La Place du palais perdra un important locataire à la fin de l'été, alors que Tourisme Mauricie quittera le centre-ville pour intégrer de nouveaux bureaux à Espace Shawinigan.

Tourisme Mauricie quitte le centre-ville

Pendant que la Ville de Shawinigan annonce d'importants investissements pour donner plus d'éclat à son centre-ville, Tourisme Mauricie décide de quitter son quartier général de la Place du palais, sur la 5e Rue, depuis cinq ans. Les bureaux administratifs seront dorénavant situés à Espace Shawinigan, une décision qui suscite un certain étonnement.
Le président du conseil d'administration de Tourisme Mauricie, Denis Lacerte, explique que l'organisme a profité de la fin du bail à la Place du palais pour explorer d'autres possibilités. Celle d'Espace Shawinigan s'est alors présentée et pour lui, il s'agissait de la solution idéale.
«Nous avions besoin de plus d'espace», explique M. Lacerte. «Où nous sommes situés actuellement, le stationnement laisse à désirer. C'est une bataille continuelle, surtout pendant l'hiver.»
Or, les anciens bureaux administratifs d'Alcan corrigeront ces lacunes.
«C'est un bâtiment prestigieux, au coeur du tourisme au Centre-de-la-Mauricie», ajoute M. Lacerte. «Notre bail se terminait, cet espace était disponible. Nous avons donc décidé de sauter sur l'occasion. De toute manière, nos bureaux peuvent être situés n'importe où. On n'est pas obligé d'être au centre-ville de Shawinigan!»
D'ailleurs, M. Lacerte ne cache pas que certaines pressions avaient recommencé pour que l'organisme déménage à Trois-Rivières. «C'est sûr qu'il en a été question», reconnaît le président.
«Mais nous avons arrêté tout ça. C'était certain qu'on ne déménageait pas dans une autre ville. On veut rester au centre de la région. En plus, le contexte est très sensible. Le moment ne serait vraiment pas bien choisi pour quitter Shawinigan.»
Le déménagement est prévu en septembre. Certains aménagement devront être faits pour accueillir les nouveaux bureaux.
Le directeur général de la Cité de l'énergie, Robert Trudel, précise qu'il s'agira d'une deuxième location à long terme à cet endroit. Archives Canada avait occupé ces locaux pour décortiquer les documents historiques de l'ex-premier ministre Jean Chrétien.
Présentement, ces bureaux sont utilisés pour l'entreposage de présents reçus par l'ancien député de Saint-Maurice pendant sa carrière politique. Ils sortiront du placard à compter de 2011 lors d'une exposition sur les cadeaux du monde.
Tourisme Mauricie s'engage pour un bail de cinq ans à Espace Shawinigan, avec une option pour cinq autres années.
«C'est une institution près de nous, un organisme à but non lucratif qui se retrouvera en plein coeur du tourisme», explique M. Trudel. «Ils vont être en Cadillac!»
Le directeur de la Cité de l'énergie assure qu'il n'a pas utilisé son influence ou son poste de président de la Corporation tourisme au Centre local de développement de Shawinigan pour attirer un organisme régional dans ses locaux.
«Ça n'a rien à voir avec le CLD», assure M. Trudel. «Ce n'est pas moi qui ai approché Tourisme Mauricie; eux l'ont fait. Je ne vois pas le problème.»
«J'ai aussi entendu parler vaguement de la possibilité que l'ATR s'en aille à Trois-Rivières», ajoute-t-il. «Moi, je les laisse aller. Ils ont un bon conseil d'administration et ils savent où ils s'en vont. Je me tiens loin de ça; j'en ai déjà amplement pour m'occuper.»
M. Trudel ne prévoit pas offrir d'autres locaux pour des locations à long terme à Espace Shawinigan.
 
Propriétaire déçu
Le propriétaire de la Place du palais, Raymond Ayotte, n'avale pas les raisons invoquées pour expliquer le déménagement de Tourisme Mauricie à Espace Shawinigan. Même s'il demeure convaincu qu'il louera ces bureaux sans trop de difficulté, il déplore qu'un organisme subventionné comme la Cité de l'énergie fasse compétition à des propriétaires d'immeubles du centre-ville.
«Je ne trouve pas ça drôle, c'est sûr», commente-t-il. «On ne peut pas toujours se vider le coeur, parce que dire ce qu'on pense dans une petite ville...»
«Moi, je fais partie des chanceux», ajoute M. Ayotte. «J'ai déjà perdu de gros locataires et malgré tout, le retour a été extraordinaire. Je suis un optimiste de nature!»
D'ailleurs, il travaille déjà sur deux ou trois hypothèses pour remplacer Tourisme Mauricie.
«Ça va continuer à tourner quand même, mais c'est certain que ce n'est pas plaisant, pour un propriétaire, de se faire enlever un local par un organisme qui vit de subventions», ajoute M. Ayotte.
«Ça leur donne quoi de plus? Il faut croire que ça fait partie de la game.»
L'homme d'affaires souligne que Tourisme Mauricie a pourtant procédé à d'importantes améliorations locatives pendant son bail.
«Je ne m'attendais d'autant pas à ce qu'ils partent, compte tenu des investissements qu'ils avaient fait au local», explique-t-il. «Ça devait bien monter entre 40 000 $ et 50 000 $. Je me disais que ça prendrait une offre vraiment spéciale pour qu'ils bougent.»
Même que selon M. Ayotte, les deux parties avaient entrepris des discussions pour renouveler le bail qui vient à échéance en septembre.
«J'avais descendu mon prix, parce qu'on me laissait miroiter un bail de dix ans», précise-t-il. «Or, je reviens de vacances et j'apprends qu'ils quittent...»
Le président de Tourisme Mauricie, Denis Lacerte, assure que le prix de location n'a pas joué dans la réflexion.
«Ça ne nous coûte pas plus cher ou moins cher, c'est pas mal dans les mêmes prix», confie-t-il. «C'est une décision d'affaires. On voulait régler nos problèmes de stationnement, de grandeur de locaux, sans compter le prestige de l'endroit.»
Or, M. Ayotte affirme n'avoir jamais reçu la moindre demande pour remédier aux problèmes avancés.
«C'est pratiquement impossible de ne pas avoir d'irritants, mais je n'ai jamais eu de plainte formelle», commente-t-il. «Je ne pense pas que ce soit ça qui fasse la différence. Probablement que l'offre qu'ils ont reçue était pas mal différente.»
M. Ayotte explique difficilement le déménagement de Tourisme Mauricie vers un secteur plus isolé, alors que des efforts sont réalisés pour revigorer le centre-ville.
«Ce bout-là, je le trouve assez spécial», convient-il. «Le directeur de Tourisme Mauricie m'avait déjà parlé qu'il cherchait des possibilités plus intéressantes, mais je pensais que c'était toujours dans le secteur commercial! Ça reste leur choix et on n'y peut rien.»
De son côté, le président du Regroupement des gens d'affaires du centre-ville, Serge Lajoie, marche sur des oeufs lorsqu'il est invité à commenter cette histoire.
«C'est sûr que je ne suis pas d'accord pour perdre Tourisme Mauricie», mentionne-t-il. «Si on commence à couper des commerces au centre-ville pour les envoyer à une personne, je ne pense pas que ce soit une bonne affaire.»