Michel Prescott

Dédier sa vie aux personnes dans le besoin

TROIS-RIVIÈRES — Michel Prescott a soufflé, en juillet dernier, ses trente bougies de bénévolat et d’intervention au Centre Le Havre de Trois-Rivières, ce qui fait de lui le doyen de l’organisme. Portrait d’un homme pour qui l’implication sociale n’a plus de secret.

Bénévolat auprès d’enfants malades, visites de résidents à l’hôpital Cooke, organisation d’activités pastorales... M. Prescott accumule les expériences d’implication sociale depuis une quarantaine d’années. «Pour moi, c’est plus que du bénévolat, ce sont des contacts humains», lance celui qui détient une formation en travail social.

Avant l’ouverture du Centre le Havre, M. Prescott avait dans l’idée d’ouvrir lui-même un centre d’hébergement pour hommes à Trois-Rivières dans les années 80. Il avait même loué une maison afin de réaliser ce projet qu’il a finalement mis de côté, faute de ressources. Quelque temps après, il a su que le Centre Le Havre allait ouvrir ses portes.

C’est en juillet 1989 qu’il commence à s’impliquer bénévolement au centre. Au départ, il travaille en cuisine et organise des activités pastorales. Puis, il décide même de s’installer dans une chambre au deuxième étage du centre. «Vivre ici et travailler ici, c’est exigeant. Les gens qui venaient ici, souvent, n’étaient pas stables, rentraient intoxiqués... J’étais sollicité, tout le temps», raconte-t-il. Après trois ans, M. Prescott a décidé de déménager de l’autre côté de la rue, juste en face du centre, où il habite toujours.

M. Prescott a ensuite décroché un poste d’intervenant à l’établissement du Centre Le Havre dédié à l’urgence sociale, soit aux personnes en besoin immédiat d’hébergement. En avril dernier, il a transféré au «347», un hébergement de plus longue durée misant sur la transition des résidents vers une autonomie complète, situé temporairement au 347, rue Laviolette. C’est qu’un incendie a détruit l’ancien établissement du Centre Le Havre du centre-ville en 2017.

Un nouveau défi

Un peu comme il l’a fait il y a 30 ans, aux débuts du Centre Le Havre, Michel Prescott contribuera à la reconstruction organisationnelle de la maison d’hébergement du centre-ville. «Il reste des choses à construire, à développer», note-t-il.

Ce changement d’établissement plaît à M. Prescott, qui a œuvré pendant plusieurs années dans un milieu qu’il décrit comme «intense». C’est qu’au fil des années, certaines problématiques sont de plus en plus présentes. «À cause des drogues de rue, on voit beaucoup plus de psychoses, des gens pas mal plus hypothéqués psychologiquement et physiquement», indique l’intervenant. Il constate également que la clientèle du Centre Le Havre est de plus en plus jeune, ce qui rend son métier encore plus éprouvant. «Il y a des parents qui arrivent ici découragés de voir leur enfant qui est complètement déconnecté. Souvent, les parents, ils ont fait leur possible.»

Son poste au centre d’hébergement l’a amené à constater que certains résidents ne s’en sortiraient malheureusement jamais. «J’en ai enterré plusieurs», affirme-t-il. «Leur mode de vie les a amenés à mourir. C’est de voir des gens qui se détruisent au lieu de s’aimer.»

«Je n’arrêterai pas»

Pour Michel Prescott, pas question d’arrêter de s’impliquer socialement, même s’il approche l’âge de la retraite. Sa foi fait partie des raisons qui l’encouragent à travailler auprès de personnes dans le besoin. «Cet amour-là nous amène à voir plus loin que l’apparence. C’est d’accueillir la personne telle qu’elle est. Souvent, on peut être portés à avoir des préjugés et moi, j’essaie de dépasser ça.»

La reconnaissance qu’il reçoit de la part d’anciens résidents du Centre Le Havre le pousse également à poursuivre son implication. L’an dernier, le témoignage d’un homme venu au centre pour faire un don à la fondation de l’organisme l’a particulièrement touché. «Il m’a dit, ‘‘Vous m’avez sauvé la vie, ça fait un an et demi que je ne consomme plus’’», raconte M. Prescott.

«On voit que la ressource est importante, qu’elle répond à des besoins», note-t-il. Celui qui travaillera encore pendant au moins trois ans comme intervenant au Centre Le Havre continuera assurément de s’impliquer auprès des personnes démunies. «Je n’arrêterai pas [...] Le vrai bonheur, ce sont les liens, les contacts avec les êtres humains, puis souvent même avec les plus pauvres, parce que souvent ils n’ont rien, ils sont démunis, mais ils sont riches sur le plan humain.»