L’agent de sécurité a tenté, sans succès, de convaincre M. Thibodeau de quitter la salle du conseil municipal.
L’agent de sécurité a tenté, sans succès, de convaincre M. Thibodeau de quitter la salle du conseil municipal.

Shawinigan: un citoyen expulsé de la séance du conseil

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Alors qu’on pouvait s’attendre à une levée de boucliers au sujet du nouveau compte de taxes des riverains du lac à la Tortue, c’est plutôt le... déneigement des trottoirs qui a retenu l’attention à la première séance publique régulière du conseil municipal de l’année 2020, mardi soir. Le ton a monté au point où le maire, Michel Angers, a dû suspendre l’assemblée pendant une dizaine de minutes, le temps que la Sûreté du Québec vienne cueillir un citoyen plutôt volubile.

François Thibodeau s’est présenté au micro, à la période de questions, pour déplorer que des trottoirs de l’avenue de Grand-Mère n’étaient pas déneigés. Dans un langage pour le moins coloré, il sommait le maire de le laisser s’exprimer, demandant à l’occasion l’approbation de la salle où prenaient place une cinquantaine de citoyens.

«Ce n’est pas vrai que les trottoirs sont bien déneigés», avance-t-il. «J’ai passé proche de me faire frapper deux fois, dont une fois où j’ai mangé un coup de miroir. (...) Il y a trois pieds de neige sur le trottoir. Quand on appelle à l’hôtel de ville, on nous raccroche la ligne au nez. On appelle à la voirie, on appelle Mme (DeBons) qui me répond que je lui fais perdre son temps...»

Lucie DeBons, conseillère du district du Rocher, s’est bien défendue d’avoir répondu ainsi à ce citoyen.

«Il m’a laissé un message sur mon répondeur lundi», explique-t-elle. «J’ai retourné son appel mardi après-midi. Il me disait qu’il restait en face du Dollarama et du Maxi et que son trottoir n’était pas déneigé. Il me disait qu’il était obligé de marcher sur la route et que ça roulait en fou. J’étais hyper polie, je lui disais que la Ville ne pouvait pas déneiger tous le trottoirs. Il m’a aussi dit qu’il voulait intenter une poursuite contre la Ville, parce qu’elle ne prend pas soin de ses citoyens. Je lui ai répondu qu’il avait de l’argent à dépenser pour rien!»

«Je n’ai jamais dit qu’il me faisait perdre mon temps», assure l’expérimentée conseillère. «En 19 ans de vie politique, je n’ai jamais dit ça à personne.»

M. Thibodeau a poursuivi son intervention en prévenant qu’il enregistrait ce qui se passait dans la salle et qu’il envisageait des poursuites. Le maire l’a invité à demeurer respectueux, mais il était interrompu par le citoyen qui, visiblement, tenait à aller au bout de son histoire. Devant des propos qui devenaient un peu décousus, M. Angers a invité l’agent de sécurité à intervenir.

Deux policiers de la Sûreté du Québec sont débarqués à l’hôtel de ville de Shawinigan vers 20 h pour escorter M. Thibodeau hors de la salle du conseil.

L’homme a tenté d’escorter le citoyen à l’extérieur de la salle, mais il n’obtenait pas une très grande collaboration. Devant ce brouhaha, M. Angers a annoncé qu’il ajournait la séance, demandant aux citoyens de patienter quelques minutes, le temps que la Sûreté du Québec prenne M. Thibodeau en charge.

Deux policiers sont rapidement arrivés à l’hôtel de ville, vers 20 h. Ils ont convaincu M. Thibodeau de quitter la salle sans utiliser la force. Ils ont ensuite discuté avec lui pendant quelques minutes dans le hall d’entrée de l’hôtel de ville.

Respect

En dix ans de vie politique, c’était la première fois que le maire de Shawinigan expulsait un citoyen. Rappelons que depuis septembre, le conseil municipal a décidé de resserrer la période de questions. Outre la présence d’un agent de sécurité, le maire tolère maintenant beaucoup moins les interminables préambules. Lorsqu’un citoyen s’éternise au micro, il l’interrompt et lui demande de poser sa question.

M. Angers explique cette expulsion par le manque de civisme de M. Thibodeau.

«C’est un peu dommage», commente le maire. «J’ai tenté, autant que possible, de le calmer, de le raisonner. Il ne voulait rien entendre.»

«Nous avons une consigne claire: à partir du moment où on commence à injurier nos employés, on raccroche», explique-t-il. «Sous aucune considération, ni Mme DeBons, ni les employés de la Ville, ni moi ne nous ferons injurier. Je n’accepterai jamais ça. Dans le contexte, j’ai été très patient.»

«Ce n’est pas une salle de spectacle, ici», rappelle le maire. «C’est une salle de conseil pour faire des débats. C’est une période de questions. Je l’ai laissé aller assez longtemps, mais ça devenait incohérent.»

Quelques instants auparavant, Dominique Ducasse s’était aussi présentée au micro pour déplorer que les trottoirs de l’avenue Saint-Louis n’étaient pas déneigés. Une surprise pour cette dame, qui a acheté sa maison en juin dernier. Elle a demandé au maire si son compte de taxes serait réduit en raison de l’absence de ce service. Après avoir compris que sa situation n’allait pas changer, elle s’est dit désolée d’avoir acheté une maison dans ce quartier.

«On peut bien tout déneiger et tout ramasser, mais on va se retrouver avec un budget de 12 ou 13 millions $», souligne M. Angers. «Ces mêmes personnes viennent nous dire que leur compte de taxes est trop élevé. Il n’y a pas une ville, au Québec, qui déneige tous ses trottoirs. C’est impossible! On tente de faire des choix.»