Karine Awashish

D’Opitciwan à l’UNESCO

Née d’une mère québécoise et d’un père atikamekw, Karine Awashish a grandi à Opitciwan, un lieu d’où elle partira plusieurs fois, dès son adolescence, afin de mieux revenir avec des idées pour mettre en valeur sa culture autochtone.

Au cours de ses études au Cégep de Trois-Rivières, elle caresse en effet le rêve d’avoir une auberge et commence à se passionner pour le tourisme autochtone. Dans le but de réaliser ses ambitions, elle fait un baccalauréat en administration à l’UQAM et travaillera ensuite un an à Opitciwan et deux ans à Wemotaci dans le milieu de l’éducation où l’on recherchait des autochtones pour enseigner aux enfants. Cette période a permis à Karine Awashish d’approfondir ses liens avec la culture atikamekw et changera quelque peu ses ambitions et ses perspectives.

C’est qu’elle devient alors de plus en plus éprise de sa culture qu’elle souhaite plus que jamais mettre en valeur. «Mon dada, c’est les jeunes et la culture», résume-t-elle. La jeune femme décide donc de faire une maîtrise à l’UQTR en loisir, culture et tourisme. «J’avais un projet de créer une coopérative d’artisanat atikamekw. Ma maîtrise a été axée sur le suivi de ce projet», explique-t-elle.

Le modèle coopératif lui semble alors fort approprié. «C’est que traditionnellement, il faisait partie de notre modèle social», explique-t-elle.

Grâce au soutien de plusieurs partenaires, dont la Coopérative Nitaskinan, basée à Shawinigan, Mme Awashish a donc cofondé, en 2017, l'OBNL Tapiskwan. «À la base, c’était pour soutenir les artisans dans la vente et la commercialisation et pour mettre en valeur l’art atikamekw», explique-t-elle. Ce sont des ateliers de création qu’on fait dans les communautés avec des artisans et des jeunes. L’idée c’était de revisiter l’art graphique atikamekw, tout le patrimoine graphique et de le mettre en valeur», explique-t-elle.

Des artistes bien établis de la nation, des aînés ainsi que des designers professionnels ont contribué à allumer la flamme chez les jeunes. Des produits contemporains sont ainsi créés en s’inspirant du patrimoine visuel et ancestral des Atikamekw. Tapiskwan lui a valu d’être invitée à la 12e réunion annuelle du Réseau des villes créatives de l’UNESCO, en Pologne, en juin dernier. Mme Awashish a pu présenter son projet devant 300 délégués représentant 180 villes. Cette invitation a découlé, dit-elle, «du partenariat qu’on a eu avec l’Université de Montréal dans toute cette aventure-là. Ils ont voulu que ce soit un projet phare dans tout cet événement-là parce que notre projet allait dans la thématique du rendez-vous. J’ai donc été ambassadrice», dit-elle. Cette activité a permis à Mme Awashish de créer des liens, notamment avec des villes du Japon, du Mexique et de la France. «C’est important de se faire connaître à l’international», estime-t-elle. «J’ai pour mon dire qu’il faut être présent dans tous les territoires, pas juste dans les réserves, pas juste dans le bois non plus», plaide-t-elle. «Il faut aussi être présent en ville, à l’international et même dans le monde numérique», estime-t-elle.

La coop Nitaskinan, qui a pour but de soutenir le développement économique et culturel, fait d’ailleurs beaucoup de consultation culturelle. Après trois ans, l’organisme a atteint suffisamment d’autonomie professionnelle pour monter ses propres projets et bientôt s’acheter un immeuble. Le plus important projet envisagé présentement par Karine Awashish à la coopérative, c’est Onikam (ce qui signifie portage). «L’objectif est de faire un centre culturel, une vitrine culturelle à Shawinigan.»

Karine Awashish caresse aussi un projet de stage pour des jeunes «afin de les accompagner dans leur engagement citoyen. L’idée, c’est de les faire évoluer dans différents ateliers de formation, dans différents domaines. Mon rêve, c’est d’avoir un lieu comme ça dans chaque communauté», dit-elle.

«Je veux faire vivre ma culture partout. Pour moi, être une autochtone complète, c’est autant de vivre dans mon territoire traditionnel que d’être présente à Shawinigan, Montréal ou ailleurs dans le monde et avec Internet, on n’aura jamais été aussi connecté», fait-elle valoir.