Le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault.
Le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault.

Steven Guilbeault: une vie inspirée par la nature de la Haute-Mauricie

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
La Tuque — Il y a des gestes que nous posons dans notre enfance qui, avec le recul, se révèlent comme étant des moments marquants de notre vie. Alors qu’il n’avait qu’environ 5 ans, Steven Guilbeault a posé sa première action pour protéger l’environnement en grimpant dans un arbre pour éviter qu’il soit abattu. Très tôt, l’environnementaliste devenu ministre vouait un profond respect pour la nature de sa Haute-Mauricie natale.

Résident avec sa famille dans le tout nouveau quartier Bertrand à La Tuque, Steven Guilbeault adorait jouer dans la forêt située derrière chez lui. Pour l’enfant qu’il était, ces arbres étaient le théâtre de toutes ses aventures.

«Cette forêt était mon terrain de jeu de petit gars. J’étais là tout le temps. Je me promenais dans la forêt et dans la montagne», se souvient celui qui est aujourd’hui ministre du Patrimoine canadien.

Un bon matin, des travailleurs ont commencé à couper des arbres. Il fallait faire de la place pour les nouvelles constructions. «Je suis rentré dans la maison en état de panique. J’ai dit à ma mère: "qu’est-ce qu’on fait? Ils sont en train de couper notre forêt"», confie-t-il alors qu’il était de passage à La Tuque pour une annonce concernant le Complexe culturel Félix-Leclerc.

«Ce n’était bien sûr pas notre forêt, mais pour le petit gars de 5 ans que j’étais, c’était la nôtre. […] C’est comme si l’on enlevait un morceau de qui j’étais.»

La mère de Steven Guilbeault, Pauline Côté, lui a alors répondu quelque chose qui surprend encore son fils, 45 ans plus tard. «Elle m’a dit que si je grimpe dans un arbre, celui-là, ils ne pourront pas le couper», explique le ministre originaire de La Tuque en deuil de sa mère décédée il y a à peine quelques mois.

«C’est assez exceptionnel, parce que ma mère n’était pas particulièrement militante.»

Avec la seule bénédiction qui compte à cet âge, Steven Guilbeault a grimpé dans un arbre pour freiner les bûcherons. «Je suis resté là toute la journée. Et ils n’ont pas pu le couper», se rappelle-t-il en riant.

«Ç’a été un élément déclencheur pour moi.»

Une préoccupation grandissante pour l’environnement

L’arbre a finalement été coupé plus tard, mais Steven Guilbeault a poursuivi son combat pour la protection de l’environnement bien au-delà du quartier Bertrand de La Tuque.

«Cette proximité avec la nature a vraiment créé chez moi cette grande préoccupation pour les questions environnementales qui m’a suivi depuis tout ce temps», confie celui qui escaladera la tour du CN à Toronto lors d’un coup d’éclat de Greenpeace en 2001 pour attirer l’attention sur les changements climatiques.

Steven Guilbeault avait alors, avec le militant anglais Chris Holden, déroulé une banderole sur laquelle était écrit «Canada and Bush Climate Killers» à 340 m d’altitude.

«Les techniques d’escalade entre l’arbre à 5 ans et la tour du CN à 31 ans», note-t-il sur un ton léger.

Cet amour pour la nature n’a jamais quitté Steven Guilbeault, lui qui a fait son voyage de noces avec sa compagne en kayak de mer aux îles de Mingan. «C’est une partie de moi qui est nécessaire», ajoute l’environnementaliste devenu ministre fédéral.

Originaire de La Tuque, la nature de la Haute-Mauricie où il a grandi a grandement teinté l’environnementaliste et le politicien que Steven Guilbeault est devenu.

«Il y a eu énormément de progrès»

Comme plusieurs jeunes de La Tuque avant et après lui, Steven Guilbeault a quitté sa contrée natale à 17 ans pour poursuivre ses études collégiales. Il y revient toutefois plusieurs fois dans l’année pour les rassemblements familiaux ou passer du temps en famille.

