Bachir Brah Moustapha, officier de l’AGEUQTR et ancien président du Comité culturel COMPLICE.
Bachir Brah Moustapha, officier de l’AGEUQTR et ancien président du Comité culturel COMPLICE.

Situation compliquée pour les étudiants internationaux

Trois-Rivières — Alors que le gouvernement du Québec souhaite maintenant ramener une partie des étudiants des cégeps et des universités sur les campus, l’automne prochain, les étudiants internationaux qui ont choisi l’UQTR pour faire leurs études supérieures seront confrontés à un choix déchirant si les cours devaient se donner en ligne malgré tout pour eux. Si leurs études ne peuvent se faire sur le campus, à la session d’hiver, certains craignent de devoir tout abandonner et repartir dans leur pays sans diplôme.

Bachir Brah Moustapha entend les confidences de beaucoup d’étudiants internationaux qui se sentent déchirés par la situation, depuis quelque temps. Cet étudiant à la maîtrise en sciences de la gestion, depuis janvier, a été président du Comité multiculturel COMPLICE pendant ses études au baccalauréat où il côtoyait la communauté des étudiants internationaux de l’UQTR. «Les étudiants viennent souvent me voir quand il ont des problèmes», dit-il.

Élu officier à l’AGEUQTR en mars, il constate que les étudiants internationaux «sont assez frustrés de la situation qui prévaut. Beaucoup sont déjà en Afrique et ne savent pas s’ils vont pouvoir revenir et il y en a beaucoup qui sont déjà ici et se demandent comment vont se passer les cours, cet automne», dit-il. Il y a quelques jours, en effet, le recteur annonçait que les formations se donneront «essentiellement en ligne» à la session d’automne.

Selon M. Brah Moustapha, «le rectorat de l’Université n’a pas pensé à eux.» C’est que déjà, les cours en ligne posent un problème de décalage horaire» pour les étudiants de l’UQTR qui sont toujours en Europe ou en Afrique et qui sont séparés du Québec par un fuseau horaire de 5 ou 6 heures de différence avec le Québec. «Si des cours se donnent à 20h, ici, il va être 2h ou 3h du matin là-bas», illustre-t-il.

S’il existe, au Québec, des fluctuations dans la fiabilité du réseau internet, «à plus forte raison en Afrique», dit-il. «Ils ont déjà des problèmes de connexion internet. C’est pour ça que ceux qui ont la possibilité et les moyens de venir au Canada pour avoir une meilleure formation font ce sacrifice pour venir», explique-t-il.

«Si les cours sont dispensés en ligne, pourquoi on va vouloir payer cher alors que je n’ai pas accès à Internet comme il le faut?», fait valoir M. Brah Moustapha.

C’est une situation très frustrante, pour eux, parce qu’ils viennent ici «pour la qualité de l’enseignement», explique-t-il et aussi parce qu’au «Canada, les études sont toujours dispensées, quelle que soit la situation qui prévaut», explique-t-il.

Lorsqu’il a été question de fermer les frontières à cause de la COVID-19, la plupart des étudiants internationaux de l’UQTR ne sont pas retournés chez eux. Puisque le recteur a récemment confirmé que les cours, pour la session d’été, se donneront totalement en ligne et pour la session d’automne, essentiellement en ligne, «il y en a beaucoup qui se posent la question s’ils ne rentreront pas chez eux, mais les frontières étant fermées, c’est un peu difficile pour eux. Et puis il y a la distance avec la famille. Cette situation pandémique ne favorise pas les étudiants ni l’Université. Ça n’arrange pas du tout les étudiants étrangers. Ça crée une certaine frustration», ne cache-t-il pas.

Le fait que la formation soit donnée en ligne fait craindre aux étudiants internationaux «que leur formation soit moins bonne», indique M. Brah Moustapha. «C’est pour ça que des voix sont en train de se lever pour demander, si c’est possible, qu’on puisse revoir leurs droits de scolarité», dit-il, en précisant qu’un seul cours vaut 1600 $. Les étudiants internationaux souhaiteraient qu’une partie de leurs droits de scolarité leur soient remboursés ou crédités pour d’autres cours, explique-t-il. «C’est de l’argent perdu et ils s’énervent beaucoup», dit-il.

Dans son cas, comme dans le cas d’autres de ses compatriotes, cet étudiant à la maîtrise n’a «plus accès aux ordinateurs de l’Université ni aux logiciels» à cause du confinement.

Or, dans sa formation, il doit utiliser un logiciel spécialisé qui lui permet de faire de la programmation lors de la création d’un projet. Étant contraint de finir sa session en ligne de la maison, il n’a plus eu accès à ce logiciel qui était inclus, dit-il, dans ses droits de scolarité et il lui faut payer pour l’avoir.

Bref, les études en ligne suscitent bien des soucis pour les étudiants internationaux qui sont plus de 2000 à l’UQTR en provenance principalement de la France, du Maroc, de la Chine, du Cameroun et de l’Algérie.