Jean Pellerin

S’investir sur tous les fronts

Brasser des affaires – de grosses affaires! – est le lot quotidien de Jean Pellerin. Œuvrant pour Valeurs mobilières Desjardins depuis une vingtaine d’années, il dirige aujourd’hui quatre succursales de l’institution de gestion de placements en bourse. On devine l’effervescence de son emploi du temps. Or, c’est lorsqu’il évoque son implication à Moisson Mauricie que celui qui navigue dans la haute finance depuis plus de trois décennies s’anime et que son discours s’enflamme. Parler ici de passion n’a rien du cliché.

Si la vie professionnelle de Jean Pellerin lui fait côtoyer la frange la plus privilégiée de la société, son travail (bénévole) à Moisson Mauricie le met en contact avec les moins fortunés. Il ne s’embarrasse pas pour autant de sentiments de pitié. C’est avec ces derniers qu’il se sent le plus à l’aise, si l’on insiste pour comprendre comment il arrive à conjuguer ses «deux vies».

En 2010, quand il débarque chez «Moisson», comme il le dit, c’est d’abord à titre de bénévole. Il vient prêter main-forte à l’une des nombreuses campagnes de financement. Bien qu’il ait l’habitude des causes caritatives, il trouve là quelque chose d’unique. Après tout, on vise à soulager la faim, «c’est pas mal la base», s’exclame-t-il.

D’événement en événement, son dynamisme se fait sentir. Le jour où il faut pourvoir un poste au conseil d’administration, il répond présent. Puis, depuis deux ans, c’est le siège de président du même conseil d’administration qu’il occupe. Quand il arrive chez «Moisson», on aide 11 000 personnes à subvenir à leurs besoins en nourriture, chaque mois. Le chiffre l’impressionne. Aujourd’hui, moins de 10 ans plus tard, ce sont 30 000 personnes qui bénéficient du travail de l’organisme. La demande a littéralement explosé.

Jean Pellerin est intarissable quand il relate les défis auxquels Moisson Mauricie doit faire face pour s’acquitter d’une tâche en constante évolution. Dans ses propos transparaissent une profonde admiration et un réel respect pour l’équipe sur qui il peut compter dans les circonstances. Une modestie non feinte tempère par ailleurs son discours. On devine, en décodant un peu, qu’il est un maillon fort de la «réussite» de Moisson Mauricie.

Fier des accomplissements des dernières années, le gestionnaire demeure toutefois lucide. «Ça ne pourra pas toujours continuer comme ça», confie-t-il. Si les indicateurs économiques font état d’une situation où le chômage est à son plus bas et qu’une certaine prospérité est au rendez-vous, la demande continue de croître à la banque alimentaire régionale. «Si on cessait nos activités demain, on aurait un sérieux problème», observe-t-il.

Celui qui se qualifie d’éternel optimiste peut avancer quelques pistes pour expliquer le paradoxe d’une économie florissante et d’un nombre grandissant de laissés-pour-compte. Or, c’est plutôt du côté des solutions qu’il préfère battre du pied. On le retrouvera autour d’une table avec des politiciens pour leur faire valoir l’urgence de la situation, ou au téléphone pour boucler une campagne de financement. Ses contacts sont nombreux, et Moisson Mauricie n’en souffre pas.

L’autre versant de «Moisson», que l’on connaît moins, souligne Jean Pellerin, est tout l’aspect de réintégration social — il n’aime pas le terme «réinsertion», confie-t-il. Ici, tous sont les bienvenus. On ne passe pas d’entrevues. Ex-détenus ou anciens toxicomanes, peu importe, on donne l’occasion à chacun de réapprendre à gérer le quotidien, relate l’éternel optimiste.

Quant à son contact avec les plus fortunés, l’homme d’affaires observe un changement dans les consciences qui le rassure. L’investissement socioresponsable ou les fonds verts sont de plus en plus populaires, soutient-il.

Pour combler les trous qu’il pourrait y avoir dans son horaire, Jean Pellerin siège aussi aux conseils d’administration de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières et du Musée Pierre-Boucher. Il explique que sa gestion d’agenda consiste à d’abord placer les différents morceaux de ses diverses implications sociales, pour ensuite y insérer ses activités professionnelles. Le résultat, on l’imagine, se veut une mosaïque où l’harmonie règne entre des éléments que l’on aurait pu croire irréconciliables.