Le dégâts causés par la tempête automnale de vendredi dernier étaient encore bien visible dans la région lundi.

Tempête automnale: la lumière au bout du tunnel

TROIS-RIVIÈRES — Si le nombre de clients d’Hydro-Québec privés d’électricité diminue d’heure en heure, des milliers d’entre eux ont vécu une quatrième journée consécutive dans le noir, lundi. Un scénario qui risque de se répéter mardi et même pour quelques jours encore dans les cas les plus extrêmes.

«C’est sûr qu’on travaille pour rétablir le plus rapidement possible le plus grand nombre de clients. Dans certains cas, plus isolés, plus complexes, il se pourrait que ça prenne encore quelques jours. On essaie de rétablir tout le monde d’ici mardi soir, mais dans certains cas isolés, ça pourrait aller un peu au-delà, donc on fait appel à la patience et à la compréhension de nos clients», explique Lucie Roy, conseillère en relations avec le milieu à la direction régionale de la société d’État.

Les travailleurs d’Hydro-Québec ont eu fort à faire lundi notamment à Trois-Rivières.

Cette tempête automnale hors du commun a fait des dégâts partout dans la province, et particulièrement, au Centre-du-Québec. Vers 21 h lundi, quelque 1267 clients d’Hydro-Québec étaient toujours privés de courant en Mauricie, alors que ce nombre s’élevait à 4246 au Centre-du-Québec. Des bris souvent difficiles à réparer et qui touchent au plus une vingtaine de personnes. «Si on pense par exemple à une panne où on doit remplacer un poteau, une opération comme celle-là peut demander de cinq à sept heures de travail pour redonner le service à une vingtaine de clients. Ça vous donne une idée de l’ampleur des travaux qui nous attendent. On a encore beaucoup de situations où il y a de la végétation qui est tombée sur le réseau que ce soit des arbres entiers ou des branches, des fils au sol, des poteaux qui sont à remplacer. On a encore beaucoup de ces cas-là. Ce sont des travaux qui sont de plus longue haleine et dans certains cas, qui sont en milieu isolé, alors ça ajoute à la complexité du travail», mentionne Mme Roy.

ONZE INTOXICATIONS AU MONOXYDE DE CARBONE

Non seulement ces forts vents ont plongé dans le noir des milliers de personnes, mais ils ont laissé dans leur sillage des arbres arrachés, des routes et des maisons endommagées, en plus d’être à l’origine de véritables drames humains. En effet, non seulement un homme a perdu la vie, vendredi, à Saint-Étienne-des-Grès, mais onze personnes ont dû être hospitalisées, cette fin de semaine, après avoir été victimes d’une intoxication au monoxyde de carbone. «C’est un nouveau record. C’est vraiment un niveau plus élevé que ce qu’on peut voir normalement. On voit des cas d’intoxication au courant de l’année, mais jamais onze dans une même fin de semaine», déplore Karine Martel, conseillère en santé environnementale à la Direction de santé publique du CIUSSS MCQ.

Quelque 1400 employés d’Hydro-Québec étaient à pied d’œuvre dans la province. Ils ont eu l’appui d’équipes venant d’autres provinces ou même de l’extérieur du pays. En effet, sur cette photo, on voit des monteurs de ligne venant d’Alabama qui donnaient un coup de main à leurs confrères québécois sur la rue Laviolette.

Ils ont tous été sévèrement incommodés. «Certains cas ont nécessité un transfert vers Québec ou Montréal pour aller en chambre hyperbare, sinon les autres ont été traités plus localement, mais c’était tous des cas avec des symptômes importants», explique Mme Martel.

DES MOMENTS PÉNIBLES

Étant donné que plusieurs personnes étaient toujours sans électricité lundi, plusieurs Municipalités ont dû rester mobilisées. «C’est quand même positif dans la mesure où on voit une amélioration d’heure en heure. Le problème, c’est que ce sont des gros cas qui restent à régler. Par exemple, sur la route 263 à Sainte-Marie-de-Blandford, il y a une trentaine d’arbres qui sont tombés. Ça prend plus qu’une heure ou deux pour passer à travers ça», souligne Sébastien Doire, directeur régional de la Sécurité civile. «On contacte nos Municipalités pour savoir leur plan de match. Plusieurs ont décidé de laisser leurs services ouverts. D’autres n’ont pas nécessairement de demandes de la part de leurs citoyens. Les pompiers font du porte-à-porte. Ils s’informent des besoins des gens. Les Municipalités sont à l’écoute», assure M. Doire.

