Le Centre Roland-Leclerc.

Sit-in d'employés à Roland-Leclerc: «c'est un cri d'alarme»

TROIS-RIVIÈRES — Devant le manque de personnel en place, jeudi matin, des employés du centre d’hébergement Roland-Leclerc de Trois-Rivières ont tenu durant environ une heure un sit-in afin de dénoncer une situation qui ne cesse de se répéter.

Il manquait 10 préposés aux bénéficiaires sur les 24 prévus. Même constat pour les infirmières qui étaient quatre au lieu de cinq et pour les infirmières auxiliaires qui étaient cinq au lieu de huit. Sur le coup de 7 h, soit au changement de quart de travail, ces personnes ont décidé que c’en était assez: à part d’offrir les soins de base et d’urgence, ces travailleurs sont demeurés à leur poste de garde.

«Le sit-in a été organisé non pas par le syndicat, mais par nos membres. Les préposés ne se sentent pas écoutés, ils sont exténués. Parmi nos préposés, il y en a qui sont en retour progressif et d’autres qui ont l’influenza et qui ne devraient pas être ici», commente Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Ces absences étaient ponctuelles, c’est-à-dire qu’elles concernent des gens qui étaient à l’horaire, mais qui ont avisé leur employeur de leur absence le matin même. Il manquait des gens en vacances et en arrêt de travail. Des postes vacants expliquaient aussi ce manque de personnel.

«Les neuf infirmières et infirmières auxiliaires ont participé au sit-in, car elles ne savent pas comment s’en sortir. Il manque souvent du monde, on travaille souvent à moins 10 (employés), tout type de travailleurs confondus. C’est un cri d’alarme», ajoute Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnels en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ).

Une préposée aux bénéficiaires rencontrée par Le Nouvelliste mentionne que ce genre de situation n’est pas nouveau.

«Il manque toujours du monde. Mais jamais comme ça», raconte cette préposée qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.

Le lever des résidents a été retardé en raison du sit-in. Les repas ont été servis sur une plus longue période et la distribution de la médication a commencé un peu plus tard.

La direction du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec a dû réagir à ce sit-in qui suivait de quelques jours celui tenu le 18 janvier par des infirmières du CHAUR qui manifestaient leur exaspération devant le manque de personnel en poste. Des infirmières inscrites à de la formation ont été ramenées sur le plancher. La direction a imposé du temps supplémentaire à des préposés. Des aides de services en poste au centre Saint-Joseph ont été envoyées en renfort au centre Roland-Leclerc, de même que des étudiants en soins infirmiers. 

La situation a été régularisée vers 8 h 15, déclare Julie Michaud, agente d’information du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

«Rapidement, on a pris les actions nécessaires, comme on le fait quand il y a un manque de personnel. Il y a eu une répartition des effectifs pour rétablir la situation. Il n’y a eu aucun impact sur les services aux usagers. Ça se peut qu’il y ait eu du retard, mais ça s’est réglé rapidement.»

Recrutement et rétention

Ce n’est pas d’hier que le CIUSSS fait face à un problème d’accès à du personnel. Selon Pascal Bastarache, la situation vécue à Roland-Leclerc s’observe aussi dans d’autres centres d’hébergement comme Cloutier-du Rivage, Saint-Joseph et Louis-Denoncourt.

«On a eu des appels de détresse de ces endroits dans la dernière semaine. Les gens sont en pleurs, désespérés. Ce n’est pas normal que des salariés aient cette lourdeur-là. Selon moi, 2020 sera une année déterminante pour le système de santé. Ça fait plusieurs années que le réseau mange des coups. Les décisions sont prises en considérant les chiffres. Ça craque de partout», évalue M. Bastarache, qui souhaite que la prochaine convention collective contienne de vraies mesures d’attraction et de rétention de personnel, comme une meilleure rémunération.

Julie Michaud reconnaît que l’attraction et la rétention des employés dans un contexte de rareté de main-d’œuvre sont tout un défi à relever.

«On est conscient que les conditions sont exigeantes. On déploie des mesures pour améliorer les conditions par le rehaussement de postes pour certains types d’emploi. On vise à permettre aux employés de viser la proximité avec les gestionnaires pour qu’ils puissent se référer s’ils ont des préoccupations. On recrute continuellement.»

Selon le CIUSSS, 125 préposés aux bénéficiaires recrutés depuis octobre vont bientôt arriver en emploi. Quelque 196 infirmières et 96 candidates à l’exercice de la profession infirmière (des étudiantes en soins infirmiers) vont se joindre à l’équipe à la fin du printemps. Ces données représentent un point positif, mais le réseau doit réussir à colmater la brèche des départs d’employés fatigués des conditions de travail.

Mesure illégale

Étant donné qu’un sit-in est une action illégale, la direction du CIUSSS va évaluer le dossier de chaque employé ayant pris part à cette manifestation. Il est possible que des mesures disciplinaires soient imposées. Ces mesures peuvent aller d’un simple avertissement jusqu’à une suspension.

Les représentants syndicaux Nathalie Perron et Pascal Bastarache, photographiés jeudi matin au centre d'hébergement Roland-Leclerc.