Claude Gélinas a terminé son témoignage entrepris jeudi.

Vols d'hydravions: la défense inondée de documents

SHAWINIGAN— La cinquième journée du procès de recours collectif de la Coalition contre le bruit sur les vols d’hydravions touristiques a été marquée par un débat sur l’admissibilité d’une volumineuse preuve documentaire acheminée par les demandeurs le lundi de Pâques, prenant par surprise les avocates qui représentent Bel-Air Laurentien aviation. La juge Suzanne Ouellet devra décider si ces photos, notes manuscrites ou vidéos peuvent être produits.

Les deux parties ont débattu ce point pendant une bonne heure, en début de journée mardi. Rappelons que jeudi, Colette Pagé avait témoigné à l’effet qu’elle avait enregistré plusieurs autres vidéos outre celles qui avaient déjà été communiquées. La partie défenderesse se demandait pourquoi ne pourrait-elle pas avoir accès à ces prises. La juge Ouellet avait accueilli cette demande.

Les avocates de Bel-Air Laurentien aviation s’attendaient alors à recevoir une vingtaine de vidéos toujours disponibles sur le iPad de Mme Pagé. Lundi, elles en ont plutôt reçu... 110! Sans compter une centaine de courriels, quelque 400 photos et des vidéos d’autres témoins des demandeurs qui ont été transmis à la même occasion.

Me Myriam Brixi a déploré cette façon de procéder, estimant qu’une telle somme de documents communiqués en plein procès ne permettrait pas à la défenderesse de les analyser et de les apprécier, faute de temps.

«Lundi, on nous transmet des documents demandés le 9 mars», explique Me Brixi. «Or, les choses ont changé: nous avons déjà une semaine de procès. Nous n’avons pas le temps d’analyser ces documents et ça pose un préjudice énorme à la défenderesse. Nous ne concevons pas que ces documents ne pouvaient être transmis au préalable. C’est très préoccupant de placer la défenderesse où elle n’a aucune marge de manoeuvre. Je ne sais pas comment on pourrait gérer cette preuve.»

Les représentantes de la Coalition contre le bruit ont paru étonné de cette envolée. Me Catherine Sylvestre rappelle que depuis le début du procès, les défenderesses souhaitent obtenir tous les documents possibles utilisés par les riverains. Lorsque la juge a accordé la transmission des vidéos de Mme Pagé qui n’avaient pas été déposés lors de son contre-interrogatoire, les demanderesses ont cru que le principe s’appliquerait à tous les témoins. Elles ont donc décidé de transmettre cette pile de documents.

«Nous concevons que ça représente plusieurs heures de travail, mais c’est ce qu’elles nous avaient demandé!», souligne Me Sylvestre. «Elles ont dit et répété qu’elles voulaient ces documents. Nous n’avons pas ajouté autre chose que ce qui était demandé.»

En fait, par la demande formulée jeudi, Me Brixi mentionne qu’elle souhaitait surtout comparer une vidéo originale avec celle où le son a été calibré à 88 décibels et présenté au tribunal lors du témoignage de Mme Pagé. «C’était ça, notre objectif. On ne voulait pas être envahis de documents!»

La juge a décidé d’admettre les vidéos de Mme Pagé, qui ont été transmis à la suite d’une demande de la défense. En ce qui concerne les autres documents, elle tranchera au fur et à mesure que les témoins seront appelés à la barre.

Deux autres témoignages
La plus grande partie de la journée a été consacrée à deux autres témoignages de riverains fortement incommodés par les vols d’hydravions touristiques au cours des dernières années. Il s’agit de Claude Gélinas, qui avait entrepris son récit jeudi en fin d’après-midi, et de Pierrette Bournival.

Une fois de plus, l’atteinte à la qualité de vie subie en raison du bruit a marqué ces témoignages. Celui de M. Gélinas, très impliqué avec la Coalition contre le bruit, tantôt comme président, tantôt comme conseiller stratégique, a particulièrement incité Me Karine Joizil à manifester son opposition parce que le témoin tendait à émettre une opinion ou à se baser sur des articles de journaux pour établir des faits.

Une fois de plus, Transports Canada est passé dans le tordeur. M. Gélinas n’a pas hésité à affirmer que Bel-Air Laurentien aviation profitait d’un «préjugé favorable» des fonctionnaires du ministère. Comme d’autres, il remarque que cette entreprise n’est jamais punie et que les plaintes des citoyens demeurent sans suite.

Me Lindy Rouillard, représentante pour le Procureur général du Canada, a profité de l’occasion pour souligner qu’une plainte transmise par M. Gélinas le 29 juillet 2009 avait été répondue le lendemain. Transports Canada précisait alors que deux inspecteurs étaient sur place la même journée et que l’activité qui était alors contestée n’avait rien à voir avec des vols touristiques.

Quant à Mme Bournival, elle avait acheté une propriété au lac à la Tortue en 1993 et l’a vendue en 2016. «Ce n’était pas un choix de coeur, mais un choix de santé», fait-elle remarquer. Elle affirme qu’il a fallu trois ans avant de trouver un acheteur et que le prix obtenu se situait sous l’évaluation municipale.

Mme Bournival a également raconté à quel point les dernières années de vie de son conjoint malade ont été empoisonnées par le bruit des hydravions jusqu’à son décès, en 2009.