Nicolet fait partie des municipalités qui ont laissé leur centre d’hébergement ouvert, lundi. Rappelons que vendredi, 80 % de la population de la Ville était dans le noir. Le nombre de résidences sans électricité est passé de 3500 à moins de 200, de vendredi à lundi soir. La situation s’est grandement améliorée, mais il reste que la fin de semaine a été pénible. «À mon point de vue, ça a été plus difficile que les inondations, parce que ça touche beaucoup plus de monde, et un moment donné, les gens doivent quitter leur logement avec leur petite famille parce qu’il fait trop froid. Les gens étaient quand même assez anxieux. Il faisait hyper noir avec 80 % de la ville qui n’était pas éclairée. C’était assez anxiogène, mais le moral des gens était quand même bon», raconte Geneviève Dubois, mairesse de Nicolet.

La situation était d’autant plus particulière que bien des intervenants des mesures d’urgence étaient eux-mêmes sans électricité. «On était tous touchés par la panne de courant alors que ce n’était pas le cas pour les inondations. Alors, prendre soin des autres quand on est nous-mêmes désorganisé, ça posait un défi supplémentaire. Il n’y a pas eu de problème, mais il fallait aussi se trouver une place pour prendre une douche, pour ceux qui ont des enfants, il fallait s’assurer qu’ils ne sont pas tout seuls dans le noir, qu’ils ne sont pas au froid. Ça ajoute des pressions supplémentaires au travail qu’on doit faire», confie la mairesse.

L’impact de la tempête automnale a eu des impacts insoupçonnés. Il faut que la glace soit refaite à l’aréna Pierre-Provencher, à Nicolet, qui à la suite de travaux, devait être inauguré vendredi dernier.

Parmi les impacts insoupçonnés de cette tempête, la Ville de Nicolet a dû prendre la décision, lundi matin, de défaire la glace à l’aréna Pierre-Provencher. Rappelons que l’aréna était en travaux cet été et qu’il devait rouvrir vendredi. Malheureusement, la tempête est venue mêler les cartes. La Ville doit donc nettoyer et refaire la glace au cours des prochains jours. Tout devrait être prêt pour vendredi à temps pour le match d’ouverture de l’équipe senior.

À Trois-Rivières, le centre d’accueil était toujours ouvert à la Bâtisse industrielle, lundi. Seize personnes ont été accueillies au centre samedi et vingt dimanche. Pour obtenir plus d’information au cours des prochains jours, il est possible de communiquer avec les préposés du 311. Vendredi, ce service a reçu pas moins de 900 appels, ce qui est trois fois plus qu’à l’habitude. Pour ce qui est du nettoyage des dégâts, les équipes des travaux publics ont réussi à dégager l’ensemble des rues et trottoirs. «Les opérations de nettoyage se poursuivent dans les parcs», mentionne Guillaume Cholette-Janson, porte-parole de la Ville de Trois-Rivières.

À Trois-Rivières, 22 personnes ont fait une demande d’hébergement, samedi, et 28 dimanche, selon la Croix-Rouge.

La Sécurité civile continuera d’être à pied d’œuvre au cours des prochains jours. S’il faut trouver un point positif à cet événement, c’est qu’il a sensibilisé la population et les Municipalités à l’importance d’être prêtes à toute éventualité, note M. Doire. «Ça fait réaliser à certains l’importance d’être bien préparés. Tout le monde était touché alors il y a eu beaucoup d’entraide», se réjouit-il.

Nicolet est une des municipalités qui ont été les plus touchées par les pannes de courant.

Mais les Municipalités affectées espèrent que cet événement fera bientôt partie du passé. «On prendrait une petite pause de sinistre. En 2019, on a quand même eu les inondations et puis cette tempête. Vivement 2020!», lance Mme Dubois.

Sainte-Monique l’a échappé belle

Sainte-Monique a connu une succession de problèmes cette fin de semaine qui est allée jusqu’à affecter son réseau d’aqueduc.

En effet, sa station de pompage a cessé de fonctionner dimanche en raison de divers problèmes associés aux pannes électriques, ce qui a surtout touché les citoyens du village. Le tout est heureusement rentré dans l’ordre lundi. «L’eau est revenue lundi, mais elle ne peut pas être bue. Un avis d’ébullition préventif est en vigueur jusqu’à nouvel ordre. Il faut faire bouillir l’eau ou s’en procurer en bouteille», explique Denise Gendron, mairesse de Sainte-Monique.

La Municipalité s’est procuré 100 cruches d’eau de 18 litres pour les citoyens affectés par cette situation. Le tout s’est produit alors que les pannes d’électricité ont laissé la Municipalité sans aucun moyen de communication. «Notre bâtisse n’avait pas d’électricité, pas d’eau, pas de cellulaire, pas de téléphone, rien.»

Les résidents de Sainte-Monique ont retrouvé l’électricité dimanche. «Il y a eu beaucoup d’entraide entre parents, entre amis. Les gens se prêtaient leur génératrice pour avoir un peu de chaleur dans la maison. C’était beau à voir quand même.»