L'ancienne papeterie Laurentide de Shawinigan.

Tenue de registre: au tour de Nemaska Lithium

La Ville de Shawinigan n'en a pas fini avec l'opposition à ses projets. En effet, des résidents de sept des seize zones contiguës à l'implantation de Nemaska Lithium, dans une partie de l'ancienne papeterie Laurentide, viennent de soumettre une demande d'approbation référendaire. Une tenue de registre est donc prévue le 1er février et si 68 citoyens se manifestent, cette implantation industrielle de quelque 200 millions de dollars subira des complications.
<p>Hélène Bellemare et Bernard Soucy</p>
Fait étonnant, personne ne s'était présenté à l'assemblée de consultation pour ce changement de zonage, le 15 décembre. Le mouvement d'opposition a donc pris tout le monde par surprise à l'hôtel de ville.
L'avis public pour la demande d'approbation référendaire a été diffusé dans l'édition du 6 janvier de l'Hebdo du Saint-Maurice et c'est ce qui a attiré l'attention des citoyens. La Ville explique que le changement de zonage permettrait dorénavant l'industrie lourde dans le secteur désigné. Seize zones contiguës étaient impliquées dans ce processus et sept d'entre elles ont fourni le nombre de signatures suffisant pour provoquer la tenue de registre.
Il s'agit d'une opposition significative, puisque cinq des emplacements limitrophes correspondaient à des aires de stationnement, un parc ou des bandes riveraines. En somme, sept des onze zones contiguës habitables se sont qualifiées. Celle où le projet est prévu est automatiquement enregistrée dans le processus.
Bernard Soucy, résident du secteur, ne veut surtout pas être considéré comme l'empêcheur de tourner en rond pour relancer sa ville.
«Nous sommes pour le développement économique et la création d'emplois», assure-t-il. «On n'est pas du tout contre la venue de Nemaska Lithium. Le problème, c'est l'emplacement. C'est ça qui nous préoccupe.»
«Nous sommes dans un secteur fortement résidentiel, tout près de la rivière Saint-Maurice», rappelle-t-il. «On veut y installer une industrie lourde, une fonderie jugée polluante. Nous sommes préoccupés par le type de minerai traité, les produits chimiques utilisés, la pollution de l'air et de l'eau, le bruit, le trafic ferroviaire et les matières dangereuses.»
M. Soucy comprend que les bâtiments de l'ex-papeterie ont attiré Nemaska Lithium à Shawinigan, lui permettant ainsi d'économiser de l'argent.
«Mais on ne peut pas se faire dicter un site sur ce critère», fait-il remarquer. «La Ville a plusieurs sites prévus pour un environnement industriel. On ne peut pas compromettre la santé et la sécurité des gens autour.»
«Je comprends que la compagnie sauve quelques millions $ en raison des bâtiments, mais la santé des gens, ça ne compte pas, ça?», questionne M. Soucy.
L'après-papeterie
La population a pourtant toléré la présence d'une papeterie pendant plus de cent ans dans le secteur. D'ailleurs, la correction proposée par la Ville s'explique justement par un usage industriel trop restrictif, puisque cet emplacement était zoné strictement pour l'exploitation d'une usine de pâte et papier. La démarche en cours vise à prévoir la présence d'«industrie lourde», une appellation plus large, en modifiant la grille de spécifications.
«On n'est pas au début du XXe siècle», mentionne M. Soucy, qui rappelle que le choix de ce site pour une papeterie s'expliquait par le transport de la pitoune via la rivière, une pratique abandonnée depuis 20 ans. 
«On ne peut pas construire des usines n'importe où. Les citoyens devraient avoir leur mot à dire. L'environnement, aujourd'hui, c'est primordial. On appuie le projet, mais ailleurs.»
M. Soucy ne comprend pas qu'après avoir dépensé des millions de dollars pour acquérir des propriétés pour aménager un parc industriel à grand gabarit dans le secteur Saint-Georges, ce site ne soit pas privilégié pour ce type de projet.
«Pourquoi ne pas s'en servir, plutôt que mettre cette usine en plein coeur d'un secteur résidentiel?», questionne-t-il. 
Hélène Bellemare, également résidente du coin depuis seulement un an, opine qu'il faut accorder une attention particulière à tout ce qui se construit sur le bord des lacs et des rivières. 
«Quelle conséquence cette usine peut-elle avoir sur la santé des gens?», se demande-t-elle. «Ça me préoccupe. Avant de faire ce choix, il y a d'autres solutions.»
«Voyez-vous tout ce qu'on demande aux riverains pour être conforme?», ajoute Mme Bellemare. «Là, on ne parle pas d'une personne, mais d'une industrie!»
M. Soucy trouve également particulier que parallèlement à ce projet, la Ville de Shawinigan souhaite aménager une marina près du pont de Grand-Mère.
«Imaginez-vous une marina à côté d'une usine qui pollue!», dénonce-t-il. 
M. Soucy connaît au moins une cinquantaine de personnes qui ont participé à la demande d'approbation référendaire et dans son esprit, l'atteinte de 68 signatures lors de la tenue de registre lui paraît tout à fait envisageable. Précisons que 575 personnes habiles à voter ont été recensées dans le bassin des zones qualifiées.