Chantale Thiffault a choisi de transférer son père vers un autre établissement.

Soins des personnes âgées: des pilules pour remplacer les préposés

Pour éviter que les bénéficiaires soient turbulents ou trop exigeants pour le personnel, et aussi en raison d'un manque d'intervenants pour assurer un encadrement adéquat, un centre d'hébergement pour personnes âgées de la région préfère bourrer ses résidents avec des pilules.
C'est le triste constat qu'a effectué Chantal Thiffeault après avoir placé son père dans une résidence privée pour personnes âgées affichant des troubles cognitifs en novembre dernier.
Au départ, pour le quart de travail de soir, deux préposés étaient en charge des 16 bénéficiaires. Or, cinq semaines plus tard, l'équipe a été réduite de moitié et c'est à ce moment que les problèmes ont débuté.
Avec une seule personne devant s'occuper de 16 personnes, il devient difficile, voire impossible, de répondre aux besoins de chacun selon Mme Thiffeault.
«Deux personnes pour 16, on jugeait que c'était suffisant pour répondre aux crises d'anxiété que ces gens peuvent avoir. Mais se retrouver seule avec 16 personnes Alzheimer, c'est quelque chose. C'est nettement insuffisant. On s'est rapidement aperçus que ça ne fonctionnait pas. La femme n'était pas capable d'intervenir quand il se passait des choses», lance-t-elle.
«Ils ont donc commencé par une pilule pour le tranquilliser, puis une deuxième et on était ensuite rendu à trois. On les endort avec ça. On est allé, un ou deux soirs, où il (mon père) avait même de la misère à rester assis sur une chaise», raconte-t-elle.
Et, lorsque la dose ne fonctionnait pas comme prévu, la préposée n'était pas en mesure d'apporter une assistance.
«Elle était occupée à faire des toilettes partielles sur les 15 autres personnes. Il n'y avait pas d'approche assez rapide. Ils coupent du personnel le soir, soit au moment où les gens sont plus à risque de faire de l'agitation et être confus», déplore Mme Thiffeault.
Pour elle, il ne fait aucun doute que l'établissement a agi de la sorte dans le but de rentabiliser ses activités.
«Ce sont les résidents qui payent pour les pilules alors que ce sont les propriétaires qui doivent débourser le salaire des employés. Quand je me suis fait dire que la résidence n'était pas rentable, j'ai compris bien des affaires», souligne-t-elle, tout en rappelant qu'il lui coûtait la rondelette somme de 2100 $ par mois pour placer son père dans cette résidence.
Ainsi, au cours d'une soirée où son père causait des ennuis à l'employée - qui ne pouvait régler la situation puisqu'elle était seule - la résidence a contacté les services d'urgence pour qu'il soit transporté à l'hôpital. Au centre hospitalier, on a indiqué que le père de Mme Thiffeault n'avait pas à être traité ici et qu'il devait retourner à la résidence. Bref, on se renvoyait la balle. «Ce n'était pas très professionnel», estime-t-elle.
Après cet épisode, Mme Thiffeault a choisi de transférer son père vers un autre établissement, il y a une dizaine de jours, où le traitement de son père y est beaucoup plus adéquat.
Les résidence privée pour aînées ne sont assujetties à aucun ratio de personnel
Les résidences privées pour aînées ne sont assujetties à aucun ratio de personnel. Elles ont donc le champ libre quand vient le temps de déterminer le nombre d'employés nécessaires pour s'occuper des bénéficiaires.
«Il n'y a pas de critères reliés au seuil minimal requis. Ils ont 26 critères de certification à respecter portant notamment sur la formation du personnel, les déplacements, le RCR, les soins d'urgence, etc. Mais il n'y en a pas sur le nombre requis d'employés», précise Christiane Lemaire, conseillère en communication à l'Agence de santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec.
Toutefois, une nouvelle réglementation devrait être en vigueur le 30 novembre prochain. Selon la ministre déléguée aux Services sociaux, Dominique Vien, son but est de mieux encadrer les pratiques dans les résidences afin d'augmenter le niveau de sécurité.  
Il est question notamment du nombre d'employés et de leur formation.
«La réglementation va déterminer un seuil minimal de ratio d'employés versus les unités locatives en résidence privée pour personnes âgées», mentionne Mme Lemaire.
Pour ce qui est de la médicamentation, Mme Lemaire rappelle que les résidences pour personnes âgées doivent respecter les prescriptions médicales.
Si des gens s'estiment lésés, ils peuvent s'adresser au commissaire aux plaintes de l'Agence de santé.