341 000 $ pour Marie-Michèle et tous les autres

SAINT-BONIFACE — Chaque année, depuis 19 ans, Jean Bernier organise un événement qui mobilise sa municipalité. C’est le traditionnel souper spaghetti du printemps au profit d’Opération Enfant Soleil. Et chaque année, la salle se remplit à sa pleine capacité de 350 convives. Pas moins de 70 commanditaires, presque tous de Saint-Boniface, y contribuent.

«C’est maintenant comme un téléthon. Les gens font des collectes de fonds chacun de leur côté et apportent le résultat de leur collecte au souper», dit-il. L’activité avait rapporté 4300 $ lors de sa première édition. L’an passé, le montant était passé à 30 000 $. M. Bernier peut se féliciter d’avoir ainsi récolté rien de moins que 341 000 $ en 19 ans pour l’Opération Enfant Soleil.

Derrière tout grand homme se cache une femme, dit-on, et notre Tête d’affiche tient à souligner que rien de cela n’aurait été possible sans la complicité de sa tendre moitié, Danielle Gélinas.

Le couple n’a jamais compté ses heures pour faire de cette fête annuelle un succès. S’il s’est donné autant de mal, c’est pour les enfants qui, comme leur fille, Marie-Michèle, doivent composer avec des maladies graves comme le cancer.

Alors qu’elle n’avait que 18 mois, la deuxième de la famille Bernier s’est en effet mise à développer des symptômes inquiétants. Divers diagnostics se sont succédé. Les médecins croyaient d’abord qu’il s’agissait d’une bronchiolite. L’asthme a aussi été évoqué pour expliquer la condition du bébé. Finalement, alors que rien n’y faisait, c’est à l’hôpital de Sainte-Justine que le mystère fut résolu. La petite souffrait d’un neuroblastome à un stade avancé. «La tumeur était grosse comme un pamplemousse», raconte son père. C’était ce cancer qui l’étouffait progressivement.

Le diagnostic a littéralement assommé les deux parents. L’épreuve a toutefois rapproché le couple. Comme l’explique M. Bernier, en pareilles circonstances, les gens éprouvés peuvent avoir deux attitudes différentes, soit ils veulent oublier, soit ils essaient de s’ouvrir aux autres pour redonner au suivant. Au cours des multiples interventions de radiothérapie et d’autogreffe de moelle osseuse, la petite Marie-Michèle fait preuve d’une attitude combative remarquable et survit à sa terrible maladie. Elle a aujourd’hui 21 ans. Ses parents qui, 19 ans plus tard, ont encore les larmes aux yeux en évoquant ce douloureux épisode de leur vie de famille ont choisi le chemin du combat, eux aussi.

En mars 2000, le tout premier souper spaghetti au profit de l’Opération Enfant Soleil voit le jour à Saint-Boniface. Le temps des Fêtes est à peine terminé que Jean Bernier profite de toutes ses soirées, de ses vendredis après-midi et de ses week-ends pour faire du porte-à-porte, vendre des billets et solliciter des commanditaires. Tout le monde connaît les Bernier à Saint-Boniface. Comment refuser d’acheter un billet? «Mais je ne veux pas seulement que la personne achète un billet. Je veux aussi qu’elle vienne au souper et qu’elle dépense pour la cause», dit-il. C’est que la bière et le vin sont fournis généreusement par les commanditaires, ce qui fait encore plus de revenus pour l’organisation. Deux enfants malades sont toujours invités pour témoigner de leur expérience.

Jean Bernier, qui a aussi parallèlement été coordonnateur pendant 6 ans dans son secteur de la Fondation Rêves d’enfants, a organisé patiemment son activité-bénéfice pendant 19 ans. L’an prochain, ce sera la 20e édition et du même coup, son dernier souper spaghetti, dit-il, en expliquant que toute bonne chose a une fin.

Avec sa conjointe, ce marguillier de la nouvelle paroisse Notre-Dame-de-l’Alliance, dont il a la charge des finances, organise depuis deux ans un réveillon pour les personnes seules, aidé par un comité d’une dizaine de bénévoles. Pas moins de 160 personnes y étaient, l’an dernier.

Rien ne semble arrêter cet infatigable bénévole qui a aussi chapeauté la Fête des aînés, pour la région de la MRC de Maskinongé, pendant sept ans. «Le bénévolat, c’est valorisant», dit-il. «Le bien qu’on fait aux autres nous revient.»