Geneviève Lebrun est pharmacienne clinicienne aux soins intensifs à l’hôpital de Trois-Rivières depuis 2015.
Geneviève Lebrun est pharmacienne clinicienne aux soins intensifs à l’hôpital de Trois-Rivières depuis 2015.

Soins intensifs en pandémie de COVID-19: un univers sous tension

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Contribuer à soigner des patients, être attentif à la réaction de ceux-ci, engloutir une tonne de documentation, toutes ces fonctions sont le quotidien des pharmaciens qui œuvrent à l’unité des soins intensifs des centres hospitaliers. Mais en temps de pandémie de la COVID-19, ce quotidien est encore plus occupé dans un cadre de travail qui doit notamment composer avec un enjeu sur les stocks de certains médicaments.

Geneviève Lebrun est pharmacienne clinicienne aux soins intensifs à l’hôpital de Trois-Rivières depuis 2015. En raison de la COVID-19, elle travaille principalement à la coordination des soins et des services pour les patients aux soins intensifs, incluant ceux atteints du coronavirus.

Le Centre hospitalier affilié universitaire régional (l’hôpital de Trois-Rivières) a habituellement un pharmacien aux soins intensifs. Cet effectif a été doublé pour faire face à la pandémie, car l’unité des soins intensifs a accueilli entre un et 10 patients atteints du coronavirus depuis les quatre dernières semaines, la demande ayant été plus forte au début du mois d’avril.

La pharmacienne de 11 ans d’expérience le reconnaît volontiers. Une telle pandémie représente un nouveau défi à relever. Et la pénurie de médicaments est au cœur de ce défi, car les personnes malades ont besoin des mêmes médicaments, qu’ils habitent au Québec, aux États-Unis ou en Europe.

«L’aspect mondial de la pénurie met de la pression sur les mêmes classes de médicaments. On a des difficultés d’approvisionnement sur certains médicaments. Ce qui a été fait ici, au Québec, est que les chefs de département de pharmacie ont travaillé de concert avec le ministère de la Santé et des Services sociaux, de façon proactive, pour identifier quels sont nos besoins en médicaments pour qu’il y ait une communication étroite avec les fabricants. Le fait d’avoir orchestré ça de façon proactive a permis de communiquer nos besoins. À l’heure actuelle, il y a une pression sur certaines molécules et on a des stratégies pour pallier cette pression. Les patients qui entrent au CHAUR avec la COVID-19 ont tout ce dont ils ont besoin en médicaments, je n’ai pas de doute là-dessus. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir. La gestion des médicaments est provinciale, chaque centre a son inventaire. Mais on est quand même sous tension», mentionne Mme Lebrun.

L’Institut national d’excellence en santé et services sociaux du Québec a contribué à établir ces stratégies dans un contexte de pénurie. Les cliniques soignent leurs patients tout en faisant un usage judicieux des médicaments, notamment aux blocs opératoires et aux soins intensifs. Cela implique le retour de certains médicaments afin de mieux répartir l’utilisation de certains produits mis sous pression.

«On fait une rotation des stocks, on révise nos formats de préparation pour éviter encore plus les pertes, énumère Mme Lebrun. Ça demande une collaboration étroite des équipes. Il faut varier les molécules selon la condition du patient et assurer le suivi. C’est déjà fait en soins intensifs. C’est juste que la collaboration est plus étroite encore.»

Aucun médicament n’a encore été trouvé pour guérir les gens atteints de la COVID-19. Le traitement offert en est un de support. Des sédatifs et des analgésiques sont administrés pour soulager la personne qui peut éprouver de l’anxiété à être branchée à un respirateur et de l’inconfort en raison des perfusions intraveineuses. Des bloqueurs neuromusculaires peuvent aussi être utilisés pour détendre les muscles du patient afin d’optimiser la fonction du respirateur.

«Il y a des études cliniques et on n’est pas en mesure d’établir le meilleur traitement. Ce sont les études cliniques en cours qui vont répondre dans les semaines et les mois qui suivent.»

La COVID-19 a exigé des réaménagements au sein de certaines unités qui ne sont pas, à la base, réservées aux soins intensifs. Des médicaments correspondant aux activités des unités ont dû être changés afin qu’ils soient accessibles rapidement lors d’une intervention auprès d’un patient.

Geneviève Lebrun rappelle que la COVID-19 est un sujet en constante évolution. Les professionnels de la santé en apprennent davantage sur ce virus au fil des publications des cliniciens. De cette façon, ils peuvent adapter les traitements en suivant les recommandations des grandes instances. Et des publications scientifiques, il y en a tout un paquet. Celles-ci doivent être triées et cet aspect fait partie de son travail de coordonnatrice.

«L’idée est de transmettre le savoir. Je lis la littérature et je la transmets pour l’appliquer pour que les soins pharmaceutiques aux patients reflètent la réalité des soins. Il y a énormément de publications à l’heure actuelle. Ça a commencé autour de décembre avec ce qui se passait en Chine. Des gens ont établi comment ils ont traité leurs patients, il y a des études cliniques. Le pharmacien, dans cet aspect de sa pratique, c’est déjà quelque chose qu’on met de l’avant: être au fait de la littérature, adapter la médication au patient, suivre les analyses de laboratoire, comprendre la façon dont le médicament va être absorbé, les interactions médicamenteuses. Dans cette pandémie, c’est un rôle central. Il faut être à jour», constate celle qui croit que certains procédés établis durant la pandémie vont demeurer.