L’Association des pompiers et pompières de Shawinigan craint que les périodes de ralentissement de la circulation provoquées par les travaux sur le pont Marc-Trudel nuisent à l’efficacité des interventions des services d’urgence.

Pont Marc-Trudel: les pompiers sonnent l’alarme

Shawinigan — Le temps d’attente qui s’installe occasionnellement autour du chantier du pont Marc-Trudel, à Shawinigan, sème l’inquiétude chez les pompiers. À tel point que le syndicat demande au Service de sécurité incendie de prendre les moyens pour contourner cet irritant afin d’éviter de mettre la population en danger.

Mardi après-midi, l’Association des pompiers et pompières de Shawinigan a joint sa voix au concert d’indignation vécu par les automobilistes depuis le début de ce chantier. Ces frustrations ont atteint leur paroxysme en fin de semaine dernière alors que le ministère des Transports a procédé à la réparation de l’une des deux seules voies disponibles sur ce pont.

Dans un communiqué, l’APPS relate certaines dates où de spectaculaires bouchons se sont formés au cours des derniers mois. Le président du syndicat, Benoit Ferland, précise que le 15 février, les pompiers n’ont jamais réussi à se rendre sur les lieux d’un accident qui était survenu juste après le pont Marc-Trudel en direction sud.

«Une personne s’était trompée à la sortie», explique-t-il. «Elle avait continué à gauche plutôt que tourner à droite, ce qui avait produit un accident. Ça a bloqué le pont et les pompiers n’ont jamais été en mesure de procéder. Heureusement, les occupants étaient corrects. Personne n’était coincé dans le véhicule et les ambulanciers ont pu les évacuer.»

La Ville de Shawinigan nuance l’interprétation de cet événement. Dans un communiqué publié en fin d’après-midi mardi, elle suggère plutôt que les pompiers ont simplement rebroussé chemin parce que leur aide n’était pas requise.

M. Ferland fait remarquer que ces importants ralentissements de circulation ne nuisent pas seulement aux véhicules d’urgence dûment identifiés, mais également aux pompiers en garde externe qui doivent se rendre à la caserne de l’avenue Champlain.

«Nous avons huit pompiers en caserne sur le territoire», explique-t-il. «Quand il y a un incendie qui nécessite une deuxième ou une troisième alarme, ce sont les pompiers en garde externe qui arrivent en renfort, qui partent de leur maison avec leur véhicule personnel. Il faut donc des mesures palliatives.»

Dans son communiqué, l’APPS déplore que le Service de sécurité incendie tarde à faire connaître ses solutions sur cet enjeu. M. Ferland avance quelques suggestions, comme l’ajout de pompiers en caserne lors des travaux d’entretien de la chaussée et l’obtention d’ententes d’entraide automatique avec Notre-Dame-du-Mont-Carmel ou Trois-Rivières (caserne de Saint-Louis-de-France).

«Ce serait proactif pour assurer la sécurité des citoyens, mais présentement, rien ne se fait», déplore le représentant syndical. «Ils font la sourde oreille, ils ne nous répondent pas.»

«Quand il est question d’incendie, une minute, deux minutes, cinq minutes, ça peut avoir un impact majeur. Des solutions existent et elles sont très simples.»

L’Association des pompiers et pompières de Shawinigan se retrouve actuellement en arbitrage sur un grief déposé pour obtenir une augmentation de salaire de 2 % consentie à d’autres groupes d’employés municipaux en 2015, alors que ses membres avaient dû encaisser un gel. Le syndicat travaille également sur un nouveau contrat de travail, puisque la dernière convention collective est échue depuis le 31 décembre 2016.

M. Ferland assure que ce contexte de négociation n’a pas influencé cette sortie publique.

«Je mets la pression qu’il faut pour la sécurité des citoyens et des pompiers», rétorque-t-il. «La convention collective, c’est une chose, mais en aucun cas, la sécurité des citoyens ne doit être brimée. Même si nous n’étions pas en négociation, si je n’avais pas de réponse de l’employeur sur cet enjeu, je soulèverais le même questionnement.»

De son côté, la Ville de Shawinigan «regrette le ton alarmiste qu’utilise le syndicat des pompiers pour décrire la situation.» Elle assure travailler en étroite collaboration avec le MTQ pour assurer le passage des véhicules d’urgence dans les meilleurs délais en toute situation.

Travaux

Déjà que les heures de pointe sont devenues généralement assez pénibles à vivre sur ce pont en semaine, les automobilistes en perdaient leur latin le week-end dernier. Il s’agissait toutefois d’un contexte particulier, assure Mila Roy, porte-parole au ministère des Transports.

«Avec la présence importante de nids-de-poule, nous avons fait des travaux exceptionnels», explique-t-elle. «Nous avons réparé la dalle. Nous avons enlevé 40 mètres d’asphalte et nous l’avons remplacé par du béton, qui sera plus durable. Ça va nous permettre d’éviter de nombreuses interventions sporadiques.»

«Par contre, le béton a une période de cure. Ça prend quelques heures avant de pouvoir réutiliser la chaussée. Nous avons donc dû faire la circulation en alternance sur une seule voie. On voulait remédier à la situation le plus rapidement possible pour éviter de briser les voitures et assurer un confort de roulement pour les usagers.»

Dans son communiqué, l’APPS indique que les automobilistes doivent s’attendre à vivre les mêmes inconvénients sur le pont Marc-Trudel le week-end prochain, alors que la voie en direction nord subirait le même traitement. Le MTQ ne pouvait confirmer cette information mardi après-midi.

Outre ces inconvénients, Mme Roy mentionne que le chantier se déroule normalement et respecte les échéanciers. Actuellement, l’entrepreneur concentre ses manoeuvres sur les fondations du pilier central. Rappelons que ces travaux doivent se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2020.