Rose-Aimée Hill-Beaulieu
Rose-Aimée Hill-Beaulieu

Donner sans compter

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Rose-Aimée Hill-Beaulieu aura 90 ans dans quelques mois. Il faut le préciser, car certaines parties plutôt extraordinaires de son histoire personnelle sont le reflet d’une époque bien révolue.

Droite comme un chêne, lucide comme une jeune femme, la fille d’Ernest Hill, celui qui a fondé l’autrefois célèbre Cabane Chez Hill, était jeune maman lorsqu’elle a été désignée gérante de la caisse populaire de Saint-Gérard-des-Laurentides. C’est une responsabilité qui lui a été imposée, «mais finalement, j’ai aimé ça», reconnaît-elle.

C’est qu’un beau jour, l’homme le plus influent du village a approché son mari, Paul Beaulieu, pour lui annoncer que la caisse pop serait centralisée chez lui, dans sa maison privée. Son époux, un homme «qui ne disait pas non», précise-t-elle, avait déjà un commerce de bois.

Rose-Aimée Hill-Beaulieu s’est donc retrouvée avec un titre de directrice de caisse populaire pendant 23 ans, une fonction qui lui valait le salaire «exorbitant» de 30 $ par mois, «et on fournissait le loyer et le téléphone», souligne-t-elle.

L’affaire peut sembler banale, au premier coup d’œil, mais accepter, voire subir une telle responsabilité serait inimaginable de nos jours. À tout moment, le matin, l’après-midi, le soir et même parfois la nuit, des coopérants de la caisse cognaient à la porte de sa maison privée pour effectuer des retraits ou des dépôts.

Il aura fallu d’abord faire entrer le coffre-fort dans la maison. «Il ne passait pas par la porte», raconte-t-elle. «On a donc dû le faire entrer par une fenêtre.»

Non seulement Mme Beaulieu devait-elle veiller à la gestion de l’argent de la population avoisinante, mais lorsqu’il a aussi fallu s’occuper de la caisse scolaire, elle a dû embaucher de l’aide, car il fallait aller chercher ou accueillir tous les 5 sous ou les 10 sous des élèves, une activité fastidieuse.

Comme il fallait s’y attendre, notre Tête d’affiche a évidemment reçu la visite d’un voleur armé, au cours de ces années-là. «Il voulait le contenu du coffre-fort, mais je lui ai dit que le coffre-fort était barré», raconte-t-elle. Une balle est partie et c’est le divan du salon qui l’a, sans jeu de mots, encaissée.

«Lorsque la caisse a amassé un million $, ils en ont construit une vraie et je suis allée y travailler pendant sept ans», dit-elle.

Ce qui lui avait d’abord été imposé a fini par devenir un métier apprécié parce que Mme Hill-Beaulieu est une femme très sociable. «Quand mon mari était à la maison, les hommes qui venaient faire affaire à la caisse, chez nous, allaient s’asseoir avec lui à la cuisine après pour prendre un petit verre», raconte-t-elle. Même si son intimité était totalement envahie par ces gens qu’elle connaissait tous, la directrice de la caisse s’en voyait ravie. «J’aimais le contact avec le public», dit-elle.

Après sa retraite de la caisse, on peut comprendre que cette femme dynamique ne resterait pas seule à la maison. Pendant 30 ans, on la verra faire du bénévolat au club de l’Âge d’or de Saint-Gérard-des-Laurentides notamment en organisant des veillées de danse chaque mois en prenant soin de présenter des styles musicaux pour tous les goûts.

«On organisait aussi des dîners aux beans qui mobilisaient 40 bénévoles. On vendait 450 billets à 5 $, ce qui permettait au curé d’aider la fabrique ou les gens dans le besoin», raconte-t-elle.

Elle a également contribué à la formation d’un comité de baseball poche qu’elle a chapeauté pendant 25 ans et qui, lui aussi, générait des profits pour les bonnes causes dans la paroisse. Les gens venaient de toutes les municipalités voisines pour venir s’amuser, se souvient-elle.

Le Noël du pauvre lui tient également à cœur. Mme Beaulieu n’a pas hésité à cuisiner des repas complets qu’elle offrait gratuitement aux bénévoles qui faisaient la collecte. «C’était ma façon de contribuer, car j’étais consciente du grand besoin qu’il y avait», dit-elle.

Cette fervente catholique a gouverné sa vie selon le principe suivant: Servir son prochain et donner sans compter.