Constant Awashish, grand chef de la Nation Atikamekw.
Constant Awashish, grand chef de la Nation Atikamekw.

Soutien financier aux Atikamekw pour la justice réparatrice

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Le ministre François-Philippe Champagne a profité de la Semaine de la Justice réparatrice pour annoncer, vendredi, une aide fédérale de 322 500 $ sur trois ans visant à soutenir les programmes de justice réparatrice administrés par le Conseil de la Nation Atikamekw.

De son côté, le ministère de la Justice du Québec, qui soutient financièrement, depuis 2008, le processus de justice communautaire de la Nation Atikamekw, annonce une participation supplémentaire de 158 270 $ pour l’année 2020-2021.

«Le ministre de la Justice du Québec ainsi que le ministre de la Justice reconnaissent l’importance de favoriser les adaptations au système de justice, aux visions et aux coutumes des différentes nations autochtones», indique Mathieu Lévesque, adjoint parlementaire du ministre de la Justice du Québec.

«L’adaptation est vraiment nécessaire et essentielle pour favoriser le dialogue et la collaboration dans un système de justice ouvert et inclusif. La justice réparatrice permet la réinsertion sociale de la personne ayant commis un crime en misant sur la guérison du contrevenant et de la victime», explique M. Lévesque. «Ça amène le contrevenant à une prise de conscience et à un processus de réparation à l’endroit de la victime et de sa collectivité, des principes qui sont au cœur des pratiques traditionnelles autochtones de résolution de conflits», fait-il valoir.

Le grand chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, s’est dit «inspiré, touché» et même «surpris» par les propos tenus par les représentants de Québec et d’Ottawa au cours du point de presse de vendredi. «Je suis bien heureux d’avoir ce soutien-là de la part des deux gouvernements», dit-il.

M. Awashish estime que les autochtones sont trop représentés, actuellement, dans le système carcéral. «Il n’y a pas vraiment de guérison. Il n’y a pas de dialogue. Souvent, quand ils ressortent, il n’y a pas vraiment de réinsertion dans la société ou la communauté», déplore-t-il.

Dans la culture des Atikamekw, explique-t-il, un dialogue est établi entre la victime et la personne qui a commis le crime. «Pour nous, c’est important d’encourager cette approche-là», dit-il, «justement pour diminuer le taux d’incarcération. On sait que les Premières Nations, partout au Canada, sont surreprésentées dans le système de justice. Souvent, c’est dû à une incompréhension, à la langue des Atikamekw ou d’autres autochtones qui sont mal compris lorsqu’il y a des interventions policières ou autres. Souvent, ça crée des dynamiques explosives», explique-t-il.

Les Atikamekw, ajoute le grand chef, en sont à la deuxième année de l’application du SIAA (Système d’intervention d’autorité atikamekw), l’équivalent, pour cette communauté, de la Direction de la protection de la jeunesse. Un programme de mesures de rechanges adaptées aux valeurs atikamekw permet également de diminuer les incarcérations et d’augmenter la déjudiciarisation. Après 20 ans, dit-il, «nos preuves sont faites».

Le recours à un processus de médiation est fait par l’entremise du Conseil des aînés de Manawan et de Wemotaci, explique le ministre Champagne. Cette approche offre «du soutien et des solutions en renforçant le sentiment de dignité et la résilience tout en tenant compte de la sécurité des communautés». Et ça se fait «avec nos partenaires du gouvernement du Québec», précise le ministre. L’approche est ainsi «sensible aux besoins et traditions des communautés autochtones».

La justice réparatrice sert à faire «participer les familles et les collectivités à la guérison, à la réparation et à la réinsertion sociale des jeunes et aussi des adultes qui auraient pu avoir des démêlés avec le système pénal», explique le ministre Champagne. Cette justice réparatrice «fait partie d’une longue tradition chez les nations autochtones. C’est un modèle connu, reconnu qui favorise la responsabilisation des personnes concernées, mais aussi en améliorant les résultats pour les victimes», dit-il.

«Manawan et Wemotaci ont su développer un projet qui leur permet de protéger le savoir-faire et les traditions du peuple atikamekw en matière de justice. Le ministère de la Justice du Québec est très, très fier d’être un partenaire du Conseil de la Nation Atikamekw depuis près de 20 ans dans le développement de ce processus», indique M. Lévesque.

L’approche que pratiquent traditionnellement les Premières Nations fait l’objet d’études partout dans le monde en ce moment, signale M. Awashish. «La justice ancestrale n’était pas la justice pénale», explique-t-il. «Si quelqu’un commettait un délit, il devait offrir réparation à la victime» par des moyens «décidés par l’ensemble de la communauté, un conseil de sages ou un conseil des aînés».

Interrogé à savoir ce qui devrait être fait, sous cette perspective, dans le cas de Joyce Echaquan, cette Atikamekw abondamment injuriée avant son décès dans un hôpital, Constant Awashish estime que «la première étape, c’est de reconnaître les torts. C’est comme ça que fonctionne la justice réparatrice», dit-il.

«Depuis plusieurs années, nous dénonçons des situations dans lesquelles les Premières Nations sont vulnérables. Nous ne sommes pas vulnérables par hasard. On a été mis dans une situation précaire. Certains parlent de mauvaises intentions, d’autres, de bonnes intentions, mais des politiques ont été mises en place, des lois qui ont fait en sorte qu’aujourd’hui, on est dans cette situation-là, nous les autochtones», résume-t-il.

«Comment réparer cette situation-là? Il faudrait rencontrer la famille qui, à travers un conseil de famille, pourrait participer à l’élaboration de ce qui pourrait être, à ses yeux, une réparation juste et équitable», propose-t-il.

Ce qu’il entend toutefois de la part de la famille de Joyce Echaquan, c’est d’abord l’idée que toutes les politiques en questions ont contribué à développer des préjugés et des stéréotypes.