Seize infirmières ont fait un sit-in, samedi, pour dénoncer le manque de ressources sur leur unité et dénoncer le recours au TSO.

Sit-in au CHAUR

TROIS-RIVIÈRES — Le sit-in organisé samedi par 16 infirmières du Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières (CHAUR) semble avoir porté ses fruits. Alors que les équipes qui travaillent aux unités de médecine familiale en soins aigus s’attendaient à effectuer un nouveau quart de travail à effectifs réduits le lendemain, des pourparlers entre le Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (SPS MCQ-FIQ) et le CIUSSS ont apparemment permis de trouver les ressources nécessaires pour que ces équipes soient au complet, dimanche soir.

Écœurées par le recours trop fréquent au temps supplémentaire obligatoire (TSO), les infirmières et infirmières auxiliaires avaient refusé d’entamer leur quart de travail tant que leur équipe ne serait pas au complet. Elles ont accepté de mettre fin à leur sit-in, une manifestation silencieuse et pacifique, après près de trois heures, après qu’un représentant du CIUSSS soit venu s’entretenir avec des représentants de leur syndicat. Selon celui-ci, le CIUSSS s’est engagé, à court terme, à mettre en place des solutions pour que le recours au TSO devienne l’exception et non la norme.

«Ils ont réussi à combler les deux manques. Ils ont déplacé des salariées qui étaient en surplus sur d’autres départements pour ce faire. Ce qui prouve bien que quand les efforts sont faits, c’est possible», se réjouit Jacynthe Bruneau, vice-présidente du SPS MCQ-FIQ.

«C’est dommage parce que malgré toutes les actions syndicales, on dirait qu’il faut toujours qu’on en arrive là pour qu’on réussisse à se faire entendre», ajoute-t-elle.

Mme Bruneau précise cependant que le sit-in était une initiative des employées et non du SPS MCQ-FIQ.

Selon une infirmière qui travaille à l’une des deux unités en question, la situation était devenue insoutenable, avec des équipes réduites à chaque quart de travail, jour, soir et nuit depuis deux semaines, ce que Mme Bruneau confirme.

«Ça fait plusieurs semaines qu’elles travaillent à effectifs réduits, elles sont fatiguées, et il y a beaucoup de TSO. Les familles se plaignent également que, aux soins palliatifs, le personnel devait s’occuper d’une autre unité par manque de ressources», souligne-t-elle.

«C’est même arrivé que des salariées qui appelaient pour dire qu’elles étaient malades et qu’elles ne pouvaient pas venir travailler se fassent dire: prenez de la médication et venez quand même, sinon ça va être encore plus critique», ajoute Mme Bruneau.

Selon la représentante syndicale, 25 postes sont présentement à combler dans ce département du CHAUR. Dix-huit d'entre eux devraient être comblés, mais les personnes intéressées à les occuper sont en attente d'être transférées. Des infirmières à qui ce transfert aurait permis de travailler à temps plein se seraient par ailleurs ravisées, de crainte de faire trop d’heures supplémentaires.

Manque de personnel

Du côté du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, on se dit au courant de la problématique qui a mené au sit-in de samedi. «On est conscient que les conditions de travail du personnel sont très exigeantes, mentionne Julie Michaud, agente d’information pour le CIUSSS. C’est un souci constant pour nous. On déploie plusieurs mesures pour améliorer ces conditions, mais c’est un défi, c’est sûr. La pénurie de main-d’œuvre, ce n’est pas juste au CIUSSS, c’est partout au Québec.»

Mme Michaud affirme que le CIUSSS mise sur le recrutement, se rendant notamment dans des établissements d’enseignement pour signer des contrats avec des étudiantes en soins infirmiers, notamment, et en recrutant des étudiants qui viennent en renfort là où les besoins sont les plus criants. Une centaine de futurs préposés aux bénéficiaires doivent d’ailleurs commencer prochainement à travailler pendant leurs études, ce qui se fait également l’été.

Quant au sit-in, Mme Michaud affirme que le CIUSSS ne peut cautionner cette façon de faire, même si elle comprend la pression que vivent les infirmières et d’autres employés du CIUSSS. «Ce n’est pas une action à laquelle on souscrit. On prône davantage le dialogue et la discussion avec nos partenaires syndicaux pour trouver des solutions», souligne-t-elle.

Mme Michaud indique ne pas savoir si des mesures disciplinaires seront envisagées contre les infirmières qui ont participé au sit-in. «Normalement, pour les avis disciplinaires, il y’a une séquence, on ne tombe pas tout de suite dans les conséquences», mentionne-t-elle.

Rappelons qu’en 2018, plusieurs sit-in avaient été organisés au CHAUR, notamment à l’urgence. En mai 2018, le CIUSSS avait remis un avis disciplinaire à une vingtaine d’infirmières.

Faire davantage

Des solutions sont donc en branle, comme le rehaussement de postes, soit d’offrir davantage d’heures à des employés qui travaillent à temps partiel. Le SPS MCQ-FIQ estime toutefois que le CIUSSS doit en faire davantage, et plus rapidement, pour régler la problématique du manque de personnel et du TSO qui en découle. Parmi ces solutions qu’il reste selon elle à mettre en place, Mme Bruneau croit que la façon dont fonctionne la liste de rappel du CIUSSS doit être revue.

«Des fois, le personnel de la liste de rappel est surchargé et n’a pas le temps de faire tous les appels. Il faudrait mettre plus de personnel à la liste de rappel ou la décentraliser. Avant, il y avait une liste à Victoriaville, à Trois-Rivières, à Drummondville, etc. Là, c’est rendu une grosse machine», illustre-t-elle.

Selon le CIUSSS, cependant, il existe toujours des listes de rappel décentralisées.

Par ailleurs, selon Mme Bruneau, une rencontre entre le syndicat et le CIUSSS doit avoir lieu cette semaine, pour aborder la problématique et tenter, une fois de plus, de corriger la situation.