Alain Gélinas, président de la CAVP.
Alain Gélinas, président de la CAVP.

Sondage TACT sur la pyrrhotite : les répondants approuvent l’aide financière

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — «Chaque fois qu’on arrive près de la ligne d’arrivée, c’est comme si quelqu’un la prenait et allait la porter plus loin. On a l’impression de faire du surplace. La ligne d’arrivée, je ne veux plus la voir. Je vais virer de bord. Je vais aller m’assoir sur le trottoir sur le bord de la rue et je vais prendre une bonne bière. Je suis rendu là. Je suis essoufflé», confie le président de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite, Alain Gélinas.

C’est le cas aussi de son équipe et de ses principaux collaborateurs, Miche Lemay et Yvon Héroux, qui mettent chacun 40 heures par semaine dans ce dossier, mais en vain. Il n’y a plus d’argent neuf du côté provincial pour aider les victimes et le fédéral n’en mettra que si la province en met. C’est comme ça que ça marche, explique M. Gélinas en rappelant que le marathon de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite dure depuis 10 ans sans jamais pouvoir accéder au but même si 8000 familles de la Mauricie ont subi ou subissent toujours le drame.

Et selon Alain Gélinas, tous les cas encore en suspens, ceux de la deuxième vague et ceux qui sont en zone grise, attendront probablement encore plusieurs années encore avant de revoir la couleur de leur argent. L’aide est donc indispensable, plaide-t-il.

Dans un nouvel effort pour se faire entendre du gouvernement du Québec, la CAVP vient de faire un sondage par la firme TACT Conseil auprès de 625 citoyens des différentes municipalités touchées par la pyrrhotite. Il révèle que plus de 82 % des répondants sont en faveur d’une aide financière gouvernementale accrue aux victimes sous forme de prêts en attendant les procédures judiciaires.

À signaler, 95 % de ces répondants ne sont pas des victimes de la pyrrhotite, ce qui prouve, selon Alain Gélinas, que la population est d’accord pour qu’on règle ce dossier une fois pour toutes.

«Oui, il y a la COVID», reconnaît le président de la CAVP, «mais il n’y a jamais eu de bon moment pour régler ce dossier. «Là, c’est la COVID. Avant, il y a eu les inondations. Il y a eu Mégantic et aussi les feux de forêt dans l’Ouest. Il y a toujours quelque chose.»

Pendant qu’il se fait constamment répéter par les politiciens que «les choses cheminent» ou «qu’on travaille fort», les victimes de la pyrrhotite continuent de souffrir, fulmine-t-il. «Les gens ont le moral à terre», insiste-t-il en invitant à imaginer ce que ça peut faire à ces personnes de rajouter la COVID par-dessus le stress de la pyrrhotite.

Alain Gélinas a beau examiner la situation de tous les côtés et sous toutes ses coutures, il n’arrive pas à comprendre pourquoi les gouvernements, depuis 10 ans, ne répondent pas aux demandes, dans cette crise, alors qu’ils sont habituellement prompts à régler les autres catastrophes qui frappent la province ou le pays.

«C’est comme le jour de la marmotte», dit-il. «À chaque élection, il faut tout recommencer. On perd deux ans, la première année et la dernière.» Alain Gélinas en arrive maintenant à se demander si les gouvernements gouvernent vraiment ou si le dossier de la pyrrhotite serait bloqué par un ou des fonctionnaires qui n’y comprennent que dalle.

Ce n’est pas parce que le gouvernement ne veut pas dépenser, constate-t-il, «car ce sont des prêts, et non des subventions, qui ont été consentis aux victimes», rappelle-t-il.

«Et ce n’est pas parce qu’on n’est pas clair non plus», argumente-t-il. Il y a des rencontres, des échanges, la CAVP a produit des dossiers étoffés pour expliquer ses demandes et malgré tout la situation ne se règle pas.

«Il reste 3000 maisons à tester», rappelle Alain Gélinas. De ce nombre, il est possible que certaines ne contiennent pas de pyrrhotite, fait-il valoir. Savoir combien il y a de vrais cas permettrait de mettre un chiffre beaucoup plus précis sur le montant qui pourrait libérer les victimes de leurs chaînes. «En ce moment, on calcule que c’est 305 millions $», dit-il.

La CAVP estime qu’elle ne demande pas la mer à boire. Ceux et celles qui pourraient faire réparer leur maison contribueraient, souligne le président de la CAVP, à relancer l’économie qui est fort mise à mal, en ce moment, par la COVID. Ce sont des milliers de familles de la région qui recommenceraient à dépenser, donc à faire rouler l’économie régionale, plaide le président.

Alain Gélinas martèle que les gouvernements doivent répondre aux victimes de la pyrrhotite cette année. Il veut même des réponses en octobre.

Voici les quatre demandes de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite: que les gouvernements financent les 3000 tests de pyrrhotite que les propriétaires n’ont pas réalisés; que le programme d’aide de 75 000 $ sous forme de prêt soit haussé à 180 000 $, soit le coût moyen des réparations pour remplacer des fondations. Mieux encore, que les gouvernements prennent en charge les travaux de réparation en attendant la fin des procédures judiciaires en cours; qu’une lettre de garantie soit émise aux victimes en zone grise afin de leur assurer de leur éligibilité au programme d’aide lorsque la Chaire de recherche aura complété ses travaux. Finalement, que de l’aide aux propriétaires de condos soit bonifiée.

RÉSULTATS DU SONDAGE TACT CONSEIL

625 adultes de la Mauricie ont répondu au sondage entre les 12 et 17 août

• Près de 95 % des répondants affirment avoir entendu parler du problème de la pyrrhotite;
• Les répondants estiment que les gouvernement du Québec (80,5 %) et du Canada (82,1 %) devraient en faire davantage pour aider les victimes
   en attendant la fin des procédures judiciaires.
• 82 % des répondants croient que l’aide financière devrait couvrir le coût moyen des réparations (180 000 $).
• 94,9 % des répondants n’ont pas de pyrrhotite dans leur propriété.
• 80,8 % avaient entendu parler de l’aide gouvernementale offerte aux victimes.
• 87,2 % croient que les gouvernements devraient prêter de l’argent aux propriétaires affectés en attendant la fin des procédures judiciaires.
• 76 % des personnes interrogées estiment que la relance économique post-COVID-19 est une bonne occasion de faire d’une
   pierre deux coups.