David Heurtel

Terres contaminées à Bécancour: «Un désaveu de la direction régionale»

Une semaine après sa visite en région, le ministre David Heurtel vient d'enlever le dossier des terres contaminées de Bécancour des mains de sa direction régionale pour le remettre à sa sous-ministre Marie-Renée Roy et commande une enquête externe.
Le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.
Jean-Guy Pinard
«C'est carrément un désaveu. Le ministre n'a plus confiance à sa direction régionale. On va souhaiter que ça apporte un vent nouveau au bureau régional», a spontanément commenté le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.
Selon le ministre Heurtel, c'est pour donner une nouvelle impulsion au dossier du site d'enfouissement de matières dangereuses résiduelles de Bécancour que celui-ci sera dorénavant placé sous la direction de la sous-ministre du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.
«Ça rassure un peu plus. Peut-être qu'il y avait de quoi qui n'allait pas bien dans ce ministère-là. En tout cas, nous, on l'a subi pas mal. Enfin, ça commence à parler. Mais parler, c'est bien beau, ça prend du concret, ça prend des gestes. Ça donne un espoir qu'il s'occupe de nous autres», a commenté l'un des résidents du secteur concerné, Jean-Guy Pinard.
Le ministre Heurtel confie donc un mandat d'enquête sur la gestion du dossier à la Direction de la vérification interne et des enquêtes administratives du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale. Du même coup, il a fait connaître les orientations du plan d'action ministériel qui permettra de redresser la situation. Ce plan d'action comportera des volets d'enquête, de gestion du site, de surveillance des eaux, de restauration du site et de communication.
«Compte tenu de la situation et des préoccupations soulevées, il est important de faire la lumière sur ce dossier. C'est pourquoi j'ai demandé à ce qu'il y ait une enquête sur les informations véhiculées et la gestion du dossier. Les conclusions de l'enquête seront rendues publiques. De plus, la sous-ministre a mis en place un plan d'action dans le but de clarifier la situation, de maintenir le lien de confiance et de rassurer la population. Notre priorité est et sera toujours de s'assurer de la santé et de la sécurité de la population ainsi que de la protection de l'environnement», a-t-il déclaré.
Le volet de gestion du site du plan d'action prévoit que le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) prenne le site en charge et pose les actions requises. Il sécurise dès maintenant les lieux en exerçant notamment la surveillance nécessaire et installera une clôture pour en restreindre l'accès. Le MDDELCC procédera également à une surveillance continue et intensifiée de la qualité de l'eau potable, laquelle sera évaluée plus souvent et sur un territoire plus étendu. Il en sera de même pour les eaux souterraines et les eaux de surface. Les résultats de toutes ces analyses seront rendus publics.
En matière de restauration du site, une solution permanente pour restaurer le site et faire cesser les rejets de contaminants dans la nappe phréatique est recherchée. Enfin, un protocole de communication efficace sera défini afin que la population, le MDDELCC, la municipalité, la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour et la Direction de la santé publique puissent suivre l'avancement des interventions.
Le député Martel n'hésite pas à saluer cette décision, d'autant plus qu'il souhaitait la tenue d'une enquête. «C'est une bonne nouvelle. Jusqu'à présent, dans cette situation, le ministre a été attentif à ce que je lui ai dit. Mais il faut qu'il aille au-delà de ce dossier-là. Il y a du monde qui sont responsables. Ce n'est pas normal que le ministre n'était pas au courant et que des travaux se soient faits sans la supervision du ministère. Le laisser-aller du ministère dans ce dossier n'est pas normal, tout comme l'attitude du ministère dans beaucoup de projets de développement économique», soutient-il.
Depuis longtemps, le représentant caquiste prétend que le ministère, «ce n'est pas la police, c'est des partenaires». «Je pense que le ministre a compris ce que je disais. Il va avoir toute ma collaboration. En bout d'exercice, il faut identifier les personnes qui sont responsables», croit M. Martel.
Par ailleurs, vendredi, il s'est buté au refus du gouvernement libéral d'entamer des discussions avec les propriétaires résidentiels pour trouver des solutions satisfaisantes. En effet, sa motion déposée en ce sens, avec l'appui des députés de Jonquière et Saint-Marie-Saint-Jacques, n'a pas reçu le consentement nécessaire. «C'est inacceptable. Je suis déçu et en colère car ils ont démontré une indifférence totale envers les principaux concernés», a-t-il laissé échapper.
D'où le fait que, malgré sa satisfaction d'apprendre la tenue d'une enquête, il lui reste une préoccupation majeure. «C'est qu'en aucun cas, il parle des personnes qui sont directement touchées», déplore le député.
Silencieuse depuis le début de la saga, la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour a fait savoir qu'elle travaillait conjointement avec les autorités concernées à trouver une solution rapide pour rassurer les citoyens.
«Bien qu'étant actuellement hors du pays, je m'assure, avec l'aide de notre équipe, que nous étudions l'ensemble des options possibles pour rassurer et protéger les citoyens. Nous sommes en communication constante avec la Ville de Bécancour, le ministère de l'Environnement ainsi que la Direction de la Santé publique pour faire progresser la situation. Nous sommes soucieux des craintes des propriétaires directement voisins, et sommes entrés en contact avec eux pour leur assurer notre soutien et notre aide» a indiqué par voie de communiqué le président-directeur général de l'organisation, Maurice Richard.
Selon lui, la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour avait été avisée de certaines problématiques reliées à la présence de ce lieu d'enfouissement, mais n'avait pas été informée des risques sur la nappe phréatique environnante. «Suivant les déclarations de la Direction de la Santé publique, nous sommes confiants que les citoyens de la rue Louis-Riel peuvent utiliser leur eau sans crainte, mais demeurons déterminés à ce qu'ils puissent retrouver un sentiment de sécurité», a ajouté M. Richard.
Pour le résident Jean-Guy Pinard, l'implication de la Société du parc se veut encourageante. «C'est nos voisins, on est à peu près à 200 pieds d'eux autres», a-t-il conclu.