Les frais seront beaucoup plus élevés en 2019 pour les non-résidents de Trois-Rivières qui veulent pratiquer un sport à Trois-Rivières.

Tarifs supralocaux: «on n’embarquera pas là-dedans»

TROIS-RIVIÈRES — L’imposition de tarifs supralocaux par la Ville de Trois-Rivières aux non-résidents qui souhaitent utiliser les infrastructures sportives de la Ville ne passe pas comme une lettre à la poste pour certaines municipalités. Si la plupart des maires touchés se disent en accord avec le principe d’équité envers les contribuables trifluviens qui financent ces infrastructures avec leurs taxes, les municipalités ne sont pas pour autant prêtes à éponger la facture pour leurs résidents.

Rappelons que le conseil municipal de Trois-Rivières a adopté à l’unanimité, mardi soir, une résolution mandatant la direction des loisirs afin d’aller rencontrer les municipalités touchées pour expliquer la nouvelle grille tarifaire. À compter de 2019, il en coûtera 138 $ de plus pour les sports aquatiques, 144 $ pour les sports en gymnase, 311 $ pour les sports de pelouse et 716 $ pour les sports de glace aux non-résidents, en plus des frais d’inscriptions aux différentes associations sportives.

À Saint-Étienne-des-Grès, cette mesure se traduit par des frais supplémentaires de plus de 31 000 $ pour les 102 résidents inscrits à l’une ou l’autre des activités sportives touchées par les tarifs supralocaux à Trois-Rivières. Le maire Robert Landry est catégorique: la Municipalité n’assumera pas la facture. «Je pense que Trois-Rivières aimerait que ce soit nous qui assumions, mais on n’embarquera pas là-dedans. Je ne suis pas contre le principe, loin de là, mais nous avons ici aussi des équipements qui sont «sur la coche». On a plus de 300 jeunes qui jouent au soccer à Saint-Étienne, et près de 200 au baseball. Pour le hockey, on fonctionne en partenariat avec Saint-Boniface. Alors si les gens choisissent d’aller à Trois-Rivières, c’est leur droit, mais ils devront aussi assumer la facture», mentionne M. Landry, qui ajoute qu’il aurait aimé que l’imposition de ces tarifs se fasse de manière plus progressive.

À Saint-Luc-de-Vincennes, le maire Jean-Claude Milot est catégorique. «Pour nous, c’est non! Si les gens veulent continuer d’aller à Trois-Rivières, ils paieront. On fait des collectes de fonds, on va jusqu’à ramasser des canettes vides pour financer notre service des loisirs, ce n’est certainement pas pour aller garnir les coffres de Trois-Rivières. Il y a un bel aréna à Sainte-Anne-de-la-Pérade, on ira les encourager eux, à l’avenir», lance M. Milot, qui signale que les impacts pour sa municipalité étaient de l’ordre de 1050 $ et touchaient seulement quatre personnes.

À Saint-Maurice comme à Bécancour, les maires Gérard Bruneau et Jean-Guy Dubois n’avaient pas encore eu l’occasion de discuter avec leurs collègues respectifs des conseils municipaux pour savoir si la Municipalité allait absorber la facture, du moins en partie. Le maire de Saint-Maurice rappelle que sa municipalité a déjà des ententes avec la Ville de Trois-Rivières pour ses jeunes qui jouent, par exemple, au soccer ou au hockey, une entente pour laquelle la Municipalité débourse chaque année 60 000$. La nouvelle tarification ajouterait une facture de 50 000$ pour la Municipalité, mais Gérard Bruneau soutient que des discussions doivent encore avoir lieu avec la Ville de Trois-Rivières au sujet de ce montant.

«Nous avons de bonnes ententes avec Trois-Rivières et nous allons continuer de les respecter. Maintenant, nous avons encore à discuter avec eux de plusieurs points, notamment en ce qui concerne les contributions qui sont versées aux associations sportives. Le conseil de Saint-Maurice va aussi se réunir et discuter de tout ça ensemble, voir de quelle façon nous allons contribuer à ces nouveaux frais», mentionne le maire de Saint-Maurice.

Pour Bécancour, l’impact financier estimé serait de 70 000 $, mais des discussions restent encore à faire avec la direction des loisirs de la Ville de Trois-Rivières étant donné qu’il existe certaines ententes d’échanges, notamment pour les équipes de ringuette, signale le maire Jean-Guy Dubois. «On a beaucoup de questions à se poser. Comment on va facturer tout ça? Comment ça va se gérer? Nous-mêmes sommes une municipalité centralisée où nous accommodons d’autres municipalités. Ça impose une révision en profondeur de nos équipements sportifs interrégionaux», signale M. Dubois, qui serait tout de même favorable à ce que la Ville de Bécancour assume une partie de la facture pour ses résidents. «Je suis d’avis que la Municipalité a un rôle éducatif à jouer là-dedans, et qu’il faut aider nos familles à encourager leurs jeunes à faire du sport. Mais est-ce que c’est aussi à ceux qui n’utilisent aucun de ces services à débourser pour ça? On doit trouver un juste équilibre», est d’avis Jean-Guy Dubois.

Associations

Différentes associations sportives de Trois-Rivières ont aussi accueilli cette nouvelle mesure avec prudence et retenue. Au Club de soccer de Trois-Rivières, où environ 10 % des membres proviennent de l’extérieur, l’augmentation de 311 $ pour chaque joueur non-résident fait craindre une baisse des inscriptions qui n’affectera pas forcément la survie du club, mais qui pourrait avoir un impact considérable pour certaines catégories.

«Ici, on demande entre 150 $ et 200 $ pour l’été. Avec les nouveaux tarifs, ça vient plus que doubler la facture. On ne va pas se leurrer, ce n’est pas la majorité des 160 joueurs touchés qui vont pouvoir se payer ça. Ce qu’on souhaiterait, c’est évidemment que les municipalités embarquent et aident leurs résidents à assumer la facture», mentionne le président du club, David Cossette, qui fait remarquer que la plupart des joueurs provenant de l’extérieur viennent à Trois-Rivières pour pouvoir jouer dans des catégories supérieures qui ne sont pas disponibles dans leurs municipalités.

À l’Association de hockey mineur de Trois-Rivières-Ouest, le président François Laprade attendra de voir l’impact de la mesure sur les inscriptions lors de la prochaine saison, mais convient que le coût sera très élevé pour les parents. «À 255 $ pour la saison, on trouve ça raisonnable. Mais là, on doit ajouter 716 $ si on vient de l’extérieur. Ça veut dire presque 1000 $ pour les parents, c’est un prix exorbitant et ce n’est pas la majorité de nos joueurs de l’extérieur qui pourront se permettre ça», constate celui qui précise qu’il arrive très souvent que les associations aient recours à des joueurs de l’extérieur, principalement des gardiens de but, pour compléter les équipes, ce qui sera sans doute plus difficile avec une telle mesure.