Denise Rivard et Philippe Bergeron

Prêt à faire appel

Shawinigan — Après avoir été qualifié de persona non grata par le CIUSSS Mauricie-Centre-du-Québec, et d’avoir vu la moitié de son financement être suspendu, le Centre de prévention du suicide Centre-de-la-Mauricie/Mékinac (CPS CMM) compte se battre en faisant appel de la décision.

Lundi soir, l’organisme a élu un nouveau conseil d’administration, après que le précédent ait démissionné en bloc. La pente sera toutefois abrupte pour les nouveaux élus afin de revenir dans les bonnes grâces du CIUSSS MCQ. Après un suivi particulier pendant plus d’un an, le CIUSSS avait donné au CPS CMM une liste de 11 conditions à remplir d’ici au 31 janvier afin d’avoir accès au financement prévu, une somme avoisinant les 80 000 $, soit la moitié du financement annuel qui lui est octroyé. Or, trois de ces conditions n’ont pas été respectées aux yeux du CIUSSS, qui a alors cessé d’y diriger sa clientèle aux prises avec des idées suicidaires.

Là où les deux organismes semblent avoir de sérieuses divergences d’opinion est dans la manière d’encadrer la clientèle et la vitesse à laquelle des résultats doivent être visibles. Dans sa décision, le CIUSSS expliquait que les services au milieu étaient difficile à évaluer selon les critères établis. L’organisme shawiniganais prône une approche plus lente, mais adaptée.

«On ne peut pas mettre un critère selon lequel après cinq rencontres, la personne ne doit plus être suicidaire et doit être autonome dans ses pensées suicidaires. Ça ne marche pas comme ça. Au CLSC, c’est un rendez-vous de 50 minutes et après 10 rencontres, c’est fini et tu retournes au bas de la pile», mentionne la directrice générale du CPS CMM, Denise Rivard.

Le nouveau président du conseil d’administration, Philippe Bergeron, abondait dans le même sens lundi soir après avoir été élu.

«Aujourd’hui au Québec, les organismes, tout styles confondus, doivent, par manque de subventions, développer leur propre structure hors des standards des CIUSSS de ce monde.»

Les difficultés que connaît le CPS CMM datent de plusieurs années. Pour la directrice générale, un nouveau conseil d’administration ne pourra qu’apporter du sang neuf et peut-être sauver l’organisme, si le CIUSSS décide de revoir sa décision.

«Il y a eu des événements qui ont fait que les attentes n’ont pas été réalisés. Beaucoup de monde se sont donnés des mandats et peut-être que ce n’était pas leur force ou ils avaient mal compris. Aujourd’hui, il faut faire nos devoirs. On pourrait continuer comme organisme autonome, mais on aimerait mieux être reconnu et accrédité», affirme Mme Rivard.

La santé financière de l’organisme a permis d’assurer le travail de ses trois employés jusqu’à présent. Puisque huit des onze conditions demandées par le CIUSSS ont été remplies, le tiers du budget qui avait été suspendu a aussi été remis à l’organisme.

Vers Trois-Rivières?
Si le CPS CMM devait fermer ses portes, le CIUSSS a évoqué la possibilité que les services soient donnés par un centre à Trois-Rivières. Entre 75 et 125 personnes font appel aux services de l’organisme shawiniganais annuellement, pour un total de 400 à 500 rencontres.

Mme Rivard estime d’ailleurs que ce désir de centralisation des services pourrait avoir joué un rôle dans la décision du CIUSSS de révoquer son association avec le CPS CMM. M. Bergeron abonde dans le même sens.

«Ils veulent centraliser beaucoup à Trois-Rivières. Je ne comprends pas. La région a besoin de services de plus en plus. Je veux comprendre et c’est ce que je vais faire dans les prochains mois.»