Six mois de prison pour un père de famille qui a touché les seins de sa fille en lui appliquant un onguent

Trois-Rivières — Un père de famille, qui a abusé de sa fille en lui appliquant de l’onguent sur les seins, vient d’être condamné à une peine de six mois de prison.

Cet homme, dont on doit taire l’identité pour protéger celle de la victime, avait en effet profité du fait qu’elle souffrait d’eczéma pour lui appliquer de la crème conçue pour le traitement de cette maladie, et ce, même si elle était capable de le faire. Cette dernière était alors âgée de 12-13 ans.

Or, il ne s’agit pas d’un geste isolé ou d’un accrochage. Les attouchements ont ainsi perduré pendant un an et demi et pouvaient survenir presque tous les jours. La victime a aussi été en mesure de constater que son père a eu une érection. En plus, il ne se gênait pas pour lui dire qu’elle avait de gros seins et des grosses fesses et qu’elle devrait maigrir. La plaignante avait précisé à ce sujet que c’était «son père qui s’était imposé» dans cette affaire en se plaçant derrière elle afin d’appliquer la crème sur le dos pour ensuite glisser ses mains sous ses bras à elle et «crémer» ses seins.

«Ça me rendait mal à l’aise, mais j’avais 12 ans à l’époque et je n’étais pas certaine si c’était correct ou pas. Je l’ai réalisé plus tard», avait-elle raconté en juin dernier.

Elle avait finalement dénoncé les gestes sexuels à des intervenants de l’école, ce qui avait entraîné une intervention de la Direction de la protection de la jeunesse.

L’homme a ensuite été arrêté et a plaidé coupable en juin dernier à une accusation d’attouchements sexuels. Au stade de la sentence jeudi, la procureure de la Couronne, Me Catherine Lacoursière a réclamé 12 mois de prison. Elle a notamment insisté sur les facteurs aggravants de cette affaire, notamment la durée et la fréquence des infractions. Elle a aussi rappelé que la victime était alors une adolescente de 12-13 ans en pleine période de développement. «On ne s’attend pas à ce qu’un père agisse comme ça», a-t-elle précisé.

Du même coup, elle a pris soin de signaler l’ampleur des conséquences de pareils abus. On parle notamment de problèmes sur le plan des études, de méfiance, de perte d’estime de soi, de difficulté à faire confiance, de cauchemars, de tristesse, de peur, de culpabilité et de honte. En fait, elle a dû bénéficier d’un suivi psychologique. Elle a d’ailleurs clairement fait savoir qu’elle ne voulait plus revoir son père.

Un autre facteur aggravant, selon Me Lacoursière, est que cet individu ne s’est jamais responsabilisé, ayant plutôt tendance à minimiser ses gestes. Il n’a entrepris aucune thérapie à ce jour. Même lors de son plaidoyer de culpabilité, il disait n’avoir aucune intention sexuelle; il voulait juste la soigner.

Pour sa part, l’avocat de la défense, Me Emmanuel Ayotte de l’aide juridique, a plutôt suggéré l’imposition de la peine minimale prévue par la loi, soit 90 jours de prison discontinue. Il a précisé que le processus judiciaire a fait réaliser à son client qu’il n’aurait jamais dû agir de la sorte et qu’il éprouvait des regrets. Il a aussi indiqué que les abus étaient parmi les moins intrusifs: seuls des touchers sur les seins avaient été commis. Il a aussi parlé qu’à cette époque, son client consommait du cannabis et de l’alcool régulièrement. Et enfin, il a insisté sur l’état de santé précaire de cet homme et le besoin de pouvoir aller à ses rendez-vous médicaux.

Lorsqu’invité par le juge Guy Lambert à parler avant le prononcé de la sentence, il l’a tout d’abord imploré de ne pas aller en prison sous prétexte qu’il allait tout perdre. Il s’est ensuite excusé auprès de sa fille, en disant que ce n’était pas ce qu’il voulait et qu’elle était son bébé.

Le juge a conclu pour sa part que l’intention sexuelle ne pouvait être niée, surtout en tenant compte des remarques désobligeantes qu’il lui avait faites sur son corps. D’autres facteurs aggravants ont été pris en considération par le juge comme l’âge de la victime, la durée des délits, l’abus de confiance, l’absence de consentement et les conséquences.

D’un autre côté, il a aussi tenu compte de l’absence d’antécédents judiciaires en semblable matière, de son plaidoyer de culpabilité, de son handicap physique, du fait qu’il aurait cessé de consommer du cannabis et du faible risque de récidive.

C’est ainsi qu’il a été condamné à six mois de prison. L’individu sera ensuite sous probation pendant trois ans et sera inscrit au Registre des délinquants sexuels pendant dix ans. Tout contact sera évidemment interdit avec sa fille.