Rio Tinto: des façons de faire exemplaires

Si le passé est garant de l'avenir, les Shawiniganais doivent s'attendre à une attitude irréprochable de Rio Tinto Alcan, autant pour la décontamination que pour la poursuite de la vocation industrielle des installations.
À Alma, un site comparable a connu une seconde vie enviable à la suite de l'arrêt de production de l'usine Isle-Maligne, en mars 2000.
«Alcan avait tout décontaminé à ses frais», rappelle David Dufour, conseiller en développement économique à Alma. «Par la suite, la compagnie avait cédé le site à la Ville pour 1 $. Nous avions fait évaluer le complexe et nous avons remis à Alcan un reçu de don de charité, ce qui doit avoir aider pour la décontamination.»
«Nous nous sommes servis de ce site comme incubateur industriel», ajoute M. Dufour. «Plusieurs entreprises se sont développées, notamment Démex, une belle histoire à succès. Honnêtement, si nous avions une nouvelle usine disponible en 2014 aux mêmes conditions, on sauterait dessus! C'est un patrimoine de développement industriel unique.»
Même enthousiasme du côté de Beauharnois, qui a connu la douleur d'un arrêt de production devancé en 2009. Un contexte qui ressemble à celui de Shawinigan, car dans des conditions de marché normales, les cuves Söderberg montérégiennes devaient cesser leur exploitation en 2011.
Là aussi, après avoir encaissé le choc, la communauté a pu bénéficier d'un formidable levier économique.
«Ça s'est fort bien passé chez nous», souligne le maire, Claude Haineault. «Les résultats obtenus sont assez étonnants. La compagnie a entièrement défrayé la décontamination du site. Elle a gardé son centre de coulée, toujours actif aujourd'hui avec une cinquantaine d'employés. Elle nous a cédé environ un million de pieds carrés de terrains vacants, les installations des salles de cuves et les bureaux administratifs pour 1 $.»
«Au bout d'un an et demi, nous avions tout revendu», poursuit M. Haineault.
«L'entreprise française OVH a acquis les salles de cuves pour faire le plus gros centre d'hébergement informatique au monde, avec 360 000 serveurs. C'est un investissement de 125 millions $, qui créera 115 emplois. Actuellement, il doit y avoir environ 80 000 serveurs en exploitation. C'est un projet qui prendra environ trois ans à réaliser.»
Une entreprise spécialisée dans la récupération de métaux doit aussi s'installer sur ce site en 2014. En fait, il ne reste qu'environ 20 000 pieds carrés disponibles.
«Nous aurons récupéré plus d'emplois, avec aussi plus de valeur en investissements et plus de revenus de taxes», résume M. Haineault.
«Tout ça en l'espace de deux ans! Je ne dirais pas que la fermeture de l'aluminerie a été une bonne affaire, mais on s'en est bien tiré.»
Le maire de Beauharnois convient que les histoires de décontamination n'ont pas toutes connu une fin aussi heureuse dans sa ville, dont le profil industriel ressemble beaucoup à celui de Shawinigan.
«C'était la quatrième fermeture depuis une vingtaine d'années», souligne-t-il. «Nous étions habitués avec les fermetures sauvages, où on nous laissait avec des installations désuètes et contaminées. Ça n'a pas été le cas avec Rio Tinto Alcan. Leur attitude a été remarquable comparativement à d'autres entreprises.»