Le ministre des Transports, François Bonnardel, vient de déposer le projet de loi n° 17, qui prévoit la fin des permis traditionnels et des territoires dans l’industrie du taxi.

Taxi: la «révolution» Bonnardel accueillie avec amertume

TROIS-RIVIÈRES — C’est un véritable tremblement de terre dans l’industrie du taxi que provoquera, s’il est adopté, le projet de loi n° 17, déposé par le ministre des Transports, François Bonnardel, et qui prévoit la fin des permis traditionnels et des territoires.

Il faut savoir que l’industrie du taxi se caractérise par sa stabilité, le modèle en place n’ayant pratiquement pas bougé depuis 40 ans. C’était avant l’arrivée des Uber et autres applications mobiles.

Un permis de taxi, à l’heure actuelle, vaut environ 125 000 $ à Trois-Rivières, après avoir avoisiné les 140 000 $ il y a quelques années, estime-t-on. Si le projet de loi du ministre Bonnardel prévoit une somme de 500 millions $ pour indemniser les chauffeurs, il faudra attendre de voir comment cela se décline sur une base individuelle pour juger de l’ensemble, soutient Jacques de Montigny, un des quatre propriétaires de Taxi Élite, à Trois-Rivières. «Dans toute loi, le diable est dans les détails», indique-t-il.

Bien qu’il convienne que le gouvernement n’avait pas le choix d’agir, compte tenu de l’évolution de la technologie et de l’arrivée de joueurs comme Uber, M. de Montigny maintient que l’occasion n’est pas aux réjouissances. «Les permis existants, qui ont été achetés de bonne foi, dans un système établi par le gouvernement depuis des années, quand tu mets fin à ça, c’est comme une expropriation», illustre-t-il.

De son côté, Sylvain Bernier, propriétaire de Taxi Bellemare, à Shawinigan, est plus catégorique. «Le ministre vient de tuer l’industrie du taxi à la grandeur du Québec», déclare-t-il. Celui qui a patiemment monté son entreprise en achetant tous ses concurrents affirme ne pas avoir vu venir l’annonce, «un coup de bâton dans le front», s’exclame-t-il.

S’il admet ne pas avoir encore lu le projet de loi, M. Bernier dit en avoir eu des échos et les avis sont unanimes selon lui. «L’industrie du taxi n’est pas respectée», déplore-t-il. Celui qui a racheté les parts de son associé il y a trois ans, moyennant 75 000 $ par permis, se demande aujourd’hui ce qu’il adviendra des quelque 25 personnes qu’il emploie et des 50 travailleurs autonomes qui opèrent sa flotte de 29 véhicules.

Le projet de loi 17, intitulé «Loi concernant le transport rémunéré de personnes par automobile», prévoit entre autres l’abolition des permis et des territoires de desserte, l’allégement des démarches administratives, de même que des exigences uniformes pour devenir chauffeur et pour qu’une automobile puisse être utilisée pour offrir du transport rémunéré de personnes.

Selon Jacques de Montigny, l’uniformisation des exigences, notamment au niveau des véhicules, devrait en dissuader plusieurs de s’improviser chauffeurs. «L’étudiant qui a une Honda Civic 2006 à Montréal, il va arrêter», image-t-il.

Par ailleurs, la popularité d’Uber a engendré plusieurs conséquences malheureuses, selon M. de Montigny. Il donne l’exemple de New York, où l’omniprésence des chauffeurs d’Uber vient s’ajouter à des rues déjà encombrées, occasionnant des bouchons de circulation monstres. À Montréal, il y aurait 12 000 chauffeurs Uber, selon lui. Si tous ne sont pas sur la route en même temps, convient-il, leurs activités n’en ont pas moins grugé une partie importante des revenus traditionnels des chauffeurs de taxi, qui eux doivent composer avec des contraintes administratives et réglementaires.

Bien que le projet de loi implique un deuil pour la façon dont lui et ses partenaires ont bâti leur entreprise, M. de Montigny se félicite d’une équité retrouvée — à condition que des compensations justes soient au rendez-vous, précise-t-il. Il pense toutefois que si le gouvernement avait agi plus tôt, dès qu’Uber a commencé à émerger, on n’en serait pas là aujourd’hui.

Quant à Sylvain Bernier, la compensation n’est qu’une mesure de court terme qui ne tient pas compte de la structure qui chapeaute son entreprise. Le plus ironique, selon lui, c’est qu’au nom de la sécurité du public on a constamment resserré les normes régissant l’industrie, alors que l’on s’apprête maintenant à assouplir ces mêmes normes pour faire de la place à de nouveaux joueurs.