Alfred St-Onge fils, président de Bel-Air Laurentien aviation.

«Si je suis condamné, je perds tout»

SHAWINIGAN — L’exigeant témoignage du président de Bel-Air Laurentien aviation dans le cadre du procès de la Coalition contre le bruit s’est finalement terminé vendredi, avec notamment un moment un peu plus émotif concernant les conséquences de ce recours collectif sur l’entreprise et sur son unique actionnaire.

En début de matinée, Alfred St-Onge fils, qui avait entrepris son témoignage mercredi après-midi, a complété ses explications au sujet de fautes soupçonnées ou présumées relevées par la Coalition contre le bruit entre 2009 et 2017. Après une pause, son avocate, Me Karine Joizil, lui a demandé de décrire l’impact de la présente action collective sur sa vie.

«Il est assez sévère», convient M. St-Onge, la voix enrouée par l’émotion. Il a alors décrit les conséquences financières du recours autorisé en 2012 par le juge Étienne Parent. Une ordonnance de non-publication a été émise sur cette partie de son témoignage.

«Si je suis condamné, je perds tout», résume M. St-Onge. «Je n’aurai plus de maison, plus de travail, plus rien!»

Déjà en août 2012, la simple autorisation du recours a créé beaucoup d’insécurité chez les clients, les employés et les institutions financières associés à Bel-Air Laurentien aviation.

«Ç’a été une période très difficile. Ce ne sont pas des siestes que je perdais, mais des nuits entières!», évoque M. St-Onge, se permettant ainsi une pointe envers les riverains qui se disent tellement incommodés par les vols d’hydravions touristiques qu’ils ne peuvent roupiller l’après-midi.

Me Joizil a également demandé au président de Bel-Air Laurentien aviation comment accueillait-il la réduction du montant réclamé par la Coalition contre le bruit dans le cadre de ce recours. Rappelons que mercredi, la demande est passée de 5000 $ à 1000 $ par membre pour chaque année à compter de 2008.

Si la juge Suzanne Ouellet accordait l’intégralité du montant réclamé, la partie défenderesse estime sommairement que l’entreprise devrait tout de même verser au moins 10 millions $ aux membres du recours.

«Ça ne fait pas de différence pour moi», soupire M. St-Onge, répétant que cette décision deviendrait fatale pour son entreprise.

«Les gens de la Coalition ont toujours dit qu’ils n’en voulaient pas à Bel-Air, mais aux avions», rappelle M. St-Onge. «C’est la même compagnie! Peut-être qu’ils veulent que ça passe mieux, mais il n’y a pas de raison de dire ça.»

En contre-interrogatoire, Me Catherine Sylvestre a voulu faire préciser certaines affirmations de M. St-Onge. Elle l’a également interrogé sur sa déclaration selon laquelle la Coalition contre le bruit n’était jamais entrée en contact avec lui pour soulever le problème des vols touristiques. L’avocate a démontré qu’il s’est présenté plusieurs occasions, au fil des années, où un canal aurait pu s’ouvrir entre les parties.

«C’était impossible, puisqu’ils voulaient arrêter les vols», tranche M. St-Onge. «C’était à eux de m’approcher, pas à moi.»

Me Sylvestre s’est aussi attardée sur la notion de vols commerciaux.

Ces derniers n’ont pas été comptabilisés dans le cadre du présent recours, puisqu’ils ne sont pas touchés par les restrictions de Transports Canada. Par contre, le volet du témoignage de M. St-Onge qui précisait la nature des vols litigieux recensés par la partie demanderesse a démontré que les vols commerciaux étaient assez nombreux au lac à la Tortue.

Ces mouvements consistent à déplacer des personnes de l’hydrobase à un autre site. Un genre de taxi aérien, tout aussi incommodant pour les riverains qui dénoncent le bruit des hydravions, mais qui échappe au radar de Transports Canada.

Par exemple, le 15 août 2011, les trois hydravions de Bel-Air Laurentien aviation ont effectué 13 transferts vers l’Auberge du Lac-à-l’Eau-claire. Les visiteurs arrivaient en autobus, puis décollaient en direction de Saint-Alexis-des-Monts pour une nuitée. Il ne s’agissait donc pas de vols touristiques de 15 minutes, tels que ceux visés par le recours. Mais le bruit des décollages demeure identique.

Procès suspendu
Cette 21e journée de procès a été complétée avec le coloré témoignage de Pierre Mercier, un autre résident de l’avenue du Tour-du-Lac qui ne se dit aucunement incommodé par les vols d’hydravions touristiques. En termes de pollution sonore, il affirme avoir vécu bien pire en travaillant à l’embouteillage chez Molson.

La juge Ouellet a donc ajourné le procès au 15 mai. La conjointe de M. St-Onge, Danielle Mongrain, devrait être appelée à la barre à ce moment. Un autre témoignage très attendu, puisque la vice-présidente de Bel-Air Laurentien aviation avait joué un rôle très actif lors de la période qui permettait aux résidents visés de s’exclure du recours.

Enfin, comme prévu, la juge s’est prononcée sur la demande de la Coalition contre le bruit concernant la production de nouvelles lettres d’appui avant la fin du procès. Cette requête a été rejetée. La juge a toutefois accepté la production en preuve de 29 lettres déjà déposées, qui possèdent ainsi toutes la même valeur qu’un témoignage.