La salle du conseil était bondée de citoyens divisées sur la demande de subvention de 100 000 $ du GP3R concernant la tenue d’une activité familiale en marge des courses d’hiver de rallycross.

Subvention de 100 000 $: le conseil dit non au GP3R

TROIS-RIVIÈRES — C’est devant une salle bondée de citoyens divisés que les élus du conseil municipal ont majoritairement refusé mardi soir d’accorder une subvention de 100 000 $ au Grand Prix de Trois-Rivières (GP3R) pour la tenue d’une activité en marge de l’épreuve d’hiver de rallycross. Neuf élus ont rejeté cette demande de subvention, alors que cinq conseillers ainsi que le maire, Jean Lamarche, appuyaient plutôt le projet. La direction du GP3R mentionne que ce refus met en péril la tenue même de l’épreuve à Trois-Rivières.

Le débat concernant cette subvention de 100 000 $ pour «organiser des activités familiales au centre-ville dans le cadre du rallycross polaire de Trois-Rivières qui se tiendra du 31 janvier au 2 février 2020 à l’hippodrome» s’inscrit dans la volonté des élus de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

En décembre 2018, le conseil municipal avait adopté à l’unanimité une résolution déclarant l’urgence climatique. C’est avec la volonté de respecter cette déclaration que neuf élus ont voté contre l’octroi de cette subvention. Il s’agit des conseillers Dany Carpentier, Mariannick Mercure, Pierre Montreuil, Pierre-Luc Fortin, Ginette Bellemare, François Bélisle, Luc Tremblay, Denis Roy et Claude Ferron.

Mariannick Mercure

«Il y a un an, nous avons adopté la déclaration d’urgence climatique à l’unanimité et il y a quelques semaines, ils étaient des milliers dans les rues pour nous le rappeler et nous demander d’agir maintenant», affirme la conseillère Mariannick Mercure. «Aujourd’hui, on nous propose d’embarquer dans un deuxième Grand Prix en hiver. Pour moi, c’est impossible d’appuyer ça.»

«Je ne crois pas qu’il y ait d’urgence pour un événement hivernal», mentionne pour sa part Pierre-Luc Fortin. «Les scientifiques sont clairs, il ne faut pas augmenter les gaz à effet de serre. Ce n’est pas avec un événement d’hiver qu’on va y arriver.»

Deux manifestations ont eu lieu mardi avant l’assemblée publique du conseil municipal. Les opposants au GP3R évoquaient l’urgence climatique et l’importance de diminuer les gaz à effets de serre.

Six conseillers municipaux étaient favorables au soutien supplémentaire au GP3R. Il s’agit des conseillers Maryse Bellemare, Daniel Cournoyer, Sabrina Roy, Michel Cormier et Valérie Renaud-Martin. Si plusieurs se disaient favorables à une diminution des émissions de gaz à effet de serre, certains voyaient plutôt d’un bon œil l’organisation d’un événement familial d’hiver au centre-ville. Fait plutôt rare, le maire a exercé son droit de vote pour appuyer le projet du GP3R.

Le conseiller Daniel Cournoyer a soutenu de son côté l’importance des événements sportifs d’hiver pour l’économie de Trois-Rivières. Par ailleurs, la conseillère du district de la Madeleine, Sabrina Roy, a évoqué de son côté l’importance du retour d’une activité familiale d’hiver. La disparition des Nuits polaires a laissé un vide au centre-ville lors des mois froids de l’hiver, estime-t-elle.

Le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, ne veut toutefois pas jeter l’éponge. Il demande aux dirigeants du GP3R de retourner à leurs devoirs pour représenter un projet qui pourrait être plus acceptable par les conseillers. Le maire a la capacité de ramener ce point à l’ordre du jour dans une séance ultérieure.

«Je crois fermement dans les compétences et expertises de nos organisations. Lorsque vous pouvez en jumeler deux ou trois et créer un événement, c’est un gros plus. C’est une occasion magique de faire rayonner ma ville», a affirmé le maire, Jean Lamarche. «J’y voyais aussi l’occasion d’aller sensibiliser des gens à qui on ne parle pas souvent d’environnement de toutes les mesures que nous développons. On avait commencé à rêver la façon de voir un événement d’hiver.»

Jean Lamarche avoue que ce dossier a divisé le conseil municipal ainsi que plusieurs citoyens. «C’est dommage, car on avait une occasion de faire de quoi ensemble», précise-t-il. «On va le retravailler et le ramener pour que ça plaise au plus de monde possible. Je crois au GP3R, à la Corporation des Événements et à un événement d’hiver familial et accessible.»

Le directeur du GP3R, Dominic Fugère.

Le GP3R d’hiver en péril?

Cette décision du conseil municipal est accueillie comme une douche froide par les organisateurs du GP3R. Bien que la subvention de 100 000 $ demandée concernait l’organisation d’une activité familiale en marge des courses, le directeur général du GP3R, Dominic Fugère, mentionne que le volet d’hiver de l’événement pourrait bien ne jamais voir le jour. Notons que le budget global de cet événement sportif serait de 1,1 million $.

«On espère que l’événement va se tenir. C’est notre plan de match. Mais on ne peut être sûr de rien avec la décision de ce soir», affirme-t-il. «Je ne vous cacherai pas qu’en tant que directeur général d’un événement où il y a près de 11000 bénévoles et qui accueille 140 000 visites par année, on prend ça comme une gifle. On a amélioré notre bilan environnemental et décuplé nos matières recyclables en 2018-19. De se faire traiter de cette façon avec un bilan environnemental qui débute et s’améliore, je trouve ça difficile comme décision.»

Ce refus du conseil municipal sera bien sûr à l’ordre du jour de la rencontre du conseil d’administration de mercredi soir. Une décision pourrait alors être prise.

Deux manifestations

Cette opposition à la subvention de 100 000 $ au GP3R s’est manifestée à la suite d’une publication sur Facebook de la conseillère du district des Vieilles-Forges, Mariannick Mercure, qui affirmait que la Ville «dilapidait des fonds publics» dans le GP3R.

Casseroles à la main, une trentaine de personnes ont participé à un rassemblement avant l’assemblée publique du conseil pour manifester leur opposition aux subventions accordées au GP3R. Le conseiller municipal Pierre Montreuil a fait la promotion de ce rassemblement mardi sur sa page Facebook. Évoquant l’urgence climatique, certains manifestants étaient carrément opposés au GP3R, hiver comme été, et estiment que les retombées économiques de l’événement ne justifient pas sa tenue.

«Les retombées économiques et tout ça, c’est toujours la vieille cassette qu’on nous sort», a soutenu Véronique Houle, une des manifestantes. «On ne peut plus promouvoir l’économie en détruisant la planète.»

Candidate de Québec solidaire dans Trois-Rivières lors des dernières élections provinciales, Valérie Delage affirme qu’il est «incohérent» que la Ville injecte des fonds supplémentaires pour la tenue d’une activité d’hiver du GP3R. «Nous sommes rendus à un stade qu’il faut tout faire ce qui est possible pour diminuer les gaz à effet de serre et là, on subventionnerait avec les fonds publics un projet qui augmenterait les gaz à effet de serre», a-t-elle souligné lors de la manifestation.

Le GP3R a également mobilisé ses partisans, notamment en les invitant sur sa page Facebook à se présenter à l’assemblée de mardi soir. Plus d’une cinquantaine de bénévoles ou amateurs du GP3R ont répondu à cette invitation et ont manifesté leurs appuis au grand prix. Plusieurs portaient un chandail de l’événement.