Comme plusieurs parents et d’autres intervenants, Hélène Bailleu dénonce les frais d’utilisation de patinoires pour le programme Sport-études de patinage artistique.

Sport-études de patinage artistique: un programme à bout de souffle

Trois-Rivières — Les tarifs supralocaux font les manchettes depuis quelques semaines dans la région. Or, Le Nouvelliste a appris que le Service des loisirs de la Ville de Trois-Rivières doit gérer le mécontentement de plusieurs parents et intervenants dans un autre dossier, celui des tarifs de location des glaces dans les arénas de son territoire.

Le programme Sport-études de patinage artistique à l’Académie les Estacades est à bout de souffle, selon Hélène Bailleu, membre du comité Sport-études de l’Association des clubs de patinage artistique de la Mauricie (ACPAM).

Depuis 2012, les coûts d’inscriptions au programme sont passés de 1500 $ à 2700 $. L’ACPAM est catégorique: ces hausses ne s’expliquent que par «l’augmentation exponentielle» des prix de location des patinoires à Trois-Rivières.

Le regroupement, au dire de sa porte-parole, tente par tous les moyens de trouver un terrain d’entente avec le Service des loisirs, mais en vain.

«Tarifs abusifs»

«Ce sont des tarifs abusifs imposés aux jeunes athlètes de Sport-études», déplore Hélène Bailleu, encouragée dans ses démarches par l’Académie les Estacades et le ministère de l’Éducation. Ce dernier reconnaît d’ailleurs qu’il n’y a pas un programme Sport-études en patinage artistique, au Québec, où les coûts sont aussi dispendieux.

Mme Bailleu, toujours appuyée par d’autres intervenants, a présenté un document à certaines instances de la Ville de Trois-Rivières au cours des derniers mois. Sur un budget annuel de 140 000 $, plus de 100 000 $ vont aux dépenses pour les heures de glace. Les autres frais incluent un coordonnateur de structure, tel qu’exigé par le ministère, ainsi que des intervenants hors glace.

Lors de la saison 2008-09, le prix demandé par la Ville au programme de patinage artistique des Estacades pour les heures de glace s’établissait à 35 $ de l’heure, avant les taxes. On parle aujourd’hui de 71 $ de l’heure.

«Nous avons réussi à obtenir un gel de trois ans. Il vient à échéance à la fin de l’année. On anticipe encore une hausse pour l’an prochain. La situation s’aggrave, la vocation régionale des programmes Sport-études, ceux des sports de glace, est en danger.»

Inscriptions en chute

La hausse constante des frais de location a des répercussions au sein du programme: le nombre d’inscrits a chuté d’environ 30 patineurs. Il ne reste qu’une vingtaine de patineuses dans le volet Sport-études et la relève pousse timidement.

Pourtant, les clubs de patinage artistique de la région misent encore sur de fortes délégations. Les coûts d’inscriptions en découragent plusieurs, ils évitent la voie du Sport-études... même si quelques-uns d’entre eux ont le potentiel pour s’intégrer parmi l’élite.

«Je connais des parents qui se tournent désormais vers l’extérieur de la Mauricie. Pour eux, c’est devenu moins dispendieux d’envoyer leur enfant en pension à Repentigny ou Boucherville dans un autre programme! On a un gros problème.»

Des solutions

Hélène Bailleu assure que le comité a proposé des pistes de solution. «Toutes nos patineuses sont aussi représentées dans un club civil. Ces clubs reçoivent des heures gratuites de la part de la Ville. On a suggéré d’utiliser certaines de ces heures pour nos filles de Sport-études, les clubs étaient d’accord, surtout que certaines heures sont peu utilisées. La Ville a dit non. Il y a une discordance dans leur discours.»

L’organisation s’engage également à tenir des événements d’envergure provinciale dans le nouveau colisée, ce qui amènerait des retombées intéressantes pour Trois-Rivières. En échange, on demandait une diminution des coûts. «Cela n’a pas été retenu.»

Il y a quelques mois, la Ville a demandé au comité de produire un rapport face à leur manque à gagner. Hélène Bailleu affirme que le programme traîne un déficit d’environ 10 000 $.

«On nous a répondu qu’ils planchaient sur une possible subvention... avant de se rétracter. Nous, on n’a jamais cherché la gratuité complète. Par contre, on se compare à des villes de taille semblable.»

À Sherbrooke, entre autres, les coûts de location des glaces avoisinent les 18 000 $. Drummondville «offre gracieusement» des heures de glace.

«Qu’est-ce que la Ville nous répond? Que si nous vivions à Toronto, on paierait 300 $ de l’heure! La majorité de nos patineuses demeurent à Trois-Rivières, sauf que certaines vivent ailleurs dans la région. Si on ajoute à leur facture les 700 $ de plus en frais supralocaux, c’est la fin de notre programme de patinage artistique.»

L’étape suivante, prévoit Hélène Bailleu, consistera sans doute à créer une coalition. Il en va, selon elle, de la survie de ce programme Sport-études.

Des tarifs préférentiels, réplique la Ville

La Ville de Trois-Rivières confirme avoir tenu des rencontres avec le comité. «Nos tarifs de location de glaces sont comparables à ceux des autres villes. On offre d’ailleurs un tarif préférentiel aux programmes Sport-études des Estacades. Normalement, ça coûte entre 182 et 234 $ de l’heure pour les citoyens», mentionne la porte-parole de la Ville, Cynthia Simard.

Hélène Bailleu n’est pas impressionnée par cette réponse. «C’est faux de dire que leurs tarifs sont comparables à ceux des autres villes. On a fait nos devoirs, les responsables des programmes Sport-études à Sherbrooke nous confirment que ça leur coûte 18 000 $ par année. Le ministère reconnaît que la situation à Trois-Rivières cause des problèmes. Ils ne font que répéter ce qu’ils nous répondaient pendant nos rencontres», se désole Mme Bailleu.