Le maire de Shawinigan, Michel Angers, a livré le fruit du travail de recherche sur les finances publiques de Shawinigan, mercredi soir.

Rencontre sur les finances publiques à Shawinigan: toujours aussi peu d’intérêt

Shawinigan — Les Shawiniganais étaient visiblement peu intéressés à se faire comparer leur fardeau fiscal municipal à d’autres villes semblables ou à entendre parler d’endettement, mercredi soir. À peine 80 personnes, dont une douzaine d’élus ou d’employés municipaux, se sont rendues à l’Auberge Gouverneur pour assister à une présentation d’une heure, suivie d’une période de questions d’une cinquantaine de minutes qui ne manquait pas de rappeler celles des séances publiques du conseil municipal.

L’exercice, qui a visiblement exigé de longues heures de travail, mettait en relief les comptes de taxes de Shawinigan avec ceux de quatre villes comparables, soit Saint-Hyacinthe, Rimouski, Châteauguay et Victoriaville. L’administration municipale a également joint Trois-Rivières, en raison de sa proximité.

Sans surprise, le maire, Michel Angers, a reconnu que le taux de taxe foncière était très élevé à Shawinigan, mais qu’il fallait le mettre en perspective avec l’évaluation des résidences, dont la moyenne est plus basse que les villes comparables. En combinant les deux, la Ville souligne que son compte de taxes moyen est beaucoup plus bas qu’à Châteauguay, comparable à Victoriaville et Trois-Rivières et un peu plus élevé qu’à Saint-Hyacinthe et Rimouski.

Par contre, l’administration municipale pousse l’exercice en ajoutant le coût annuel d’une hypothèque pour démontrer que le contribuable de Shawinigan s’en tirera avec une facture annuelle de seulement 10 180 $, la moins élevée du groupe, parce que le coût des maisons est nettement inférieur. Sur cette base, le résident de Saint-Hyacinthe devra payer 15 531 $, le montant le plus élevé de l’échantillon. Suivent dans l’ordre Châteauguay (15 508 $), Rimouski (13 097 $), Victoriaville (12 106 $), Trois-Rivières (12 086 $) et finalement, Shawinigan.

M. Angers a sorti l’exemple de Magog pour démontrer que le taux de taxe, pris isolément, ne voulait pas dire grand-chose. Les deux villes affichent un compte de taxes moyen tout à fait comparable, même si Magog possède un taux de taxe foncière par tranche de 100 $ d’évaluation, à 0,761 $, très inférieur à celui de Shawinigan (1,423 $). La valeur nettement plus élevée des propriétés en Estrie équilibre l’équation.

Le maire a également mentionné qu’en appliquant intégralement l’enviable taux de taxe foncière de Saint-Hyacinthe (0,725 $) à Shawinigan, ce revenu serait automatiquement coupé de moitié dans son budget. «Ce serait absolument impossible», tranche-t-il.

En ce qui concerne l’endettement à long terme, M. Angers reconnaît qu’à tout près de 179 millions $ au 31 décembre 2018, il s’agit d’une lourde charge, qui demeure toutefois sous contrôle en raison de la politique de plafonnement des investissements de la Ville à 16 millions $ par année jusqu’en 2035. Au rythme actuel, cet endettement net tournerait autour de 137 millions $ dans une quinzaine d’années.

Le maire a également illustré que 75 % de la dette était attribuable à des travaux d’infrastructures, 20 % à des bâtiments et 5 % pour l’acquisition de véhicules ou d’équipements. Il soulève que depuis 2010, ces investissements ont été réalisés grâce à l’obtention d’aides financières totalisant 162,1 millions $. Il souligne également que sur les 223 règlements d’emprunts adoptés depuis neuf ans, seulement 13 ont dépassé le budget prévu, dont deux pour le chantier d’assainissement des eaux usées et d’aqueduc autour du lac à la Tortue.

Bas revenus

Si les participants n’ont pas contesté ces comparaisons, quelques-uns ont mis en relief le fardeau fiscal avec les faibles revenus de la population shawiniganaise. Alain Déziel a insisté sur ce point, en s’appuyant sur des données de Statistique Canada qui préciseraient qu’en 2015, tout près de 55 % de la population touchait moins de 30 000 $ par année. Robert Houle a aussi mentionné que l’indice d’effort fiscal des citoyens de Shawinigan était le plus élevé parmi une liste de 35 municipalités de taille moyenne établie par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation en 2017.

«C’est une réalité; je ne conteste pas ça», convient M. Angers. «Même si la moyenne des revenus est plus basse qu’ailleurs, j’ai la responsabilité de donner une qualité de services. Mieux vaut avoir un revenu moins élevé à Shawinigan qu’à Saint-Hyacinthe ou Châteauguay. Il n’y pas beaucoup de monde qui me demande de couper des services. Nous avons une multitude de demandes.»

De son côté, Jean-Pierre Dufresne aurait aimé connaître la proportion du nombre d’employés municipaux par rapport à la population dans les six villes concernées. Il s’est particulièrement attardé au Service des communications et des relations avec les citoyens de Shawinigan, qu’il estime plutôt bien équipé pour une ville de 49 108 habitants. Le maire lui a répliqué que la division de développement économique de Drummondville comptait une cinquantaine d’employés, comparativement à six à Shawinigan.

Les heures investies dans cette présentation en valaient-elles le coup?

«J’aurais souhaité une salle pleine», convient M. Angers. «Mais j’ai la satisfaction du devoir accompli. Ceux qui prendront le temps de regarder ça un peu verront que malgré notre endettement et les investissements importants que nous devons faire, nous sommes dans une situation qui est quand même pas trop pire, en milieu de peloton.»