En période estivale, les marchés publics rendent l’approvisionnement local plus facile.
En période estivale, les marchés publics rendent l’approvisionnement local plus facile.

Souveraineté alimentaire: des gains possibles

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Le Panier bleu a été lancé pour appuyer les producteurs locaux et favoriser la souveraineté alimentaire du Québec, mais la population n’a même pas entrevu le ministre québécois de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, au cours de la dernière semaine.

Cette observation vient de Jean-Marie Giguère, président de l’Union des producteurs agricoles de la Mauricie. Effectivement, le Panier bleu est surtout promu par le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

«Avez-vous vu le ministre de l’Agriculture, M. Lamontagne, depuis le début de la crise?», fait remarquer M. Giguère. «Pourtant, la base de l’être humain, c’est de manger!»

«Le Panier bleu, on ne peut pas être contre», ajoute M. Giguère. «L’initiative est lancée pour consommer plus québécois. Ce sont de belles idées, mais les mettre en œuvre, c’est autre chose».

Marie-Claude Camirand, directrice générale du Marché Godefroy, assure que son organisation s’inscrira dans ce répertoire. Elle n’y voit pas une grande innovation, mais un outil supplémentaire qui s’ajoute à d’autres du même genre déjà disponibles. Vendredi par exemple, un groupe de citoyens annonçait la création de Solution locale, un répertoire de 2300 entreprises pour favoriser l’achat régional à travers le Québec.

Mission impossible?

Le président de l’UPA régionale voit une évolution dans le comportement des consommateurs, mais il suggère de modérer les attentes en ce qui concerne la souveraineté alimentaire.

«L’autosuffisance, on ne l’atteindra jamais», tranche-t-il. «On ne produira pas d’oranges et de bananes demain matin! Mais pour les légumes de base, je ne verrais pas pourquoi on ne se servirait pas de notre modèle hydroélectrique pour développer des serres annuelles. Cette partie, j’y crois, mais ça ne se fait pas en un an ou deux.»

«La mondialisation a été entraînée par l’argent et là, on est pris», constate-t-il. «L’autosuffisance, j’y crois en partie. Est-ce que ce sera à 50 %, 60 % ?»

Les marchés publics constituent des endroits de prédilection pour s’approvisionner auprès des producteurs locaux. Celui de Shawinigan est ouvert à l’année, mais les autres concentrent leurs activités pendant l’été.

À Bécancour, le Marché Godefroy prévoit toujours ouvrir le 16 mai malgré les ravages causés par la COVID-19. Les activités d’animation sont toutefois annulées. Par contre, une nouvelle boutique en ligne permettra aux consommateurs de s’approvisionner autrement.

Bon an mal an, une moyenne de 5500 à 6000 personnes fréquentent le Marché Godefroy chaque fin de semaine.

«Nous avons une offre assez complète», mentionne Mme Camirand. «C’est sûr qu’il nous manque certains produits qu’on retrouve en épicerie, comme des pâtes sèches. Pour le reste, nous avons des fruits, des légumes, de la viande, du yogourt, un grand choix de fromages, des produit préparés comme des tartes et des pâtés, de la crème glacée, du pain, des baguels... Ça fait pas mal le tour du guide alimentaire! Mais présentement, c’est sûr qu’il faut compléter à l’épicerie. Nous avons besoin de trucs qui sont produits en masse plutôt que de façon artisanale, comme par exemple des noix.»

Le Marché Godefroy n’est également ouvert que la fin de semaine, ce qui implique une planification en conséquence. Mme Camirand mentionne que l’ajout du vendredi a déjà été envisagé, mais le projet n’est pas allé très loin.

Dans la vie de tous les jours, M. Giguère rappelle que des considérations très terre à terre guident les consommateurs.

«Pour une famille de deux adultes et deux enfants, quand vous arrivez à l’épicerie, vous regardez le $», laisse-t-il tomber. «Personne ne me fera croire qu’on se ferme les yeux et qu’on prend ce qu’il y a de plus bio sur les tablettes...»

La souveraineté alimentaire pose-t-elle un plus grand défi pour les producteurs ou les consommateurs?

«C’est une bonne question», réfléchit Mme Camirand. «Les producteurs ont encore un grand bout de chemin à faire, ont besoin d’un coup de pouce pour assurer une autonomie alimentaire régionale. Je pense qu’il y a un intérêt certain de la clientèle à s’alimenter local, même l’hiver. Mais présentement, les gens ont de la difficulté à le faire.»

Pour M. Giguère, le prix et la disponibilité demeurent les deux principaux facteurs qui influencent les consommateurs.

«Le gouvernement veut qu’on achète local, mais il ne devrait pas le dire seulement pendant la COVID-19!», soulève le président de l’UPA régionale. «Il faut que ce soit ancré dans la culture du monde et on ne change pas ça du jour au lendemain. Il faut des mesures incitatives qui feront qu’au fur et à mesure des mois qui passeront, les gens achèteront davantage local. Il faut aider l’agriculture avec des serres, il faudrait qu’Hydro-Québec participe davantage. Nous avons les éléments pour le faire, mais ça prend une volonté politique.»

Enjeux de la souveraineté alimentaire

Les avantages:

  • Tisser des liens avec sa communauté
  • Aliments plus savoureux
  • Moins de gaspillage
  • Découvertes

Les inconvénients:

  • Planifier davantage ses déplacements
  • Sortir de sa zone de confort alimentaire
  • Défi considérable pendant l’hiver
  • Manque de disponibilité de certains produits de base