Le maire de Shawinigan, Michel Angers

Shawinigan: des citoyens en colère

SHAWINIGAN — Une centaine de Shawiniganais se sont déplacés à la séance publique régulière du conseil municipal, mardi soir, pour lancer un message clair et limpide aux élus: n’en jetez plus, la cour est pleine. Chez plusieurs propriétaires, la réception du compte de taxes pour l’année 2019 ne passe tout simplement pas et le maire, Michel Angers, l’a bien senti. Voilà pourquoi il a annoncé une séance d’information avec la firme Servitech, responsable de l’évaluation des immeubles, le 5 février à 19 h, à l’Auberge Gouverneur.

Tel que prévu, Karine Bussière était présente avec sa pétition, qui a recueilli plus de 400 signatures depuis vendredi dernier, dont plusieurs dizaines avant l’assemblée. Les signataires demandent notamment une révision sans frais de leur évaluation, puisqu’ils s’expliquent très mal les variations observées avec l’entrée en vigueur du nouveau rôle.

Parfois un peu cacophonique, la période de questions a duré pas moins de 90 minutes. Le maire a dû élever la voix à quelques occasions pour maintenir le décorum.

Comme à chaque nouveau rôle d’évaluation, M. Angers a tenté d’expliquer aux citoyens que le conseil municipal demeurait impuissant au sujet de la valeur attribuée aux propriétés du territoire. Rappelons qu’en moyenne, les maisons unifamiliales ont subi une baisse de valeur de 2 % à la suite de l’exercice réalisé par Servitech, un phénomène exceptionnel. Par contre, pour ceux dont la résidence a pris de la valeur, le compte de taxes de 2019 est particulièrement salé, en raison de la hausse du taux de taxe foncière et de la taxe d’eau.

Les propriétaires d’immeubles à logements estiment qu’ils ne peuvent refiler la facture à leurs locataires, au risque de les perdre. Les terres agricoles ne défraient pas souvent la manchette, mais elles subissent des hausses d’évaluation généralement considérables dont l’effet est amplifié par la taxation annoncée en décembre.

L’entrepreneur André Goulet s’est présenté au micro pour défiler l’évolution de son compte de taxes dans le secteur Saint-Jean-des-Piles depuis 2002. À la fusion, sa maison était évaluée à 230 000 $ et il payait 3240 $ de taxes. Aujourd’hui, la même résidence vaut 609 300 $ au rôle d’évaluation et son compte de taxes atteint 9175 $, sans qu’il ait apporté des changements majeurs à sa propriété.

M. Angers a répété à plusieurs reprises qu’il avait transmis son mécontentement à Servitech au cours des derniers jours. D’ailleurs, il s’étonne que dans plusieurs villes à travers le Québec, dont Shawinigan, une seule firme soumissionne pour offrir les services d’évaluation.

Responsabilité

Certains citoyens déplorent toutefois que le conseil municipal balaie un peu trop facilement le problème dans la cour de Servitech. «Vous dépensez comme si vous étiez une ville riche», déplore Claude Saint-Yves.

«Vous parlez souvent de l’importance de trouver des moyens pour augmenter vos revenus», fait remarquer Jean-Pierre Dufresne. «Peut-on aussi penser à réduire les dépenses?»

Robert Houle rappelle que Shawinigan touche un montant record de péréquation municipale en 2019, soit 4,8 millions $. Or, il se demande pourquoi, dans ces conditions, le conseil municipal adopte un budget qui augmente ses dépenses de 8,1 millions $ en 2019, ce qui représente une hausse de 9,5 % par rapport à l’an dernier.

Mme Bussière s’est servie de sa tribune pour déplorer le message livré par le conseil municipal en décembre, qui insistait sur la baisse du «compte de taxes foncières moyennes combinées» de 0,19 % pour dorer la pilule. D’ailleurs, le maire a reconnu que l’augmentation du compte de taxes de la maison moyenne en 2019 s’établissait bien à 4,2 %. Le conseil municipal voulait toutefois démontrer l’effort de compression qui avait été effectué pour contrebalancer l’inévitable hausse de la tarification pour l’eau potable.

«Je vous donne un conseil: quand on est transparent avec sa communauté, on en tire avantage», suggère Mme Bussière. «Quand vous avez mentionné aux contribuables qu’ils paieraient 0,19 % de moins sur leur facture, vous saviez que c’était faux. Vous saviez que pour la plupart, ce serait une augmentation majeure.»