Daniel Duchesne souhaitait établir son entreprise sur un terrain à vendre du secteur Saint-Gérard-des-Laurentides, mais 70 citoyens ont manifesté leur opposition lors d’une assemblée d’information.

Shawinigan: un entrepreneur frappe un mur

Shawinigan — Un entrepreneur de Shawinigan a vu une importante mobilisation citoyenne se dresser devant son projet, lundi en début de soirée à l’hôtel de ville. Daniel Duchesne, propriétaire de Récupération Plus, avait identifié un terrain du secteur Saint-Gérard-des-Laurentides pour établir sa place d’affaires, mais il s’est aperçu que son initiative rencontrait de forts vents de face lors d’une séance d’information organisée en catastrophe.

Depuis le printemps, M. Duchesne est accompagné par le service d’urbanisme de Shawinigan pour faire cheminer son projet. Récupération Plus existe depuis 2015. L’entreprise est spécialisée dans la récupération de métaux et de matériaux secs.

Dans une perspective d’établir une place d’affaires digne de ce nom, M. Duchesne a déposé une offre d’achat conditionnelle à un changement de zonage à Ocazauto, un ancien commerce de vente de véhicules usagés appartenant à André Francoeur, situé sur le chemin de Saint-Gérard. Cette propriété est évaluée à 208 100 $ et le prix de vente affiché par Royal LePage est établi à 239 000 $.

Pour accommoder M. Duchesne, le conseil municipal a entrepris l’adoption d’un projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI). Dans ce cas-ci, l’objectif consiste à autoriser des activités de récupération, d’entreposage et de revente de véhicules et de matériaux. Le projet encadre les activités prévues, dont l’aménagement d’un mégadôme à au moins 60 mètres du chemin de Saint-Gérard, en retrait d’une clôture. Un écran tampon de quatre mètres avec le quartier résidentiel voisin est aussi intégré.

Une assemblée publique de consultation sans histoire s’est déroulée le 15 octobre. Tout baignait dans l’huile jusqu’à l’assemblée régulière du conseil municipal, le 5 novembre. René Vincent, ex-conseiller municipal à Saint-Gérard-des-Laurentides, a alors avisé les élus qu’il ne conservait pas un très bon souvenir de certaines activités commerciales qui se sont déroulées sur ce terrain au fil des années.

«Nous avions encadré cette propriété pour permettre la vente d’autos, de façon très stricte», explique-t-il. «Or, c’est devenu une cour à scrap. Nous sommes dans un quartier résidentiel et on ramassait des radios d’auto, de la vermine sur nos terrains.»

M. Vincent n’est visiblement pas intéressé à prendre le risque de rejouer dans ce film. Lors de l’assemblée publique du conseil, le maire, Michel Angers, a suggéré d’organiser rapidement une rencontre d’information pour permettre au promoteur de bien présenter son projet et aux citoyens de se faire entendre.

Ce rendez-vous a été mis à l’agenda moins d’une semaine plus tard. Lundi soir, pas moins de 70 résidents du secteur se sont déplacés à l’hôtel de ville pour manifester leur opposition. Après une heure d’échanges à sens unique, l’affaire était entendue.

Les réserves fusaient de partout. Les citoyens ont partagé leurs inquiétudes par rapport aux odeurs, au bruit, à l’aspect visuel des lieux, aux dangers liés à l’exploitation d’une entreprise de récupération, aux impacts sur l’évaluation des propriétés environnantes... Certaines personnes se demandaient également pourquoi la Ville n’avait pas orienté cet entrepreneur vers l’un des six parcs industriels de son territoire.

M. Duchesne a répondu calmement à toutes les craintes, mais il semblait un peu sonné après l’assemblée. «Je suis déçu», a-t-il laissé tomber, conscient des impacts de cette mobilisation. Les élus statueront sur la pertinence de poursuivre l’adoption de ce PPCMOI dans ce contexte lors de la prochaine assemblée extraordinaire, le 18 novembre.

