pas comme tels. Les risques d’épuisement guettent ceux et celles qui se dévouent sans compter et qui s’oublient dans le processus. «Je dis aux gens de sortir de la maison, d’aller vers les associations», recommande Mme Lambert.

Pour ce qui est de ses limitations à elle, Mme Lambert considère qu’il faut «éliminer les barrières». C’est ce qu’elle a fait, par exemple, en réalisant son rêve de faire du patin à roues alignées et de gravir la montagne du lac du Jésuite.