Alejandra Elena Basañes
Alejandra Elena Basañes

Alejandra Elena Basañes: partager l’art au-delà des frontières

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — C’était en 2002 alors qu’une nouvelle crise économique frappait l’Argentine. Pour Alejandra Elena Basañes, son conjoint et leurs deux enfants, c’était une crise de trop. Il fallait quitter le pays vers des horizons plus épanouissants et sécuritaires.

C’est le Québec qui a attiré le plus cette professeure en sérigraphie de l’Université nationale de San Juan. «On parlait un peu français», dit-elle. Après un bref séjour à Montréal, la petite famille s’installe à Trois-Rivières.

Notre Tête d’affiche était loin de se douter que plusieurs années après, elle recevrait, dans sa nouvelle terre d’adoption, le prix Charles-Biddle 2019, volet régional, pour sa contribution au développement culturel et artistique du Québec.

C’est un professeur de l’UQTR, Gilles Desaulniers, qui aura facilité l’adaptation de cette famille à Trois-Rivières et c’est lui qui fera visiter l’Atelier Presse Papier à Mme Basañes pour la première fois. L’artiste avoue qu’elle a été immédiatement séduite. «J’ai adoré ça. Il n’y a pas de coopérative comme ça en Argentine. C’est vraiment démocratique», dit-elle. «Tous les membres ont une clef pour entrer. C’est un projet collectif», s’émerveille-t-elle encore après toutes ces années.

Curieusement – et c’est peut-être là l’œuvre du destin – c’est en Argentine qu’elle avait entendu parler de l’Atelier Presse Papier pour la première fois, avant même de venir au Canada. L’Atelier faisait alors une exposition à San Juan, la ville où elle habitait. «C’est comme ça aussi que j’ai découvert la ville de Trois-Rivières», raconte-t-elle.

L’Atelier Presse Papier, dont elle assumera la présidence à deux reprises au cours des années subséquentes, «est devenu ma deuxième famille», dit-elle.

Malgré leurs qualifications professionnelles, Mme Basañes et son conjoint doivent recommencer leur vie à zéro, incluant la recherche d’un travail. L’idée de donner des cours d’espagnol devient un moyen de survivre.

Elle donnera notamment des cours intensifs aux agriculteurs qui reçoivent chaque année des travailleurs mexicains afin de leur permettre d’échanger avec cette main-d’œuvre importante pour les travaux à la ferme.

Dans ce tourbillon où il faut se développer de nouvelles racines, l’art demeure au cœur de la vie d’Alejandra Elena Basañes comme un fil d’Ariane. Que l’art contribue ou non à son budget familial, elle saisira chaque occasion pour prendre part à des projets visant à partager sa passion. Avec la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, notamment, elle travaillera avec les enseignants pour un projet de vitrail avec les élèves.

Étant elle-même immigrante, elle trouve tout naturel de s’impliquer également au Service d’accueil des nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières. Elle y fera également un projet de vitrail à la fois avec des enfants d’immigrants et des enfants québécois.

Sur les entrefaites, le couple se fait connaître en démarrant une petite entreprise, De Vidrio, fabricante de trophées en verre qu’ils réussissent à vendre à des organismes comme les HEC Montréal et la Jeune Chambre de commerce. Mme Basañes enseignera également chez Espace Verre, à Montréal, où se donne une formation collégiale en Technique des métiers d’Art, option verre.

Cette artiste, dont on peut voir une des œuvres de verre au CHAUR, devient peu à peu une médiatrice culturelle, c’est-à-dire une personne qui faire descendre l’art dans la rue. «Il s’agit de rapprocher les gens qui se sentent loin d’une élite artistique», explique-t-elle.

Une de ses plus importantes contributions, à ce chapitre, consiste à œuvrer à l’occasion auprès de groupes d’alphabétisation chez COMSEP où elle montre aux participants à créer des livres d’artistes dans lesquels on retrouve à la fois des textes poétiques de leur cru et des œuvres d’art. Elle apprend aux participants des notions de sérigraphie, de dessin et de poésie.

«On se rapproche de personnes qui, autrement, ne viendraient pas à la galerie. On fait connaître les arts aux gens plus défavorisés», explique-t-elle tout en ajoutant qu’elle a appris beaucoup en faisant affaire avec tous ces milieux.

Notre Tête d’affiche est en train de coordonner des projets d’expositions collaboratives internationales, notamment à Cuba, en Belgique et en Espagne.