Liliane Guay, présidente de la Coalition contre le bruit.

«On ne faisait pas ça par plaisir»

Shawinigan — Les dénonciations de pollution par le bruit qui se font entendre un peu partout à travers le Québec démontrent que les riverains du lac à la Tortue n’ont pas puisé dans leur imagination les inconvénients vécus par les vols d’hydravions touristiques. C’est l’observation que partage la présidente de la Coalition contre le bruit, Liliane Guay, au terme de l’instruction en recours collectif qui s’est conclue jeudi, au palais de justice de Shawinigan.

En tant que personne désignée, cette retraitée a vécu de très près le procès, prenant notamment place au tribunal auprès de ses avocates, Mes Marie-Anaïs Sauvé et Catherine Sylvestre. Un exercice mémorable qui n’a pas été traversé sans heurts, convient-elle.

«Ça a été très long, avec beaucoup d’épreuves», commente-t-elle, reconnaissant qu’elle devait porter un certain fardeau dans les circonstances comme visage de la Coalition contre le bruit.

En même temps, elle rappelle que le groupe était rendu à cette étape, incapable de s’entendre avec les dirigeants de Bel-Air Laurentien aviation ou ceux d’Aviation Mauricie avant 2013.

«Quand je suis devenue présidente, je disais que si ça ne se réglait pas, on irait en cour avec un recours collectif», explique-t-elle. «Nous l’avons dit pendant au moins deux ans. Quand nous l’avons fait, tout le monde a été surpris. Personnellement, j’aurais cru que nous aurions réglé (avec Bel-Air) avant ça. Nous avons réglé avec la Ville de Shawinigan, nous avons toujours été prêts à nous asseoir. On s’est finalement rendus au procès et maintenant, c’est fait! C’est toute une expérience.»

Dans le cadre d’un exercice semblable, la partie adverse pousse les témoins et tente de faire ressortir des contradictions ou des invraisemblances. Les membres de la Coalition contre le bruit ont dû subir la médecine de Mes Myriam Brixi et Karine Joizil.

«C’était ardu et stressant», convient Mme Guay. «Je pense que nous avons démontré notre bonne foi. On sait ce qu’on a vécu; c’est pourquoi nous étions là. On ne faisait pas ça par plaisir, ce n’est pas vrai. On verra de quel côté Madame la juge rendra sa décision.»

Du même souffle, Mme Guay ne peut s’empêcher de rappeler que Transports Canada a déjà reconnu l’existence d’un problème au lac à la Tortue, avant la mise en place des restrictions en juin 2009.

«On entend des choses au lac à Beauce, le recours collectif de Montréal-Trudeau va commencer. Ce n’est pas nous qui arrivons au monde avec ce problème-là.»

En fin de procès, Mme Guay a bien aimé la plaidoirie de la représentante de la Procureure générale du Québec, Me Patricia Blair, qui a expliqué très clairement pourquoi la responsabilité civile pouvait s’appliquer à une entreprise de juridiction fédérale, comme Bel-Air Laurentien aviation. Une démonstration qui prouve, à son sens, le bien-fondé du recours.

«Ça a été un petit coup d’encouragement», sourit-elle. «Nous avons gagné des batailles, mais on savait qu’on n’avait pas gagné la guerre. Certains jours, on était contents, mais d’autres fois, on était deux ou trois jours sans se parler parce qu’on était déçus. Mais après, ça repartait sur autre chose!»

Jeudi après-midi, certains membres de la Coalition contre le bruit se sentaient comme s’ils vivaient un deuil, en tournant l’importante page du procès. Mme Guay compte profiter du beau temps pour décompresser.

«Ça va faire du bien de retrouver un rythme normal», croit-elle. «On ne vivra pas uniquement dans l’attente de la réponse. Mais on sait que c’était un procès important, qui va sans doute faire jurisprudence. Le stress va reprendre un peu plus loin dans l’année!»