Éric Lamy déplore que la Société de développement de Shawinigan fasse une compétition déloyale à son entreprise, en offrant sans frais des locaux à la Société protectrice des animaux de la Mauricie.

SPA à Shawinigan: des conditions exceptionnelles

Souhaitant améliorer son service de protection et de contrôle animalier sur son territoire, la Ville de Shawinigan a décidé de dérouler le tapis rouge pour la Société protectrice des animaux de la Mauricie. Des conditions à faire rougir d'envie n'importe quelle entreprise privée, dont l'Escouade canine mauricienne qui assumait ce mandat jusqu'en 2012.
Les nouveaux locaux de la SPAM sont situés à l'intérieur d'un bâtiment appartenant à la Société de développement de Shawinigan, dans le parc industriel Albert-Thibeault du secteur Grand-Mère. Le locataire ne paye pas un sou de loyer.
La Ville met aussi à sa disposition son système de répartition des appels assumé par l'entreprise Communications Le Rocher, un avantage important par rapport à ce que vivait l'Escouade canine mauricienne. La Ville s'occupe du paiement des dépenses d'entretien majeur, des frais d'éclairage, d'électricité et d'énergie, du coût du chauffage et des primes d'assurances du bâtiment.
La Ville accorde à la SPAM un montant de 375 000 $ à titre de frais de gestion annuels de base, sur présentation de factures. Selon l'entente de service entre les parties, ce contrat s'étend du 1er juillet 2013 au 31 mai 2018. Il y est précisé qu'après ce terme, l'entente se renouvelle automatiquement à chaque année aux mêmes conditions, à moins d'indication contraire par l'une ou l'autre des parties.
L'arrivée de la SPAM à Shawinigan est survenue un an avant l'entente, en juillet 2012. À ce moment, la Ville annonçait qu'elle ne renouvelait pas son contrat de service avec l'Escouade canine mauricienne. Elle décidait de confier le mandat du contrôle animalier à la SPAM, sur une base expérimentale de trois mois.
Cette première entente s'est plutôt étendue sur un an. Une fois de plus, la SPAM était hébergée sans frais, cette fois dans l'ancien incubateur du Groupe Énergie, dans le Technoparc.
La période d'essai a donc été prolongée, puis est devenue une entente à long terme, sans appel d'offres.
Au cours des 28 années précédentes, le contrôle animalier était assumé par l'Escouade canine mauricienne à Shawinigan. Le propriétaire, Éric Lamy, sentait bien le tapis lui glisser sous les pieds avec l'arrivée de la SPAM. Au cours des dernières années, différentes sources à la Ville de Shawinigan ont émis de sérieuses réserves au sujet de la qualité du service dispensé par l'ECM.
En octobre 2009, un reportage dévastateur à l'émission JE plombait la crédibilité de l'entreprise. On y mentionnait alors que l'ECM euthanasiait les animaux avec des chocs électriques. L'impression qui se dégageait de ce reportage avait convaincu M. Lamy de passer au gaz quelques mois plus tard.
Compétition déloyale
M. Lamy aurait mieux compris s'il avait perdu le contrat avec la Ville de Shawinigan à la suite d'un appel d'offres normal. Mais le conseil municipal a choisi la SPAM et aux conditions consenties, impossible pour une entreprise privée de rivaliser avec cet organisme sans but lucratif. «J'ai toujours payé mes taxes municipales», fait remarquer M. Lamy, dont les locaux sont toujours situés à Shawinigan. «La SPAM n'a pas d'obligation de performance. Écoutez, elle occupe des locaux de 10 000 pieds carrés. À 6 $ le pied carré, ça donne une valeur de 60 000 $ par mois.»
«Nous n'avons jamais eu de merci ou de félicitations de la Ville de Shawinigan», ajoute M. Lamy. «Je suis déjà allé chercher un ours pour eux! En retour, nous avons été dénigrés. J'aurais aimé me payer un gros site Internet et des campagnes de publicité, mais il fallait vivre selon nos moyens.»
L'Escouade canine mauricienne a perdu environ 80 % de son chiffre d'affaires à la suite de la décision de la Ville de Shawinigan. M. Lamy offre toujours ses services dans des municipalités environnantes comme Notre-Dame-du-Mont-Carmel, Saint-Boniface, Hérouxville et Saint-Mathieu-du-Parc.
«C'est de la concurrence déloyale, parce que la SPAM a tout sur un plateau d'argent», déplore M. Lamy. «Si c'est ça, l'achat local dont parle le maire! Je sais qu'il est très photogénique, alors quand je ferai faillite, ça me fera plaisir de l'inviter pour la photo.»