Saint-Maurice - Champlain: le pouvoir, un enjeu

Shawinigan — L’impression générale veut que seule une vague de mécontentement ou un scandale puissent emporter un ministre. Non seulement François-Philippe Champagne bénéficie-t-il d’une prime à l’urne dans Saint-Maurice–Champlain le 21 octobre, mais des maires de sa circonscription ne se gênent pas pour partager leur enthousiasme de pouvoir compter sur un tel intermédiaire avec le gouvernement fédéral.

Le poids d’un personnage politique peut-il représenter un enjeu électoral? Réputé très accessible, M. Champagne a occupé un poste de secrétaire parlementaire aux Finances, avant d’être nommé ministre du Commerce international, puis ministre de l’Infrastructure et des Collectivités dans le premier mandat du gouvernement Trudeau.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

Résidant de Shawinigan, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, n’a pas envisagé plus de deux secondes la possibilité de se présenter dans Saint-Maurice–Champlain pour son retour en politique active. Si Justin Trudeau ne livre pas un gouvernement libéral majoritaire le 21 octobre, le nom de François-Philippe Champagne circulera comme aspirant chef libéral. Pour la classe politique locale, un allié de cette envergure n’a pas de prix.

«Comme maire de la Ville de Shawinigan, ce que je souhaite, c’est d’avoir un député ou un ministre capable de porter notre voix auprès de son propre gouvernement», explique Michel Angers. «Celui qui dira qu’être au pouvoir, ça ne dérange pas, il ne dira pas les choses telles qu’elles sont. Au-delà de ça, les gens sont légitimes de faire le choix qu’ils veulent.»

À La Tuque, Pierre-David Tremblay fredonne le même refrain.

«Définitivement, dans une région comme la nôtre, il faut être du côté du pouvoir», suggère-t-il. «Nous sommes un peu isolés, il faut se démarquer.»

Le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay.

L’expérimenté Gérard Bruneau, préfet de la MRC des Chenaux, concède qu’un ministre comme M. Champagne fait toute une différence dans la région.

«Il a fait un travail extraordinaire dans le comté», commente-il. «Il a offert une présence soutenue, une accessibilité en tout temps. C’est très aidant pour les élus municipaux et la population. Je le dis ouvertement, je souhaite que M. Champagne demeure en politique.»

Bernard Thompson, préfet de la MRC de Mékinac, ne contredit pas ses collègues.

«Les gens sont conscients que nous avons pratiquement un premier ministre entre les mains!», illustre-t-il. «Nous avons été gâtés ici: pendant quinze ans, nous avons eu une femme comme Julie Boulet qui était aussi très proche du monde. Il y a des candidats, comme ça, que tu ne peux pas échapper.»

Vaste comté

Malgré ces marques d’appréciation envers le député sortant, les lacunes à corriger ne manquent pas dans ce très vaste comté. La plus importante touche sans aucun doute la desserte pour la téléphonie cellulaire et Internet haute vitesse, qui concerne particulièrement La Tuque et les MRC de Mékinac et des Chenaux.

M. Thompson a vécu l’exemple très récent d’une famille de cinq personnes intéressée à s’établir à Hérouxville, mais qui a tourné les talons en apprenant qu’Internet haute vitesse demeurait au stade de chantier à compléter dans cette partie de la MRC de Mékinac. Pour lui, les règles du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes doivent être assouplies pour aider les fournisseurs à étendre leur couverture à l’ensemble du territoire.

Bernard Thompson, préfet de la MRC de Mékinac.

«Peu importe l’enjeu des entreprises, si on n’a pas accès à la technologie pour se moderniser...», laisse tomber M. Thompson.

La convivialité entre les paliers de gouvernement supérieurs pour l’application de programmes à juridiction partagée constitue aussi un irritant important. M. Angers souhaiterait également obtenir une délégation de pouvoir du fédéral pour réglementer les comportements sur les voies navigables.

L’avenir du Centre national de vérification et de recouvrement de Shawinigan représente-t-il un enjeu électoral? Tous les partis s’entendent sur l’importance de maintenir ces emplois. Le syndicat se méfie toutefois des paroles rassurantes des conservateurs et des bloquistes, qui souhaitent que le gouvernement du Québec rapatrie le rapport d’impôt fédéral.

«Il y a un enjeu», assure M. Angers. «Quand on parle d’impôt unique traité par Québec, continuer à garder un centre de recouvrement canadien, je ne sais pas comment ça pourrait s’arrimer. Il ne faudrait pas que quelque gouvernement que ce soit vienne fragiliser ces emplois à Shawinigan.»

Dans la MRC des Chenaux, M. Bruneau cite également l’efficacité du transport collectif comme enjeu. De son côté, M. Tremblay aimerait que le réseau ferroviaire bénéficie d’investissements afin d’améliorer la cohabitation entre les trains de marchandise et de passagers. Il souhaite également que l’escalade des droits compensateurs et antidumping sur le bois d’œuvre se conclue rapidement, afin de sécuriser les emplois à la scierie de Parent. M. Thompson avance aussi la rareté de la main-d’œuvre comme enjeu et l’immigration pour aider à y remédier.

Enfin, le maire de La Tuque souhaite une ouverture pour le projet de gazoduc.

Gérard Bruneau, préfet de la MRC des Chenaux.

«Nous avons déjà Énergir chez nous, qui démystifie tout ça», fait remarquer M. Tremblay. «Je n’aurais pas la même position si on voulait passer du pétrole. On n’aurait pas la même acceptabilité sociale. Nous sommes très ouverts à l’environnement, mais nous avons besoin d’un temps de transition.»

Priorités

  • Améliorer la desserte de la téléphonie cellulaire et d’Internet haute vitesse
  • Convivialité entre le fédéral et le provincial pour les programmes d’aide
  • Délégation de pouvoir pour permettre aux municipalités de réglementer sur les voies navigables
  • Consolider les investissements prévus au Centre national de vérification et de recouvrement de Shawinigan
  • Impliquer le fédéral dans l’amélioration du transport collectif
  • Améliorer le réseau ferroviaire en Haute-Mauricie
  • Entente avec les États-Unis pour mettre fin aux droits compensateurs et antidumping sur le bois d’œuvre
  • Programme d’immigration plus facilitant pour combattre la rareté de la main-d’œuvre
  • Avenir du projet Gazoduq au nord de La Tuque