Au fil des ans, Steven Guilbeault a vu La Tuque se transformer à bien des égards. L’industrie forestière qui y est très présente a changé ses façons de faire en considérant la protection de l’environnement, estime-t-il.

«Ici comme ailleurs, il y a eu des abus et on n’a pas toujours fait attention à ce qu’on faisait à l’époque avec les rejets dans la rivière ou la gestion forestière. Je pense qu’il y a eu énormément de progrès qui ont été faits à plusieurs égards», mentionne Steven Guilbeault encouragé par la prise de conscience envers l’importance des enjeux environnementaux.

«On le voit, il y a une préoccupation grandissante dans la population autour de ces questions. Et ce n’est plus un truc d’écologistes, on le voit dans les entreprises et les gouvernements.»

Futur ministre de l’Environnement?

Cofondateur d’Équiterre au début des années 90, Steven Guilbeault a souvent opté pour la voie diplomatique et politique pour changer les mentalités. Il préfère le dialogue à la confrontation en ce qui concerne les enjeux environnementaux.

Recruté par l’équipe libérale de Justin Trudeau comme environnementaliste engagé dans la lutte aux changements climatiques, Steven Guilbeault a été élu dans Laurier-Sainte-Marie et a été nommé ministre du Patrimoine canadien. Plusieurs voix s’étaient élevées pour remettre en question cette nomination, estimant que Steven Guilbeault était un candidat tout désigné pour le poste de ministre de l’Environnement.

«Plusieurs me disaient avant que je me lance en politique que je devais faire autre chose. Et avec le temps, je me rends compte qu’ils avaient raison», affirme le ministre libéral.

«Si le premier ministre Trudeau m’avait nommé ministre de l’Environnement, ça aurait été très dur pour moi et pour mes anciens collègues de l’environnement. La barre aurait été tellement haute, que je n’aurais rarement sinon jamais été capable de satisfaire ces attentes.»

Conscient qu’il possède un bon capital de sympathie au Québec après des années d’interventions dans les médias, Steven Guilbeault sait très bien qu’il n’a pas la même réputation dans l’ouest du pays où il est davantage vu comme un militait opposé à l’industrie pétrolière.

«Quand j’ai été nommé candidat libéral, les tweets de Jason Kenney ou d’Andrey Scheer n’étaient pas joyeux. Et je pense que pour une partie du pays, ça aurait été vu comme un affront», note celui qui se dit très allumé par son rôle au Patrimoine canadien.

«C’est fascinant. Les artistes sont des gens engagés et passionnés comme les écologistes. Et le premier ministre m’a demandé de travailler avec d’autres collègues ministres sur la relance verte.»

Protection des langues autochtones

Le contact dès son plus jeune âge avec les Atikamekw a aussi profondément influencé Steven Guilbeault. Il mentionne être très sensible à l’égard des cultures et des langues autochtones. La préservation des nombreuses langues des premières nations du Canada, il y en a plus de 600, est d’ailleurs sous sa responsabilité comme ministre du Patrimoine. Sous les libéraux, les investissements pour soutenir les langues autochtones sont passés de 5 à 115 millions $ par années.

«Lorsque j’étais en première année, j’allais à l’école anglophone qui était située tout juste à côté de l’école des Indiens comme on disait à l’époque. C’était le pensionnat autochtone. On partageait la cour d’école», se souvient-il. «J’ai développé très jeune des amitiés avec des autochtones. J’ai toujours eu une sensibilité par la suite sur les enjeux autochtones en raison de ces amitiés.»

Steven Guilbeault constate par ailleurs que les relations entre les autochtones et les blancs se sont grandement améliorées depuis les années de son enfance.

«Ça n’a pas toujours été facile», dit-il. «La réconciliation est un long chemin, mais ce n’est pas un événement qui va faire en sorte qu’on a atteint la réconciliation ou que c’est fini. Parfois, on va reculer d’un pas, mais au moins on a avancé de trois ou quatre.»