La vice-présidente de Bel-Air Laurentien aviation, Danielle Mongrain, a témoigné mardi au procès du recours collectif sur les préjudices des vols d’hydravions touristiques au lac à la Tortue.

«Si le recours passe, on perd tout»

SHAWINIGAN — «Si le recours [collectif] passe, on perd tout». Ce sont les mots choisis par Danielle Mongrain, la vice-présidente de Bel-Air Laurentien aviation, pour démontrer au tribunal les conséquences d’un jugement en faveur de la Coalition contre le bruit.

La juge Suzanne Ouellet a entendu mardi le témoignage attendu de Danielle Mongrain dans le cadre du procès du recours collectif intenté par la Coalition contre le bruit sur les préjudices subis par l’activité de vols d’hydravions au lac à la Tortue.

«Les vols touristiques sont le ciment qui tient la fondation [de l’entreprise]», a affirmé Danielle Mongrain lors de son témoignage, vice-présidente et copropriétaire de l’entreprise avec son conjoint Alfred St-Onge.

«Ça permet de maintenir en vie l’aéroport du lac à la Tortue.»

Les vols touristiques sont si importants pour Bel-Air Laurentien aviation depuis la fin des années 80, à l’époque où Canadair a quitté l’aéroport du lac à la Tortue. À la suite du départ des vols de Canadair, plusieurs entreprises ont offert à cet aéroport des vols touristiques d’hydravions. Depuis 2009, ces vols destinés à des touristes étaient toutefois menés par Bel-Air Laurentien aviation. Les conséquences d’un arrêt de ce produit touristique destiné essentiellement aux voyageurs européens seraient majeures sur l’entreprise.

«Si le recours passe, on perd notre maison, notre fonds de pension et nos enfants perdent leur héritage», a ajouté Danielle Mongrain avec la gorge nouée par l’émotion.

«Ça détruit tout. […] On gagne notre pain. On l’a toujours fait honnêtement. Mon conjoint à 71 ans et moi j’ai 62 ans. On ne peut plus se refaire.»

Ce conflit au sujet des préjudices causés par le bruit des hydravions a aussi eu des impacts sur toute la famille des propriétaires de Bel-Air Laurentien aviation. C’est du moins ce qu’avance Danielle Mongrain, qui soutient que la tension au lac à la Tortue était difficile à vivre pour toute sa famille.

«Cette entreprise est pour moi l’histoire d’une vie. La Coalition contre le bruit nous détruit», a mentionné Danielle Mongrain en soulignant que le recours collectif entraîne également de vives inquiétudes auprès des voyagistes qui amènent des touristes au lac à la Tortue.

Le témoignage de Danielle Mongrain a soulevé les mêmes risques pour l’entreprise que celui d’Alfred St-Onge en avril dernier. Le président de Bel-Air Laurentien aviation avait alors affirmé que les conséquences d’un jugement favorable à la Coalition contre le bruit seraient désastreuses pour lui. «Si je suis condamné, je perds tout», avait-il résumé. «Je n’aurai plus de maison, plus de travail, plus rien!»

Rappelons que la demande du recours collectif était passée à ce moment de 5000 $ à 1000 $ par membre pour chaque année à compter de 2008.

Si la juge Suzanne Ouellet accorde la totalité du montant réclamé, la partie défenderesse estime que Bel-Air Laurentien aviation devrait verser près de 10 millions $ aux membres du recours collectif.

En ouverture de témoignage, Danielle Mongrain a été invitée par son avocate, Me Karine Joizil, à faire la liste des sources de bruit dans le secteur du lac à la Tortue. La vice-présidente de Bel-Air Laurentien aviation a affirmé que les sources de bruit sont l’usine d’Arbec, la gare de triage du CN, le champ de tir, les deux campings du secteur, les sentiers de VTT et de motoneiges, les bateaux et les activités de l’aéroport. Danielle Mongrain a en effet inclus dans la liste les opérations de maintenance mécanique que Bel-Air Laurentien aviation et l’entreprise Aéro-Atelier mènent à l’aéroport.

Alfred St-Onge de retour à la barre
Insatisfaite des réponses concernant l’état financier de l’entreprise formulées par Danielle Mongrain lors de son contre-interrogatoire, celle-ci affirmant ne pas être responsable des finances de l’entreprise, l’avocate de la Coalition contre le bruit, Me Marie-Anaïs Sauvé, a demandé que soit appelé à nouveau à la barre des témoins Alfred St-Onge, le président de Bel-Air Laurentien aviation.

En raison d’une ordonnance de non-publication sur les détails financiers de Bel-Air Laurentien aviation et des propriétaires, il nous est impossible de divulguer les détails de ce nouveau témoignage.

La juge ira au lac à la Tortue
Le procès sur le recours collectif doit reprendre mercredi matin au palais de justice de Shawinigan. Les avocates de la Coalition veulent faire entendre un témoin.

La juge Suzanne Ouellet a toutefois demandé mardi à tous les avocats impliqués dans le dossier si elle pouvait se rendre sur le site de l’aéroport de lac à la Tortue. Elle veut notamment se faire une idée de la disposition des lieux ainsi que des résidences autour du lac. «J’ai vu plusieurs cartes, mais il n’y a rien comme de voir les lieux en trois dimensions», a-t-elle soutenu.

La juge doit se rendre sur place en après-midi, une fois que les procédures au palais de justice seront terminées.

Marche en soutien à Bel-Air Laurentien Aviation
Alors que le procès du recours collectif sur les préjudices des vols d’hydravions touristiques tire à sa fin, une marche en soutien à Bel-Air Laurentien aviation se tiendra samedi prochain au lac à la Tortue. Cette «marche de solidarité», qui débutera à 13 h samedi devant l’église du secteur Lac-à-la-Tortue, est organisée par les supporteurs de l’entreprise d’aviation membres du groupe Facebook «Je supporte Bel Air aviation». Ce groupe compte près de 4000 personnes. «C’est aussi dans le but de donner une voix aux résidents, une majorité, pour qui, ni leur vie sociale, ni leur quotidien et ni leurs activités extérieures ne sont perturbées par les activités de l’hydroaérodrome; au contraire; elles font partie intégrante du décor du lac à la Tortue», peut-on lire dans le communiqué de presse de cette marche. Les participants à cette marche se rendront à l’aéroport où des discours seront prononcés.