Lac des Piles

En fin d’après-midi lundi, une assemblée publique de consultation était organisée pour un autre PPCMOI, cette fois au lac des Piles. Tony Pratte, propriétaire des Cabines Nordik, tente d’obtenir une modification au zonage pour permettre certaines activités d’hébergement sur deux lots situés près du chemin de la Baie-Martin. Une dizaine de citoyens se sont déplacés pour questionner le promoteur sur ce projet. Plutôt qu’offrir l’hébergement dans sa résidence principale, M. Pratte souhaite aménager quatre chalets rustiques sur ses terrains.

L’une des particularités de la démarche repose sur le fait que deux unités sont déjà construites. M. Pratte croyait que l’approbation de la Corporation de l’industrie touristique du Québec lui suffisait, mais il lui faut également une modification au zonage en vigueur.

Les réserves exprimées portaient surtout sur le précédent que provoquerait l’approbation de ce projet. La présidente du comité consultatif d’urbanisme, Josette Allard-Gignac, a tenté de rassurer les citoyens en mentionnant que la modification proposée ne touchait que deux lots. Tout autre projet comparable devrait traverser le même processus réglementaire et donc, se soumettre à une assemblée publique de consultation.

Certaines personnes ont également souligné l’importance de protéger l’une des principales sources d’eau potable de la ville, mais le promoteur s’est montré rassurant sur ce point en précisant que ses chalets ne seraient pas situés sur les rives du lac des Piles. L’accès aux services d’hygiène, tous concentrés dans la résidence principale, a également soulevé des interrogations. Les installations septiques permettraient ainsi à cet entrepreneur d’accueillir un maximum de 14 visiteurs simultanément dans ses quatre chalets.

Le conseil municipal doit également statuer sur les suites de cette demande à sa séance extraordinaire du 18 novembre.

Les citoyens veulent être avisés

Outre la méfiance envers la nouveauté qui risque de brimer leur quiétude, les citoyens qui ont participé aux deux assemblées de lundi à l’hôtel de ville de Shawinigan ont exprimé une autre préoccupation commune aux élus: la nécessité de trouver un mécanisme afin qu’ils soient mieux sensibilisés à la naissance d’un projet qui les touche.

Dans le secteur Saint-Gérard-des-Laurentides, les résidents ont commencé à s’agiter après l’assemblée publique de consultation du 15 octobre, présentée devant une poignée de personnes et où aucune question n’avait été posée au promoteur. Dans les jours suivants, le conseiller du district des Montagnes, Claude Grenier, a reçu plusieurs appels de citoyens inquiets. L’intervention de René Vincent à la séance régulière du 5 novembre a convaincu les élus de l’importance d’organiser une séance d’information, hors du processus réglementaire normal, pour avoir le pouls de la population.

M. Vincent avait notamment basé son intervention sur le fait que bien peu de citoyens prennent la peine de décortiquer les avis publics dans les journaux ou sur le site internet de la Ville. Pourquoi ne pas simplement envoyer une lettre, a suggéré Gaétan Gélinas lundi soir?

La même remarque a été adressée à l’administration municipale lors de l’assemblée portant sur le projet de chalets rustiques au lac des Piles, près de la Baie-Martin. De plus, Pierre Lavergne s’est demandé pourquoi la Ville convoquait les citoyens à une rencontre de consultation un lundi à 16 h 30.

«Il y a un problème», émet-il. «Les gens qui travaillent ne peuvent pas toujours être disponibles à cette heure. Ça devrait être considéré.»

Le maire, Michel Angers, reconnaît que ces commentaires susciteront une réflexion.

«Notre objectif est clair: on souhaite que les citoyens soient présents, pour éviter de faire deux rencontres comme nous l’avons fait dans le dossier de Saint-Gérard», commente-t-il. «Dans un contexte de ville intelligente, il faudrait réfléchir sur la façon dont on pourrait circonscrire des secteurs pour avoir une alerte, informer les gens de vérifier sur le site de la ville, par exemple.»