Deux motoneigistes ont été transportés à l’hôpital, l’un pour une hypothermie sévère, l’autre pour une hypothermie légère. L’événement s’est déroulé dans le secteur de la rue Bernard.

Six motoneigistes plongent dans le lac Magog [PHOTOS ET VIDÉO]

Six motoneigistes peuvent se compter chanceux d’avoir survécu après avoir plongé dans le lac Magog. « On était à dix minutes de perdre quelqu’un [...] Il y a eu six personnes à l’eau et on aurait facilement pu avoir six morts », considère l’agent Carl Pépin de la Régie de police de Memphrémagog, qui a participé à l’intervention samedi soir.

Deux motoneigistes ont été transportés à l’hôpital, l’un pour une hypothermie sévère, l’autre pour une hypothermie légère. L’événement s’est déroulé dans le secteur de la rue Bernard.

« Les trois premiers qui sont partis ne savaient pas où ils allaient, a raconté un des motoneigistes, Keven Gagnon, sur les ondes d’Ici Estrie. On avait quand même fait tout le début alors ils se disaient que c’était gelé de bord en bord, ils ne savaient pas ici que ça ne gelait jamais. [...] Les lumières s’éteignaient, tout le monde tombait dans l’eau, ça criait au meurtre. C’était l’enfer. [...] Ça défonçait et je tirais, puis la glace craquait en dessous de moi, j’ai eu la chienne de ma vie! »

L’un des motoneigistes est resté accroché durant 25 ou 30 minutes le temps que les pompiers puissent le secourir, raconte l’agent Pépin en entrevue téléphonique avec La Tribune. « Quatre motoneigistes ont pu s’extirper par eux-mêmes et n’ont pas nécessité de transport à l’hôpital », dit-il.

Le groupe de dix motoneigistes a circulé sur le lac Magog et s’est dirigé vers l’embouchure de la rivière. « Ils avaient été avisés de ne pas aller dans ce secteur, mais le leader du groupe est parti par là et les autres ont suivi », raconte l’agent. 

Pas une première

Des situations comme celle-ci sont arrivées si fréquemment dans ce secteur que Sylvain Fontaine, un riverain depuis 20 ans, a développé des réflexes lorsqu’il entend un moteur sur le lac, l’hiver. « Mon épouse et moi étions assis devant la télévision. Vers 20 h 15, on a entendu des bruits de motoneige. Ici, dans le secteur, quand j’entends des bruits de moteur, ce n’est pas normal. Nous avons levé les stores et avons pris le téléphone. Pendant que mon épouse signalait le 911, elle a vu quelques motoneiges plonger dans l’eau vive », raconte celui qui tremblait encore en racontant la situation à La Tribune vers 23 h samedi soir. 

« D’autres motoneigistes ont eu la chance de retourner assez vite. Les secours sont arrivés environ dix minutes après », estime M. Fontaine.

En deux décennies, Sylvain Fontaine a dû appeler les secours une dizaine de fois pour des situations semblables. « Parfois, c’étaient des résultats plus tragiques. Aujourd’hui, j’espère qu’on va éviter d’avoir des morts », disait-il samedi.

M. Fontaine déteste avoir à appeler les secours. « Quand ça arrive, on se sent impuissant. On ne peut pas aller dépanner les gens nous-mêmes, je l’ai déjà fait et j’ai calé dans l’eau », décrit-il, espérant toujours dans de telles situations que les secours arrivent assez vite.

Deux motoneigistes ont été transportés à l’hôpital, l’un pour une hypothermie sévère, l’autre pour une hypothermie légère. L’événement s’est déroulé dans le secteur de la rue Bernard.

Connaître le lac

Pour M. Fontaine, les motoneigistes ne devraient pas se présenter sur un lac sans en connaître la configuration. « Il y a des places sur le lac qui sont sécuritaires, mais pas ici. Je suis déjà allé chercher des gens il y a une dizaine d’années un 31 décembre », se rappelle-t-il, visiblement encore sous l’adrénaline.

Ce que la plupart des gens ne savent pas, c’est que cette partie du lac n’est pas très profonde. « Ce qui peut sauver le monde, c’est qu’il y a à peu près cinq pieds d’eau à cette hauteur dans le lac. C’est un haut-fond. Quand tu ne le sais pas, tu es en état de panique. La première réaction de l’être humain quand il coule, c’est de penser à sa motoneige. Tu perds une fraction de seconde », analyse celui qui a appelé les urgences encore samedi.

