La Ville de Shawinigan a englouti plus de 80 000 $ en frais d'avocats dans le dossier de la sablière de Sainte-Flore, sans calculer le nombre considérable d'heures consacrées par des inspecteurs municipaux pour monter cette preuve complexe.

Michel Angers ouvert, mais amer

Le maire de Shawinigan ne considère pas que la Ville a englouti une somme trop importante pour démontrer que l'entreprise Excavations R.M.G. contrevenait à une transaction civile homologuée en Cour supérieure pour que cesse l'approvisionnement en sable provenant d'un site illégal, à Sainte-Flore. Ouvert à des discussions avec le propriétaire René Ricard pour trouver une solution, Michel Angers ne garde pas moins un goût amer de cette saga.
Rappelons qu'à la fin janvier, la juge Alicia Soldevila a condamné Excavations R.M.G. à une amende de 6500 $. Quant à M. Ricard, il est personnellement soulagé de 2500 $. Les deux parties ont été condamnées pour outrage au tribunal, parce qu'elles n'ont pas respecté l'entente convenue le 24 août 2012. Lors du procès, il a été démontré que le 13 novembre de la même année, Excavations R.M.G. s'était approvisionnée de sable provenant d'un lot qui n'était pas zoné à cette fin, contrevenant ainsi à l'engagement signé trois mois auparavant.
La Ville de Shawinigan a englouti plus de 80 000 $ en frais d'avocats dans ce dossier, sans calculer le nombre considérable d'heures consacrées par des inspecteurs municipaux pour monter cette preuve complexe.
«C'est la juge qui décide et je ne commenterai pas sa décision», indique M. Angers. «L'objectif que nous poursuivions, c'était de prouver nos allégations. Nous disions qu'il y avait du transport de sable (d'un lot illégal à une sablière reconnue). Le montant de l'amende n'avait aucune importance. Nous tenions à prouver nos allégations.»
«Je n'étais pas content et ils le savent», se remémore le maire à propos des événements de l'automne 2012. «Quand on fait de la main gauche ce qu'on ne peut pas faire de la main droite, pour moi, ce n'est pas très respectueux de la réglementation municipale.»
Rappelons que sept infractions étaient reprochées à l'entreprise, mais la juge n'en a retenu qu'une seule.
«C'est toujours hors de tout doute raisonnable», fait remarquer le maire. «Il manquait toujours un petit quelque chose, mais dans notre esprit, on sait que ça s'est fait. Quand on disait qu'il y avait des manoeuvres illégales, nous avions raison. Tout le monde les surveillait!»
«Ce qui m'avait déplu là-dedans, c'est quand on me dit qu'on ne fait pas quelque chose et qu'on le fait», poursuit M. Angers. «Moi, je donne l'heure juste aux gens. Quand on me dit qu'on ne fait rien d'illégal et qu'en même temps, on creuse un lac, on traverse le sable de l'autre côté, qu'on prend le même sable et qu'on va le vendre... Ce n'est pas du bon voisinage. Dans ce temps-là, les relations avec un maire ne sont pas toujours cordiales. C'est pourquoi nous n'étions pas contents, que nous sommes allés en Cour et que nous avons gagné!»
Problème de fond
Une rencontre entre la Ville et la direction de l'entreprise semble néanmoins inévitable. Excavations R.M.G. compte toujours sur la sablière légale pour s'approvisionner. La juge Soldevila a d'ailleurs écrit noir sur blanc que selon la preuve apportée au procès, cette source n'était pas tarie, comme le prétendait la Ville.
D'un autre côté, le maire souhaite que les citoyens de ce quartier de Sainte-Flore ne subissent pas à nouveau la circulation de véhicules lourds, la poussière et le bruit. Il répond donc favorablement à la suggestion de M. Ricard de rouvrir le canal de communication entre les deux parties.
«On souhaite qu'il n'y ait plus de sable qui se transporte de cet endroit», mentionne le maire. «S'il y a du sable dans une sablière légale, est-ce que des négociations peuvent se faire? Nous sommes ouverts aux discussions. À partir du moment où on veut trouver des solutions qui feront l'affaire de tous, nous serons à l'écoute.»