Francis Bellerive montre la portion de son immeuble qui sera agrandi pour accueillir la nouvelle succursale de la SAQ sur le boulevard de Shawinigan-Sud, en septembre.

Shawinigan-Sud: la SAQ change d’adresse

Shawinigan — L’artère commerciale principale du secteur Shawinigan-Sud subira à son tour le départ de sa succursale de la Société des alcools du Québec au début de l’automne, alors qu’à la suite d’un appel d’offres, la proposition de Francis Bellerive Investissement a été retenue pour les dix prochaines années. Le commerce de destination sera dorénavant situé sur le boulevard de Shawinigan-Sud, à l’arrière de la pharmacie Familiprix, confirmant le déplacement commercial dans ce secteur amorcé depuis la construction du supermarché Metro Plus en 2009.

«On dit toujours qu’on est où le client est», résume simplement Linda Bouchard, agente aux affaires publiques à la SAQ.

Cette portion de la 105e Avenue a déjà connu la fermeture du restaurant Tim Hortons en 2014, qui avait aussi choisi de transférer ses activités sur le boulevard de Shawinigan-Sud, dans une nouvelle bande commerciale qui comprend également une station libre-service, un lave-auto et un dépanneur.

L’an dernier, le restaurant La Boustifaille a fait faillite après plus de 20 ans d’existence. Rappelons également que l’Association des gens d’affaires du secteur Shawinigan-Sud a mis fin à ses activités en 2016.

Ce nouveau départ de la 105e Avenue créera assurément une petite commotion dans le milieu, convient la conseillère du district Almaville, Josette Allard-Gignac. «C’est sûr que le déménagement d’une bannière comme la SAQ, qui amène beaucoup de va-et-vient, va entraîner une certaine déception... mais d’autres vont être contents!»

«C’est un peu normal, au fil des années, qu’on voie un transfert des activités commerciales», relativise-t-elle. «On l’a vu du centre-ville au Carré Trudel. Ça fait partie de la vie des commerces.»

La conseillère ne croit pas qu’il faille voir dans cette décision et dans les mouvements des dernières années une lente descente de la principale artère commerciale de son secteur.

«Il n’y a pas beaucoup de locaux libres; c’est presque plein partout», fait remarquer Mme Allard-Gignac. «La vitalité est là.»

La conseillère rappelle également que l’an dernier, IGA Famille Gauthier a investi pas moins de quatre millions de dollars pour agrandir et rafraîchir son épicerie dans le même secteur. D’ailleurs, ce groupe avait déposé une proposition pour accueillir la SAQ dans la bande commerciale qui lui appartient, au coin de la 105e Avenue et de la 121e Rue, à la place de La Boustifaille.

L’habitude
M. Bellerive s’attend à entreprendre les travaux d’agrandissement en avril. Les nouveaux locaux doivent être livrés le 24 septembre. Le bail sur la 105e Avenue se termine le 8 mai en principe, mais la société d’État a signé une entente transitoire de six mois au même endroit en attendant d’intégrer ses nouveaux quartiers.

Cet agrandissement de 2800 pieds carrés représente un investissement de 800 000 $, selon M. Bellerive. Cette nouvelle succursale de la SAQ occupera une superficie de 2468 pieds carrés, légèrement inférieure aux 2594 pieds carrés qu’elle remplit actuellement sur la 105e avenue. Mme Bouchard précise que la même gamme de produits sera offerte.

En 2011, le centre-ville de Shawinigan s’était mobilisé pour empêcher la fermeture de la SAQ. Le maire Michel Angers, la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan, le Regroupement des gens d’affaires du centre-ville de Shawinigan et l’ex-député Claude Pinard avaient dénoncé la décision de centraliser les activités au Carré Trudel. Isaac Tremblay, coactionnaire du Trou du diable, avait même initié une pétition pour contrer les plans de la société d’État, une action qui avait été endossée par 1800 signataires.

Finalement, la SAQ avait maintenu sa décision. Mme Bouchard n’a pas voulu préciser la croissance du chiffre d’affaires de cette succursale précise, mais elle laisse entendre que les consommateurs ont suivi.

«C’est très satisfaisant», résume-t-elle.

Guy Beaudoin, qui présidait le RGACVS à ce moment, reconnaît qu’avec le recul, l’impact du départ de la SAQ du centre-ville demeure difficile à mesurer. «Je ne peux pas dire si ça a nui», convient-il. «Une fois que ça a fermé, le dossier est tombé mort. Les gens ont vécu avec la situation; je n’en ai plus entendu parler. Mais je ne comprends pas comment Trois-Rivières a réussi à garder sa SAQ au centre-ville.»

Après un débat semblable dans la capitale régionale, la société d’État avait finalement décidé de faire marche arrière en signant un nouveau bail sur la rue des Forges, jusqu’en 2026.

Claude Villemure, propriétaire du Mémento qui vient de fermer ses portes pour y relocaliser Les Ailes Buffalo au printemps, hésite aussi à mesurer l’impact de ce départ du centre-ville. Les clients du Mémento pouvaient apporter leur vin, de sorte que la présence de la SAQ à proximité était considérée comme un avantage.

«Les gens s’habituent», constate M. Villemure avec le recul.