Sit-in: coup de semonce aux infirmières

TROIS-RIVIÈRES — Les infirmières ayant participé au sit-in du 21 avril à l’hôpital de Trois-Rivières reçoivent un avis disciplinaire de la part du CIUSSS, une lettre qui pourrait être suivie de sanctions si jamais elles récidivent.

Le 21 avril, les infirmières du quart de nuit de l’urgence ont refusé d’entreprendre leur travail en raison d’une équipe incomplète. Des infirmières du quart de soir ont été forcées de prendre la relève pour assurer une présence suffisante de professionnelles sur le plancher.

Les 13 infirmières ayant participé à ce refus de travail ont été rencontrées mercredi matin par la direction de l’urgence et celle du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec. C’est à ce moment que l’avis disciplinaire leur a été remis.

Louis Brunelle, directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques du CIUSSS, déclare que ce n’est pas de gaieté de cœur que la direction a pris cette décision. Toutefois, elle était nécessaire, selon lui. «On était en réflexion à savoir si on intervenait pour ce qui s’est passé le 21 avril. On a eu deux manifestations sur deux unités de soins différentes: une à l’urgence et une autre à l’étage de médecine pour les patients hospitalisés. On agit pour faire cesser toute manifestation que sont les sit-in.»

Louis Brunelle

En comptant les infirmières ayant refusé de travailler à l’étage des patients hospitalisés, ce sont environ 20 infirmières qui sont visées par cette mesure disciplinaire. M. Brunelle veut que le message soit clair: la direction ne tolérera plus ce genre de manifestations.

Nathalie Perron

«Nous avons eu six sit-in depuis le début de l’année. On a regardé la situation de tous les angles. Pour nous, c’est un incontournable d’agir pour faire cesser toute manifestation sous forme de sit-in.»

Lors des quatre premières manifestations du genre, la direction avait refusé d’imposer des sanctions à ses employées malgré le fait qu’un refus de travail est considéré comme une grève illégale. On voulait à ce moment régler le manque de personnel en misant sur une collaboration entre la direction et la partie syndicale. La situation vécue le 21 avril a visiblement fait déborder le vase. «On aurait pu réorganiser le travail pour que les salariées donnent un travail de qualité, prétend Louis Brunelle. Mais les infirmières ont refusé de travailler.»

Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnels en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec, avait déclaré dans l’édition du Nouvelliste du 24 avril qu’elle verrait mal l’imposition de mesures disciplinaires. Selon Mme Perron, le manque de personnel était dû à deux infirmières en vacances et à une autre en arrêt de travail, deux types d’absence qui sont prévisibles dans l’établissement des horaires.

Appelée mercredi à commenter cette décision de la direction, Mme Perron estime toujours que ces absences étaient prévisibles. «Ce qu’on dit, c’est que ce sont toujours les professionnelles qui paient pour une mauvaise gestion. C’est assez. Une partie de la responsabilité est à l’organisation et une partie revient à la gestion politique, avec les décisions de couper partout. Et on en paie le prix aujourd’hui, les professionnelles et la population. Au bout du compte, c’est nous qui ramassons le pot.»

Louis Brunelle est en parfait désaccord avec cette affirmation du syndicat. «Ce n’est pas parce qu’on n’a pas planifié ces absences, c’est qu’on n’a trouvé personne pour remplacer ces gens-là. On a trouvé des gens à la dernière minute, des gens qui étaient en vacances. On le savait (les absences), mais notre bassin était insuffisant et on a dû répartir notre bassin de main-d’œuvre pour couvrir les manques de personnel dans les différents centres d’activités. Ce n’est pas un manque de planification, on cherche jour et nuit.»

Nathalie Perron admet volontiers que le syndicat a un travail à faire avec l’employeur par rapport à cette situation. Selon la présidente syndicale, le gouvernement doit établir clairement des ratios infirmières patients qui sont sécuritaires. «Même si on ajuste les ratios, ça prend une loi qui oblige l’employeur à respecter les ratios. Si ce n’est pas respecté, ils s’exposent à des amendes. C’est pour la sécurité du public, le patient qu’on soigne. On veut une loi qui impose une amende aux gestionnaires, pour qu’ils soient imputables.»

Si jamais un autre sit-in devait se dérouler, le CIUSSS affirme qu’il fera appel au Tribunal administratif du travail. Ce tribunal a le pouvoir d’imposer des amendes aux travailleurs, mais aussi à l’employeur. Louis Brunelle affirme qu’il espère ne pas devoir se rendre à cette étape.