Dominique Bélanger, coordonnatrice du projet pour le Conseil des Abénakis de Wôlinak, est en compagnie des policiers Annie Thibodeau de la Sûreté du Québec et Christopher Duff du corps de police d’Odanak.

Tête-à-tête avec la violence conjugale

ODANAK — Pour les adolescents qui expérimentent pour la première fois les relations amoureuses, il peut parfois être difficile d’identifier les premiers signes de violence conjugale. Très rarement identifiable aux premiers battements de cœur d’une relation amoureuse, cette violence s’installe tranquillement et sournoisement, à travers des situations qui peuvent parfois paraître banales mais qui peuvent aussi mener très loin... trop loin.

C’est pour sensibiliser les jeunes de secondaire 4 et 5 de même que plusieurs intervenants que le Conseil des Abénakis de Wôlinak a présenté, au cours des deux dernières semaines, l’outil «Les couloirs de la violence amoureuse», à tout près de 500 jeunes du secondaire de la Commission scolaire de la Riveraine, du Collège Notre-Dame de l’Assomption de même que des organismes Le Grand Chemin et la maison d’hébergement La Nacelle. Le parcours était hébergé au Collège Kiuna situé à Odanak.

«Les couloirs de la violence conjugale» se veut un parcours de seize tableaux à travers lesquels la personne circule et expérimente chacune des étapes qui mène à la violence conjugale. Si les premiers temps d’une relation paraissent idylliques et paradisiaques, la jalousie, les remarques désobligeantes et le contrôle qu’exerce une personne sur une autre peuvent s’installer au fil du temps, souvent nourris par l’insécurité et le manque de confiance en soi de l’agresseur.

Si la victime tentera à un moment de se sortir de cette situation qu’elle réalise ne plus lui convenir, ce sont des menaces, du harcèlement et des textos insistants qui l’attendront, allant au bout du compte jusqu’à la violence physique. Les participants au parcours finissent d’ailleurs en interrogatoire avec deux vrais policiers, et assistent à une comparution devant un juge qui condamnera «l’agresseur» à une peine appropriée pour de tels gestes.

«Quand on commence une relation amoureuse, on veut faire plaisir à l’autre. On ne se rend pas toujours compte s’il y a de la manipulation, et la violence peut parfois aller en escalade jusqu’à des voies de fait. C’est ce qu’on essaie de faire réaliser aux personnes qui font le parcours. Et ça parle aux jeunes. On a vu certains jeunes sortir d’ici ébranlés, certains disant par la suite qu’ils avaient vécu des situations similaires, ou qu’ils connaissaient une forme de violence à la maison», résume Dominique Bélanger, coordonnatrice pour ce projet auprès du Conseil de bande des Abénakis de Wôlinak.

Cette dernière assure toutefois que les jeunes ont aussi reçu un suivi nécessaire après l’activité, soit par la tenue d’un post-parcours où on en faisait une discussion, de même qu’auprès des intervenants des écoles qui accompagnaient les jeunes lors de l’activité.

D’ailleurs, la participation au parcours aura permis à une personne d’entrer dans un processus de dénonciation, confirme le policier Christopher Duff du corps de police d’Odanak. Réalisant durant le parcours qu’elle vivait dans son quotidien une réalité qui n’était pas acceptable, cette personne a choisi de parler de sa situation et de la dénoncer. Une plainte a récemment été portée et le dossier suit son cours au niveau de l’enquête et des procédures judiciaires.

«Il y a une véritable prise de conscience qui se fait pour certains jeunes, mais aussi pour les enseignants et les intervenants qui les accompagnent. En ce sens, on considère que c’est un succès», ajoute Mme Bélanger.

Pour la réalisation de ce parcours, le Conseil des Abénakis de Wôlinak a pu compter sur le partenariat de Services à l’enfance et à la famille des Premières nations (SEFPN), du corps de police des Abénakis et de la Sûreté du Québec, de même que sur la participation financière du Conseil des Abénakis d’Odanak, de la Commission scolaire de la Riveraine et du député fédéral Louis Plamondon.