Gilles Joubert

1,5 million de photos

Trois-Rivières — Si vous suivez les Aigles de Trois-Rivières et que vous voyez votre binette apparaître sur leur page Facebook, il y a de fortes chances que la photo ait été prise par Gilles Joubert.

L’enthousiasme de notre Tête d’affiche pour les sports n’est surpassé que par sa passion pour la photographie. «Je ne prends pas de photos d’action», s’empresse de préciser l’homme de 90 ans qui préfère laisser cette tâche aux photographes du Nouvelliste. «Ce que j’aime, c’est photographier la foule», dit-il.

Droit comme un chêne, l’ouïe aiguisée, Gilles Joubert a toujours bon œil. Il suffit d’un match de baseball, de hockey ou d’un grand événement dans la région pour qu’il mette son appareil Sony au travail.

Ce photographe d’expérience aime bien la nouvelle technologie numérique. Plus besoin de vérifier l’éclairage ou de faire la mise au point comme autrefois. Gilles Joubert jure qu’il n’a jamais suivi de cours de photographie. Tout lui est venu par essais et erreurs.

Si bien des personnes âgées ne sont pas à l’aise avec les gadgets électroniques et l’informatique, ce n’est pas le cas du doyen des photographes de la région. Dans son appartement, une pièce est entièrement réservée à son ordinateur et à toutes les autres composantes nécessaires pour numériser, stocker ou imprimer des photos sur papier glacé. Il précise que ses photos, qu’il évalue au nombre de quelque 1,5 million et dont les premières datent de 1984, sont soigneusement consignées, notamment sur un disque dur externe.

Cette date, c’est l’année où sa femme lui avait fait cadeau, pour son anniversaire, d’un appareil photo Pentax SP 1000 entièrement manuel. C’est aussi l’année où le pape Jean-Paul II était venu à Cap-de-la-Madeleine. Cette occasion exceptionnelle était inespérée pour exercer son nouveau passe-temps, raconte-t-il.

Gilles Joubert a gagné sa vie en vendant des assurances. Des gens, il en connaît. Des contacts, il en a. Cette année-là, il avait rêvé de devenir photographe d’un jour et d’immortaliser cet événement remarquable dans l’histoire de la région. Il avait donc demandé à nul autre que Claude Masson, alors président-éditeur du Nouvelliste, de se joindre temporairement à l’équipe des photographes, afin d’avoir les mêmes accès privilégiés que les médias.

L’équipe de sécurité du pape «avait fait une enquête avant d’accepter», se souvient-il. «On a questionné mes voisins pour savoir si j’étais catholique.»

Ses images ne lui rapportent pas beaucoup, mais juste assez, cette fois-là, pour acheter une toute nouvelle caméra.

Cette proximité avec le pape et les images croquées ce jour-là ont déclenché une passion pour la photo qui ne le quittera jamais. Partout où il va, partout où il s’implique, sa caméra l’accompagne, notamment à la Société canadienne du cancer où il prend, pour l’organisme, les images des moments forts des campagnes de financement.

Il est le photographe bénévole d’une foule d’organisations de la région. Ancien joueur de basketball et 15 ans arbitre dans ce sport, Gilles Joubert immortalise aussi de ses clics la Can-Am, la Fondation de la Can-Am, les Amis du GP3R et le baseball junior.

Dans une forme splendide pour son âge, Gilles Joubert a pris sa retraite en 1993 pour se consacrer encore plus à fond à la photographie. Les secrets de sa vitalité sont simples. «Je m’accepte comme je suis et je n’envie pas les autres», résume-t-il.