« Ça paraît bien, car une grande partie du lac est complètement gelée, résume son voisin Jérôme Blais. Mais quand on arrive à l’embouchure de la rivière, ce n’est pas gelé du tout. Quand on circule le soir ou la nuit, on ne le voit pas et on tombe dans l’eau. Si on est en bas de la rue Bournival, il n’y a pas de problème. Mais quelques centaines de mètres plus haut, c’est problématique. »

L’incident n’est pas sans rappeler la tragédie survenue il y a deux semaines tout juste au lac Saint-Jean, où cinq motoneigistes français et leur guide ont trouvé la mort. 

Au lac Magog, Réal Fréchette, 52 ans, et son frère Denis, 59 ans, sont également décédés dans des circonstances semblables en mars 2016 et le jeune Samuel Brisebois avait subi le même sort en 2014. 

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Dimanche, les travaux pour aller repêcher les motoneiges ont commencé sur le lac Magog. Si tout va bien, les engins devraient retrouver la terre ferme lundi.

Une opération de repêchage complexe

Aller repêcher des motoneiges prises au fond d’un lac est un travail de longue haleine pour les entreprises de remorquage. Après avoir fait appel à des plongeurs pour localiser les engins, les remorqueurs doivent étoffer un plan précis et sécuritaire pour les ramener sur la terre ferme. 

L’entreprise a trouvé une barge pour y asseoir sécuritairement les motoneiges. Lundi, elle s’approchera des engins avec celle-ci, les soulèvera grâce à un mât pour les déplacer sur la rive. « On est là-dessus depuis 8 h dimanche matin. Les deux plongeurs sont allés faire leur évaluation », indique Nicolas Dostie, copropriétaire et gestionnaire d’événements de la compagnie chargée de ce travail, Remorquage Orford.

« Demain [lundi] en fin de journée, ça devrait être sorti », estime M. Dostie, qui ne voulait pas préciser les coûts d’une telle opération. 

L’aspect sécurité est très important pour Remorquage Orford. « Seuls les deux plongeurs expérimentés se sont approchés des motoneiges. Demain [lundi], ce sera des employés munis d’équipements spécialisés submersibles. »

« On demande à toutes les personnes sur le lac de ne pas s’approcher de l’emplacement, car la glace est très fragile », conclut M. Dostie. Tommy Brochu

« Si un lac n’est pas balisé, on n’y va pas »

Si les motoneigistes étaient restés dans les sentiers balisés, l’incident impliquant six motoneigistes ne serait jamais arrivé, pense le président des Motoneigistes du Memphrémagog inc., Patrick Côté. « Si un lac n’est pas balisé, on n’y va pas », martèle-t-il. 

« C’est encore la même chose : ils n’étaient pas dans des sentiers. C’est malheureux, mais c’est arrivé. On reste dans les sentiers balisés. Tant que les gens ne comprendront pas ça, des choses comme ça vont arriver. C’est dommage, mais c’est ça », considère-t-il, ajoutant qu’aucun sentier n’est balisé sur ce lac cette année. Si le passage est autorisé, le lac sera balisé à nouveau. 

« Comme Sherbrooke ne pouvait pas venir nous rejoindre de l’autre côté, on ne passe pas sur le lac cette année », explique M. Côté, pensant que la perte des droits de passage peut avoir un impact sur la témérité des gens. « Les gens veulent chercher le sentier, ajoute-t-il. C’est sûr que ça peut avoir un impact. »

Pour quelqu’un qui ne connaît pas ce lac, il est facile de se tromper et de se diriger vers la rivière, selon lui. « Et la nuit, la visibilité peut être moins bonne que le jour. Le jour, on peut voir de bord en bord du lac sans problème », indique le président du club. 

Est-ce possible d’ajouter des pancartes indiquant l’interdiction de passage? « On ne peut pas aller mettre des balises partout sur le lac pour dire de ne pas passer. Les gens doivent penser qu’un lac, c’est dangereux. Si on ne sait pas où on va, on n’y va pas. Ce n’est pas compliqué », répond M. Côté, ajoutant que si la glace n’est pas plus épaisse que six pouces, les motoneiges ne passent pas. Tommy Brochu